Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Prends-le pas personnel. Mais cela m’étonne, c’est tout.
— Tu n’es pas au bout de tes étonnements.
— Remonte tout le drap, ordonna Laliberté au médecin.
Reynald enroula le tissu avec des gestes appliqués, comme l’avait fait Ménard à Strasbourg. Adamsberg se raidit en apercevant quatre grains de beauté en losange à la base du cou. Ce qui lui donna juste le temps de parer au sursaut. Il bénit la lenteur méticuleuse du légiste.
C’était bien Noëlla qui gisait dans ce tiroir. Adamsberg contrôlait sa respiration et examinait la morte sans ciller, espérait-il. Laliberté ne le lâchait pas du regard.
— Je peux voir l’hématome ? demanda-t-il.
Le médecin bascula la tête pour exposer l’arrière du crâne.
— Le choc d’un instrument contondant, expliqua Reynald. C’est tout ce qu’on peut dire. En bois, probablement.
— Le manche du trident, précisa Adamsberg. Il fait toujours comme cela.
— Qui cela, « Il » ? demanda Laliberté.
— Le meurtrier.
— Tu le connais-tu ?
— Oui. Et ce que j’aimerais savoir, c’est qui te l’a dit.
— Et elle, tu la connais-tu ?
— Tu te figures que je connais les noms des soixante millions de Français, Aurèle ?
— Si tu connais l’assassin, tu connais peut-être ses victimes.
— Je ne suis pas devineux, comme tu dirais toi-même.
— Tu l’as jamais vue, quoi ?
— Où ? En France ? À Paris ?
— Où tu veux.
— Jamais, répondit Adamsberg en haussant les épaules.
— Elle s’appelle Noëlla Cordel. Ça te dit rien ? Adamsberg s’écarta du corps et s’approcha du surintendant.
— Pourquoi tiens-tu à ce que cela me dise quelque chose ?
— Elle vivait à Hull depuis six mois. T’aurais pu la croiser par ici.
— Et toi aussi. Que faisait-elle à Hull ? Mariée ? Études ?
— Elle avait suivi son chum mais elle a mangé de l’avoine.
— Traduis.
— Elle s’est fait éconduire. Elle travaillait dans un bar d’Ottawa, Le Caribou. Ça te rappelle-tu quelque chose ?
— Jamais foutu les pieds. Tu ne joues pas franc, Aurèle. Je ne sais pas ce que disait cette lettre anonyme, mais tu biaises.
— Pas toi ?
— Non. Je te raconterai tout ce que je sais demain. C’est-à-dire tout ce qui pourra t’aider. Mais je voudrais dormir, je ne tiens plus debout et mon lieutenant non plus.
Retancourt, assise comme une masse au fond de la salle, tenait parfaitement le coup.
— On va jaser un peu avant, déclara Laliberté avec un léger sourire. On passe à l’office.
— Merde, Aurèle. Il est plus de trois heures du matin.
— Il est neuf heures, heure locale. Je ne te retiendrai pas longtemps. On peut libérer ton lieutenant si tu veux.
— Non, dit soudainement Adamsberg. Elle reste avec moi.
Laliberté s’était calé dans son fauteuil, vaguement imposant, encadré de ses deux inspecteurs debout de part et d’autre de son siège. Adamsberg connaissait cette disposition en triangle propre à impressionner un suspect. Il n’avait pas le temps de réfléchir au fait ahurissant que Noëlla ait été assassinée au Québec d’un coup de trident. Il se concentrait sur le comportement ambigu de Laliberté, qui pouvait indiquer qu’il connaissait son lien avec la jeune fille. Rien de sûr non plus. La partie en cours était ardue et il lui fallait faire face à chacune des paroles du surintendant. Qu’il ait couché avec Noëlla n’avait rien à voir avec le meurtre, il devait l’oublier impérativement pour l’instant. Et se préparer à toute possibilité, en refluant vers la puissance de ses forces passives, le plus sûr rempart de sa citadelle intérieure.
— Demande à tes hommes de s’asseoir, Aurèle. Je connais le système et c’est déplaisant. On dirait que tu oublies que je suis flic.
D’un geste, Laliberté écarta Portelance et Philippe-Auguste. Munis chacun d’un carnet, ils se préparaient à noter.
— C’est un interrogatoire ? demanda Adamsberg avec un signe vers les inspecteurs. Ou une coopération ?
— Me tombe pas sur le nerf, Adamsberg. On écrit pour se souvenir, c’est tout.
— Me tombe pas dessus non plus, Aurèle. Je suis debout depuis vingt-deux heures et tu le sais. La lettre, ajouta-t-il. Montre-moi cette lettre.
— Je vais te la lire, dit Laliberté en ouvrant un épais dossier vert. « Meurtre Cordel. Voir commissaire J.-B. Adamsberg, Paris, Brigade criminelle. S’en est occupé personnellement. »
— Tendancieux, commenta Adamsberg. C’est pour cela que tu te comportes en coch ? À Paris, tu as dit que je m’étais chargé du dossier. Ici, tu sembles penser que je me suis chargé de cette femme.
— Fais-moi pas dire ce que j’ai pas dit.
— Alors ne me prends pas pour un con. Montre-moi cette lettre.
— Tu veux-tu vérifier ?
— Exactement.
Il n’y avait pas un mot de plus sur la feuille, qui sortait d’une imprimante ordinaire.
— Tu as pris les empreintes, je suppose ?
— Vierge.
— Quand l’as-tu reçue ?
— Quand le corps est remonté.
— D’où ?
— De la flotte où on l’avait jeté. Ça s’était pris en glace. Tu te souviens-tu du coup de froid de la semaine dernière ? Le corps est resté coincé jusqu’à ce que ça dégèle et qu’on trouve le cadavre, mercredi. On a eu la lettre le lendemain midi.
— Elle a donc été tuée avant le gel, pour que l’assassin puisse la jeter dans l’eau.
— Non. Le tueur a brisé la surface gelée et l’a enfoncée là-dedans, calée avec une vingtaine de pierres. La glace s’est reformée aussitôt dans la nuit, comme un couvercle.
— Comment peux-tu le savoir ?
— Noëlla Cordel s’était fait offrir une ceinture neuve le jour même. Elle la portait. On sait où elle a dîné et ce qu’elle a mangé. Comprends qu’avec le froid, le contenu du tube digestif s’était conservé comme au premier jour. Présentement, on connaît la date du meurtre et l’heure. Me chicane pas là-dessus, je te rappelle qu’ici, on est des spécialistes.
— Ça ne te chagrine pas, cette lettre anonyme qui te parvient dès le lendemain ? Sitôt le meurtre annoncé dans la presse ?
— Esti non. On en reçoit beaucoup. Les gens aiment pas avoir affaire personnellement aux cops.
— Et ça se comprend.
L’expression de Laliberté se décala légèrement. Le surintendant était un joueur habile mais Adamsberg savait déceler les modifications des regards plus rapidement que le détecteur de la GRC. Laliberté passait à l’attaque et Adamsberg accrut son flegme, croisant les bras, s’adossant à son siège.
— Noëlla Cordel est morte dans la soirée du 26 octobre, dit simplement le surintendant. Entre vingt-deux heures trente et vingt-trois heures trente.
Parfait, si l’on peut dire. La dernière fois qu’il avait vu Noëlla, c’était quand il s’était enfui par la fenêtre à guillotine, le vendredi 24 au soir. Il avait redouté que cette foutue guillotine ne s’abatte sur lui et que Laliberté ne lui annonce la date du 24.
— Impossible d’être plus précis pour l’heure ?
— Non. Elle avait dîné vers dix-neuf heures trente et la digestion était trop avancée.
— Dans quel lac l’avez-vous trouvée ? Loin d’ici ?
Dans le lac Pink, bien sûr, pensa Adamsberg. Quel autre ?
— On poursuivra demain, décida Laliberté en se levant soudainement. Autrement, t’iras jaspiner sur les cops québécois et dire que ce sont des écœurants. J’avais le goût de te raconter, c’est tout. On vous a réservé deux chambres à l’hôtel Brébeuf, dans le parc de la Gatineau. Ça te va-tu ?