Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Le père de Tyler avait traversé l’existence de Sissy sans avoir pu mettre la main sur cet argent. Sissy, d’une nature prudente, avait gardé les cordons de sa bourse bien serrés alors même que le monde autour d’elle s’enfonçait lentement dans le brouillard de son insanité croissante.
Tyler n’aurait su déterminer à quelle époque il avait compris la dégénérescence mentale de Sissy. Sans doute d’autres enfants s’étaient-ils gentiment chargés de lui ouvrir les yeux. Hé, Tyler, elle trouve ses fringues dans les poubelles, ta mère ? Tyler, ta maison pue la merde !
Il apprit très vite que la meilleure réponse était un Va te faire foutre ferme et sans équivoque. Ce qui lui valut d’être rossé plus souvent qu’à son tour. Au bout du compte, outre de bonnes volées et des poings écorchés, il y gagna aussi la paix. Et une amère philosophie de la vie : les autres sont source de peur ou de haine. Il n’existe pas d’autre choix. Le reste n’est qu’un piège… une tentation aboutissant irrémédiablement à la désillusion.
Sissy relevait des deux catégories : il la haïssait tout autant qu’il la redoutait. Mais elle était aussi l’exception à la règle. Bien que folle, elle restait malgré tout sa mère. Elle le nourrissait, sporadiquement ; elle l’habillait, excentriquement. Elle était censée s’occuper de lui, et savait le blesser par son indifférence.
Il pouvait supporter l’indifférence des autres. De tous les autres. Mais pas celle de Sissy.
C’est pourquoi, quand il était arrivé à l’école pour la première fois – avec cinq jours de retard et en compagnie d’un fonctionnaire chargé de faire respecter la scolarisation –, il avait fondu en larmes quand ses camarades s’étaient moqués de son pantalon déchiré, de sa chemise pleine de taches.
Pourquoi, Sissy ?
N’avait-elle même pas conscience de cela ?
De toute évidence, non. Sissy s’était retirée dans un monde où la raison et les usages avaient fait place à de terrifiants éclairs d’invisible lumière, et de redoutables révélations trop intimes pour être partagées. Sissy, Tyler l’avait compris plus tard, était schizophrène. Elle avait défendu sa maison en y entassant ce qu’elle dégotait dans les poubelles, et Tyler trouvait miraculeux qu’elle ait même pensé à lui mettre quelque chose sur le dos.
Sissy était morte depuis longtemps. Mais elle rendait de fréquentes visites à son fils et n’avait pas sa langue dans sa poche pour lui faire entendre ses opinions.
Le téléphone sonna alors qu’il regardait la télévision.
Tyler avait installé une antenne parabolique sur le toit et un décodeur illégal dans son salon avec lequel il pouvait décrypter n’importe quoi, y compris les émissions militaires – désormais inexistantes.
En fait, depuis la mi-octobre, la télévision ne fonctionnait plus que deux heures par jour en moyenne – pour diffuser des reportages sur le désarmement mondial et l’interminable déploiement des octaèdres.
C’était ce second sujet qui intéressait Tyler. Ce matin – encore une belle journée d’automne qui s’annonçait, la brise caressait les rideaux de la fenêtre ouverte –, son Coca de régime à la main, il suivait les images d’un Serveur isolé glissant sur une route déserte près d’Atlanta.
Ce spectacle le fascinait. Une menace informe, d’un noir mat, de plus de deux mètres de haut. Un « Serveur » ! Et puis quoi, encore ? Pour servir qui ? Tous les gogos qui étaient tombés dans le panneau de leurs promesses fallacieuses ?
Ces choses bizarres sortaient en flot régulier des octaèdres de New York et de Los Angeles, formant un réseau dans toute l’Amérique – dans le monde – dans un but encore mystérieux. Ils pouvaient les appeler Serveurs si ça leur chantait, songea Tyler, mais lui, il savait reconnaître une armée d’occupation quand il en voyait une.
Que faudrait-il pour venir à bout d’une de ces espèces de cuirassé ?
Alors voyons… se dit-il.
C’est à cet instant que, comme en réponse à sa question, la sonnerie du téléphone retentit.
Il bondit de son fauteuil, le sang battant à ses tempes. Bordel ! Depuis quand n’avait-il pas entendu ce son ?
Il avait été sur le point d’abandonner tout espoir.
Il éteignit la télé et décrocha.
— Allô !
Sûrement un faux numéro. Un Contacté avait dû composer un 5 au lieu d’un 6. Encore que… Étaient-ils toujours à la merci de ce genre d’erreur humaine ?
— Colonel Tyler ? demanda une voix masculine.
— Lui-même.
— J’ai vu votre annonce, mon colonel. À Quantico.
Un temps.
— Une des ficelles s’était défaite mais je l’ai raccrochée.
— Je vous en remercie. Vous êtes de la marine ?
Il en était. Depuis peu. Vingt et un ans, spécialisé dans les armes.
— Mon nom est A. W. Murdoch.
— Que veut dire le A ?
— Alphonse, navré de le dire.
— Navré de l’entendre. Je ne vous demanderai pas la signification du W. Dois-je comprendre que vous avez refusé l’invitation à la vie éternelle ?
— Oui, mon colonel.
— Eh bien, nous devrions nous rencontrer.
— Absolument. Euh, colonel Tyler… Si j’ai bien compris, vous proposez de faire un peu de résistance ? Ne le prenez pas mal, mais je ne cherche pas la compagnie pour le seul plaisir de faire la causette. J’ai Cru comprendre, d’après votre banderole, que l’envie vous démangeait de botter quelques fesses ennemies ?
Jeune mais déjà rebelle, songea Tyler. Parfait. Ils étaient faits pour s’entendre.
— Cette déduction me paraît assez proche de la vérité. Quand puis-je vous voir ?
— Tout de suite si vous regardez par la fenêtre, mon colonel.
Tyler s’approcha de la baie vitrée de l’étage et put apercevoir…
… garé dans l’avenue Arlington ensoleillée et bordée de catalpas…
… un Hummer M998, brun camouflage, véhicule d’une tonne soixante-quinze qui avait remplacé la Jeep des jeunes années de Tyler, un engin robuste à usages multiples…
… dont le toit était surmonté d’un lance-missiles M-109 TOW, le fin du fin des dispositifs antichars, d’une forme évoquant vaguement le pistolet laser des vieux films de science-fiction…
… et au volant duquel se trouvait un grand blond dégingandé en uniforme, dont la coupe de cheveux avait depuis quelque temps déjà cessé d’être réglementaire, et qui tenait à la main un téléphone portatif.
Sûrement un petit trou-du-cul prétentieux, mais un trou-du-cul avec les bras chargés de cadeaux.
Murdoch salua, les yeux plissés par le soleil.
— Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire, déclara Tyler.
— Je monte tout de suite, mon colonel.
— Non. Je descends tout de suite.
Tyler avait appris à établir un certain ton dans les conversations, une certaine hiérarchie. Dans le cadre du système militaire, les règles de conduite étaient implicites. Dans le civil, le problème se posait de manière plus subtile ; il était donc essentiel de mettre son interlocuteur au pas, et de le faire d’entrée de jeu. Son incapacité de maîtriser la discussion avec le Président l’avait horriblement frustré, et le frustrait encore chaque fois qu’il l’évoquait. Il s’était retrouvé en porte à faux, inférieur. Ce petit numéro d’intimidation à la Maison-Blanche avait été ridicule. Jamais il n’aurait dû s’écouter.