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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Alimentation

Soins médicaux

Eaux & services publics

Communications

Tout le monde fixa un bon moment le tableau. Abby Cushman fut la première à rompre le silence :

— Vierge Marie, docteur Wheeler, nous devrions nous occuper de tout ça ?

Jacopetti eut un rire méprisant.

— C’est grotesque. Nous sommes dix, dans cette pièce, Wheeler. Dont deux, je dirai, de plus de soixante ans. Et trois adolescents – ou tout juste sortis de l’adolescence. Aucun d’entre nous ne semble très qualifié, encore que nous ayons un médecin parmi nous. Si toutes ces choses inscrites sur le tableau flanchent, autant jeter l’éponge. On ne pourrait pas aller en camion se ravitailler à Portland – à supposer qu’il y ait de quoi manger là-bas, ce qui serait peu probable –, ni faire fonctionner l’électricité ou pomper l’eau du réservoir.

Kindle parut stimulé par la discussion.

— Notre nombre pourrait jouer en notre faveur, pourtant. Dix personnes ne peuvent pas faire marcher une ville, bien sûr, mais elles peuvent plus facilement survivre – s’il s’agit d’une question de survie. S’il n’y a plus d’électricité, on peut mettre des générateurs en route, du moins tant qu’on a de l’essence, ce qui devrait nous mener assez loin si on a accès à toutes les stations d’essence entre ici et Portland. La même chose pour l’eau. On n’a pas besoin de tous les robinets de la ville. Un ou deux suffisent…

— Vous ne serez peut-être même plus dix, dit Bob Ganish. J’ai de la famille à Seattle. Je suppose qu’ils doivent être… différents, aussi. Mais je vais peut-être quand même aller les voir. Dans le genre de situation d’urgence que vous évoquez, pourquoi rester là ?

— Mais pourquoi partir ?

Un pli sévère barrait le front de Tim Belanger, le conseiller municipal.

— La situation serait la même n’importe où, j’imagine.

— On peut le supposer, répondit Matt. Mais il y a autre chose. Nous sommes peut-être les seuls êtres humains à Buchanan, mais il ne faut pas oublier tout le Nord-Ouest. Si nous sommes bien en place, nous pourrions accueillir des réfugiés de Portland, d’Astoria, ou même de plus loin. Une petite ville est plus facile à faire tourner. Buchanan pourrait devenir une sorte de refuge.

— On n’a pas de chambres pour eux, objecta Jacopetti.

— Pas si la population d’origine est toujours là. Mais elle peut très bien être partie. C’est une éventualité, en tout cas.

— Et les communications ? dit Kindle. Si on transforme Buchanan en camp de réfugiés, il faut que les gens soient au courant.

— Sans téléphone, sans courrier, sans journaux… dit Makepeace, c’est difficile à imaginer. Il y a bien la station de radio, mais je ne pense pas qu’on puisse la faire fonctionner nous-mêmes.

— Les radioamateurs ! s’exclama Kindle. Tous les radioamateurs qui ne sont pas vendus à l’ennemi doivent se frotter les mains. Ils adorent ce genre de situation merdique. Seulement, là, ils n’ont personne pour échanger.

— On devrait s’intéresser à cette possibilité sans perdre de temps, approuva Matt. Y aurait-il un radioamateur parmi nous ?

Pas de réponse.

— O.K. Je sais que nous n’avons pas encore élu de président, mais quelqu’un verrait-il une objection à ce que Tom Kindle s’occupe de notre service radio ?

Personne ne pipa.

— Tom, vous devriez être sur pied d’ici à la fin du mois. Il serait bien que vous vous informiez du prix d’une bonne radio. Il y a un magasin d’électronique sur la marina, si j’ai bonne mémoire. En attendant, je peux vous trouver des livres sur ce sujet.

— D’accord… mais je n’ai pas de permis, Matt.

— Parce que vous pensez que les autorités compétentes s’intéressent encore à ça ?

Le visage de Kindle se fendit d’un sourire.

— Y a des chances que non.

Miriam Flett leva la main.

— Docteur Wheeler… devrons-nous payer, en plus, pour cette histoire de radio ?

— Nous devrions envisager de constituer un fonds. Mais je suis prêt à prendre les frais de la radio à mon compte dans un premier temps.

Makepeace et Ganish offrirent tous deux de participer. Matt promit de leur faire signe au moment venu ; rien ne serait entrepris financièrement avant la semaine suivante.

— Il y a une cinquième catégorie, dit Jacopetti. Vous en avez oublié une dans votre liste.

Matt jeta un œil sur le tableau.

— Laquelle, monsieur Jacopetti ?

— Notre défense.

La température de la salle parut tomber de plusieurs degrés. Joey Commoner eut un rire bref et moqueur.

— Nous comprenons, monsieur Jacopetti, dit Kindle, mais comme vous l’avez vous-même fait remarquer, nous sommes légèrement en sous-nombre. Si c’est un Fort Alamo que vous envisagez, je ne vois même pas l’intérêt de cette réunion.

Jacopetti croisa les mains sur son ventre.

— Tout à fait d’accord. À mon avis, c’est ce qui nous pend au nez. Nous n’avons pas de place dans leur monde. Dès qu’ils en auront assez, ils se débarrasseront de nous.

— Pas mes enfants, se révolta faiblement Abby Cushman. Ils ne me feraient pas ça… pas mes petits-enfants.

Jacopetti la considéra sans le moindre émoi.

— À votre place, je ne m’y fierais pas. Il faut qu’on se prépare – n’est-ce pas pour cette raison que nous sommes réunis, docteur Wheeler ?

— Je ne crois pas que le danger soit aussi évident que vous le dites, monsieur Jacopetti. Personne ne nous a encore menacés.

— Et personne ne le fera.

Une nouvelle voix. Les têtes se tournèrent vers la porte. Une fragile présence sur le seuil. Celle de Cindy Rhee.

Malgré lui, Matt pensa que la fillette aurait dû « normalement » être morte, à ce jour.

Il eut l’image fugace d’Ellen Rhee essuyant un filet de bave sur le menton de sa fille dont le regard flottait, imprécis, vitreux.

C’était avant l’intervention des néocytes et de leur cure miracle. À présent, Cindy Rhee marchait – d’une démarche un peu rigide, il est vrai – et parlait, bien que ses paroles eussent une résonance curieusement solennelle et apprêtée.

— C’est l’une d’entre eux, déclara Miriam Flett. Elle n’a rien à faire ici.

La fillette se tourna vers Miriam avant que Matt ait pu concocter une réponse.

— Je m’en irai si vous le souhaitez, miss Flett. Je suis venue parler au nom des nôtres.

Elle porta son attention sur Matt.

— Docteur Wheeler, ce que vous faites ici est sans doute sensé. Mais M. Jacopetti a tort. Nous ne sommes pas une menace, pour vous.

— Cindy, répondit Matt, t’exprimes-tu au nom de tous ? De tous les Contactés ?

Elle ne bougeait pas, frêle silhouette sur le seuil.

— Oui.

— Comment est-ce possible ?

Elle haussa les épaules pour toute réponse.

— Cindy, si tu sais ce qui va se passer – le mois prochain, l’année prochaine – j’aimerais que tu nous en fasses part.

— Je ne peux pas. Aucune décision n’a encore été prise, docteur Wheeler.

Paul Jacopetti avait viré au rouge brique ; Matt diagnostiqua machinalement une poussée d’hypertension.

— Qui est cette gamine ? Et comment se fait-il qu’elle connaisse mon nom ? Qu’est-ce que tu fais là, à écouter aux portes ? demanda-t-il directement à Cindy.

— C’est une de mes patientes, intervint Matt. Elle…

— Ils savent tout, le coupa Miriam. Vous n’avez pas encore compris ? Personne n’a de secret pour eux.

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