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Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]

Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:

Il est là, au-dessus d’eux depuis un an, ombre menaçante, sourde et muette. Tous attendent un signe, un message de ses occupants. Vont-ils envahir la Terre, sont-ils bienveillants ou hostiles ? Nul ne le sait. Le vaisseau ne part pas, et les Voyageurs se taisent…
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
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Un service bien particulier…

Au matin du second lundi d’octobre, il sortit sa vieille veste militaire de la naphtaline, lui trouva fort belle allure avec une chemise blanche immaculée et un pantalon noir, et sauta dans sa voiture en direction de la base militaire navale de Quantico.

La Virginie se prélassait sous le soleil caressant d’un automne suave. Ciel bleu et embrasement des forêts. Tyler avait la route pratiquement pour lui seul ; presque plus personne ne circulait, maintenant.

Il avait beaucoup réfléchi à la crise qu’affrontait le pays, et une fois de plus la bande magnétique de son raisonnement se déroula dans son esprit. Le problème, se répéta-t-il, résidait dans la dissolution des armées. Car comment pouvait-on combattre l’ennemi sans armée ?

La guérilla constituait la réponse logique et évidente face à une force d’occupation de puissance supérieure. Il n’en fallait pas moins une infanterie, une milice, un support politique. « Le révolutionnaire évolue parmi le peuple comme le poisson dans la mer. » Mao Tsé-toung. Mais le « peuple » avait été docilement inféodé. Le poisson avait le ventre en l’air. Tyler avait vu des reportages sur les armées d’Afrique, d’Amérique centrale, d’Asie, d’Europe et même sur les armées israélienne et américaine, armées de fortune ou d’élite… toutes, sans exception, rendaient les armes, abandonnaient tanks, tranchées et uniformes comme les accessoires d’une panoplie d’enfant désormais trop grand pour jouer. Une vague de démobilisation qui s’était répandue de l’Éthiopie au Liban, du Turkestan à l’Amérique latine.

Mais cette défaite, dans l’esprit de Tyler, pouvait jouer en sa faveur. Les armes qui rouillaient dans un champ ne pourraient se retourner contre des insurgés. Il pouvait évoluer au sein de cette population pacifique, non comme un poisson dans la mer, mais plutôt comme, disons, un requin parmi le fretin.

Mais pas seul.

Un sur dix mille, lui avait dit le Président.

Tyler n’avait aucun moyen de vérifier cette statistique. En attendant, elle n’était guère encourageante. Cependant, l’armée, avant Contact, avait été un des premiers employeurs du pays, et même si la situation était aussi désespérée qu’il y paraissait, Tyler ne devrait pas avoir trop de mal à mettre la main sur un ou deux hommes sûrs.

Peut-être avait-il attendu trop longtemps. Peut-être le plan qu’il avait mis au point ne fonctionnerait pas… mais qu’avait-il à perdre ?

Quantico le déçut.

Le mois précédent, cette base militaire était encore une véritable ruche. Les informations locales avaient montré l’incessant relais d’avions Hercule sur la piste dans le cadre de l’opération de ravitaillement des pays victimes de la famine.

Le relais aérien désormais terminé, l’énorme base de Quantico apparaissait totalement déserte. Il roula parmi les bâtiments de brique rouge et les terrains de manœuvre envahis d’herbe trop haute en klaxonnant jusqu’à ce que ses tympans à vif protestent.

Il revint à l’entrée principale, s’arrêta et ouvrit le coffre. Le soleil lui réchauffait le cou et étincelait sur l’énorme statue du porte-drapeau. Du coffre, il déroula dix mètres de nylon orange et indéchirable sur lesquels il avait inscrit, laborieusement, à la peinture acrylique résistant à l’eau :

Tout membre des forces armées encore en service est prié de se mettre dès que possible en rapport avec le colonel John Tyler (202) 212-5555 ou d’écrire au 731 Portage Street, Arlington.

Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique

Il accrocha aux poteaux les cordes de nylon qu’il avait cousues dans le tissu de façon que la bannière fût tendue en travers de la route.

L’étendard pendait un peu dans l’air immobile, mais le message était néanmoins tout à fait lisible.

Pendant une bonne dizaine de jours, Tyler fabriqua d’autres bannières similaires à celle-ci et les exposa dans diverses bases militaires de moindre importance de Baltimore à Richmond. Tous les soirs, il vérifiait son répondeur téléphonique. Jusque-là : R.A.S.

Au cours de ses voyages, Tyler fut à même de juger de l’évolution du nouveau monde. En surface, peu de changements. La circulation était sensiblement plus fluide, surtout d’un État à l’autre. Tyler remarqua que les gens se déplaçaient plus volontiers à pied, et que beaucoup avaient déserté leur lieu de travail. De nombreux petits commerces (coiffeurs, librairies…) étaient fermés ou à l’abandon. Les magasins d’alimentation, en revanche, fonctionnaient toujours, avec personnel et clients, mais pour combien de temps encore ? Impossible à dire. D’ailleurs, on pouvait aussi se demander comment plusieurs centaines de milliers de militaires et de fonctionnaires survivaient sans chèque de paie.

Cette idée le tarabustait au point qu’il eut envie de tenter une expérience. Il se rendit dans un supermarché des environs d’Arlington, suffisamment loin de son quartier, et remplit un caddie de conserves et d’eau minérale. Arrivé à la caisse, il se campa devant l’employée.

— Je n’ai plus d’argent. Je travaillais pour le ministère de l’Urbanisme.

Il s’attendait à ce qu’elle appelle le responsable de la sécurité. Au lieu de cela, la caissière – une petite rousse du nom de Sally, comme l’indiquait son badge – sourit et lui fit signe de passer.

Alors pourquoi s’en trouvait-il encore pour payer ? Tyler s’attarda devant la sortie du magasin et observa les caisses quelques instants. D’après ce qu’il put voir, la proportion était de cinquante-cinquante. Une moitié réglait ses achats, l’autre non. Ceux qui payaient semblaient le faire par pure habitude. Tyler supposa que payer en contrepartie d’un achat était un réflexe profondément ancré dans la psyché américaine – et difficile à déraciner. L’usage se pérennisait, quoi qu’il arrive. Malgré tout, le système monétaire du pays paraissait à deux doigts de basculer dans le chaos.

Du parfait communisme, songea-t-il. Tel qu’appliqué par de parfaits robots.

Tyler entendit une voix en lui : Tu es entouré de monstres.

La voix de Sissy. Un vieux, un triste fantôme. Tyler redressa les épaules et l’ignora. Depuis sa plus tendre enfance, Sissy lui répétait qu’il vivait entouré de monstres.

Au fil des ans, il n’avait plus gardé de Sissy que l’image qui lui apparaissait dans ses rêves : une femme d’une cinquantaine d’années au visage de bohémienne rouge et brillant, emmaillotée dans une jupe de nylon et un pull feutré boutonné sur une poitrine généreuse, en train de pousser une voiture d’enfant pleine de vieux journaux sur un trottoir.

Une clocharde, comme on dirait maintenant.

Sa mère.

Son père avait été représentant dans une compagnie qui vendait des verres fantaisie en plastique sur lesquels certaines sociétés faisaient inscrire leur raison sociale en lettres dorées. Celui dans lequel Tyler but jusqu’à l’âge de sept ans portait le nom de FLETCHER, TAXIDERMISTE, 33 CINQIÈME RUE, CINCINNATI. Quand Tyler apprit à lire – ce qu’il fit par lui-même dès l’âge de quatre ans – il découvrit que le mot CINQUIÈME avait été mal orthographié. Ce qui, sans qu’il puisse réellement s’en expliquer le pourquoi, le fit éclater en sanglots. Son père était alors parti depuis belle lurette.

Sa mère (qui insista pour qu’il l’appelle Sissy) vivait dans un immeuble lépreux de deux étages, dans une rue en pente située au cœur d’un quartier en pleine décrépitude et en passe de devenir une zone. L’immeuble lui appartenait. Une tante de Pittsburgh lui avait légué de l’argent ; à l’époque, Sissy était encore jeune, sans enfant et, peut-être, songeait Tyler, consciente de sa folie sous-jacente. Elle avait immédiatement acheté l’immeuble et constitué, avec l’argent restant, un fonds géré par fidéicommis qui lui assurait une petite pension mensuelle.

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