Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Jacopetti se leva.
— J’exige qu’elle soit renvoyée d’ici. C’est une espionne, ça va de soi.
— Je m’en vais, dit Cindy.
— Non, dit Matt. Attends.
N’ayant pas de marteau pour clore la séance, il referma son bloc.
— J’étais sur le point de proposer une pause-café. Cindy, s’il te plaît, reste jusqu’à ce que nous reprenions nos débats. D’ici à vingt minutes.
Il fit asseoir Cindy sur une des chaises de la salle et en tira une pour lui, face à elle. Il voulait profiter de cette occasion pour examiner la fillette, encore qu’il n’aurait su dire ce qui le poussait à le faire – la compassion, la curiosité, la peur… Sortant un stylo-lampe de sa poche, il l’alluma devant les yeux de Cindy.
Les autres s’étaient regroupés autour de la machine à café et discutaient à voix basse en leur jetant d’occasionnels coups d’œil. Matt espéra ne pas avoir perdu sa crédibilité à leurs yeux en s’entretenant avec Cindy.
Tom Kindle, pensif, était resté dans son fauteuil, à l’écart.
Si les pupilles de Cindy semblaient avoir encore un peu de mal à se rétracter normalement, ses yeux suivaient en revanche sans difficulté les mouvements du stylo que Matt déplaçait vers la gauche, vers la droite, en haut, en bas.
Il posa un doigt sur son front ; la peau était fraîche.
— Je vous remercie de votre attention, docteur Wheeler. Je vais bien.
— J’en suis heureux, Cindy. Ça me fait plaisir de te voir marcher.
— Mais vous trouvez cela bizarre.
— Je m’en réjouis. Mais oui, c’est vrai, je trouve ça un peu bizarre.
C’était peu dire. Matt se demandait à quel genre de miracle il avait affaire. Qu’y avait-il dans la boîte crânienne de Cindy, à présent ? Un tissu cérébral normal, régénéré ? Ou bien autre chose ? Quelque chose alimenté par un sang épais et sombre comme de la mélasse ?
Elle parut saisir cette pensée.
— Ils ont travaillé sur moi avant Contact, docteur Wheeler, parce que j’étais très malade. Alors j’ai un peu d’avance sur la plupart des gens.
— Est-ce pour cette raison que tu es venue ici ?
— En partie. Et en partie parce que même M. Jacopetti ne peut pas être trop effrayé par une petite fille de douze ans.
Elle réprima un sourire. Un vrai sourire. Matt se souvenait l’avoir vue sourire ainsi l’année précédente, avant que le neuroblastome n’ait effacé toute gaieté de son visage.
— Nous ne présentons aucun danger pour vous. Il est important de comprendre ça. Vous avez raison, pour l’avenir ; ce sera peut-être difficile. Mais le danger ne viendra pas de nous.
Elle était encore horriblement maigre.
— Tu veux nous aider, dit Matt. Je te suis reconnaissant. Mais il serait préférable que tu ne restes pas.
— Je sais. Merci pour l’examen.
Elle se leva mais, sur le point de partir, son visage devint soucieux. Elle tira sur la manche de Matt.
— Docteur Wheeler ?
— Oui ?
— Pour votre fille…
Il se figea.
— Rachel ? Eh bien ?
— Vous devriez lui parler. Vous n’avez pas vraiment parlé ensemble depuis Contact. Vous lui manquez.
— Comment sais-tu ça ?
C’était devenu LA question. Celle à laquelle on n’obtenait jamais de réponse. Cindy se contenta de hausser les épaules.
— Parlez avec Rachel, docteur Wheeler.
À la suite de cette interruption, la réunion se traîna quelque peu. Chuck Makepeace suggéra que le groupe devrait acheter des ouvrages traitant d’organisation et de stratégie, et élire un président dès leur prochaine rencontre. Matt approuva. Tim Belanger se proposa pour prendre des notes et faire office de secrétaire. Abby Cushman déclara qu’il leur faudrait un nom.
— On ne peut pas former un comité sans le nommer.
Quelqu’un avait-il une idée ? Quant à elle, elle proposait le « comité des derniers vrais êtres humains ».
— Trop provocant, objecta Makepeace. Ce n’est pas notre propos.
Jacopetti leva la main.
— Comité des causes perdues.
Matt, de son côté, suggéra qu’on pourrait provisoirement lui donner le nom de « comité d’urgence ». Tout le monde acquiesça ; Abby paraissait cependant déçue.
Il était 22 heures passées et tous avaient hâte de partir. Matt leur demanda encore d’inscrire leur nom, adresse et numéro de téléphone sur un papier, qu’il photocopierait le lendemain et distribuerait à chacun avec la date de la prochaine réunion. La séance fut levée. Beth et Joey Commoner furent les premiers dehors. Miriam Flett la dernière. Matt, par la fenêtre, regarda les voitures quitter le parking.
Tom Kindle roula son fauteuil jusqu’à la porte.
— Vous pourriez me pousser jusqu’à l’ascenseur ? Quelle saleté, ce fauteuil…
— Vous n’en aurez bientôt plus besoin.
Matt le poussa dans le couloir obscur. Le vert pâle des murs était censé avoir un effet apaisant, mais à la lueur des quelques néons du plafond, le couloir devenait franchement sinistre. Kindle ne serait pas seul dans ce bâtiment ténébreux – une maigre fraction du personnel s’acquittait encore de la surveillance de nuit – mais, sur un autre plan, il serait très isolé. Matt le plaignait sincèrement.
— Alors, dit Kindle, vous allez suivre le conseil de la petite ?
— Vous avez entendu ?
— Vaguement. C’est pas mes oignons, c’est sûr. Je ne savais même pas que vous aviez une fille.
— J’avais une fille, oui.
Matt pressa le bouton de l’ascenseur et s’efforça de réprimer l’amertume de sa voix.
— Je ne suis pas certain d’en avoir encore une.
16
La bataille de l’U.S. 95
John Tyler s’interrogeait : les armées étaient rentrées chez elles, les usines avaient fermé leurs portes et toutes les séances du Congrès avaient été définitivement levées. Et lui, dans tout cela ? Où se situait-il ?
Sur la touche. Abandonné. Mais pas exclu pour autant.
Tyler vivait dans une maison géorgienne d’un étage à Arlington, en Virginie. Il avait équipé la chambre d’ami d’un étonnant arsenal d’appareils de remise en forme où, après sa stérile discussion avec le Président, il consacra de longues heures à travailler sa musculature.
Tyler n’était qu’à un mois de son cinquante-deuxième anniversaire, et, bien que dans une condition physique tout à fait honorable, il voulait plus. Il voulait être en forme pour combattre. À son âge, le défi était de taille. Mais pas insurmontable. Le prix à payer, toutefois, était lourd. La douleur. D’abord la douleur physique, évidente, due aux efforts qu’il fournissait ; celle qu’il poussait jusqu’à la limite du supportable. Et puis la douleur sournoise qui s’insinuait pendant la nuit – les tendons enflammés, le dos meurtri, les courbatures humiliantes qui l’envoyaient à la pharmacie en quête de Tylenol ou autre analgésique qui lui permettrait de dormir, qui lui permettrait de soulager son ventre paresseux.
Mais vint un jour où il put enfin se regarder dans la glace en pied de la chambre sans rougir. Torse ferme, ventre plat sous la ceinture du caleçon, jambes robustes. Brosse grise et courte sur la tête, duvet gris sur le torse et les membres. Tyler eut le sentiment d’avoir accompli quelque chose de bien, de très bien. Un reflet de lui-même dont il pouvait s’enorgueillir. Les apparences avaient toujours tenu une place de choix dans la vie de Tyler.
Mais plus important que tout, il se sentait prêt pour reprendre le service.