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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Je vais prendre un paquet dans ma veste, je reviens, dit-il en sortant de la pièce.

Dans le bureau vide du surintendant, Retancourt dormait à moitié, un peu penchée sur sa chaise. Il sortit au ralenti plusieurs sacs des poches gonflées de son manteau et rejoignit sans hâte les trois officiers.

— Tiens, dit-il à Sanscartier en lui tendant les sachets, avec un insensible clin d’œil. Il y en a six flacons. Partage avec Ginette si elle aime ça. Et quand tu seras en manque, appelle-moi.

— Tu leur donnes quoi ? gronda Laliberté. De la bibine de France ?

— Du savon au lait d’amande. Ce n’est pas de la corruption de fonctionnaire, c’est un émollient pour l’esprit.

— Criss, Adamsberg, fais-moi pas rire. On est là pour trimer.

— Il est plus de dix heures du soir à Paris, et Danglard seul sait où sont mes dossiers. Mieux vaut que je lui adresse un fax à son domicile. Il l’aura à son lever et tu gagneras du temps.

— Right, man. À ton choix. Écris à ton slaque.

Ce qui permit à Adamsberg de rédiger pour Danglard une demande écrite à la main. Seule idée qu’il avait eue durant sa courte mission savon, une idée d’écolier certes, mais qui pouvait fonctionner. Déformer son graphisme, que Danglard connaissait par cœur, en y agrandissant les D et les R, début et fin du mot Danger. Ce qui était possible dans une courte note avec des mots comme Danglard, Dossier, Adresser, Adamsberg, Trident. En espérant que Danglard ait les yeux bien ouverts, qu’il y comprenne quelque chose, qu’il se méfie et ôte les pièces compromettantes avant de scanner le tout.

Le fax partit, contrôlé par le surintendant, emportant les espoirs du commissaire par les câbles subatlantiques. Il n’avait plus qu’à compter sur la finesse pointue de son adjoint. Il eut une brève pensée pour l’Ange à l’épée de Danglard et l’adjura, pour une fois, de le mettre dès l’aube en pleine possession de sa logique.

— Il l’aura demain. Je ne peux rien faire de plus, conclut Adamsberg en se levant. Je t’ai tout dit.

— Pas moi. Il y a une quatrième chose qui m’intrigue, dit le surintendant en levant son quatrième doigt.

De la rigueur et de la rigueur.

Adamsberg se rassit devant le fax, Laliberté demeurant debout. Encore un truc de flic. Adamsberg chercha le regard de Sanscartier, qui, immobile, serrait son sac à savon contre lui. Et dans ces yeux qui lui semblaient ne refléter toujours qu’une seule et même expression, la bonté, il lut autre chose. Piège, chum. Gare à tes gosses.

— Tu m’as-tu pas dit que t’avais démarré ta traque à dix-huit ans ? demanda Laliberté.

— Si.

— Trente ans de chasse, tu trouves pas ça beaucoup ?

— Pas plus que cinquante ans de meurtres. Chacun son métier : il insiste, j’insiste.

— Vous connaissez pas les dossiers classés, en France ?

— Si.

— T’en as-tu pas laissé, des affaires non résolues ?

— Pas beaucoup.

— Mais t’en as laissé ?

— Oui.

— Alors pourquoi t’as pas lâché celle-là ?

— À cause de mon frère, je te l’ai dit.

Laliberté sourit, comme s’il venait de marquer un point. Adamsberg se tourna vers Sanscartier. Même signal.

— Tu l’aimais-tu à ce point, ce frère ?

— Oui.

— Tu voulais-tu le venger ?

— Pas le venger, Aurèle. L’innocenter.

— Chicane pas sur les mots, ça revient au même. Tu sais-tu à quoi elle fait penser, ton enquête ? Que tu patines autour depuis trente ans ?

Adamsberg resta silencieux. Sanscartier regardait son surintendant, toute douceur ayant déserté ses yeux. Ginette gardait la tête baissée vers le sol.

— À une obsession pas normale, déclara Laliberté.

— Dans ton livre à toi, Aurèle. Mais pas dans le mien.

Laliberté changea de position et d’angle d’attaque.

— Je te cause de coch à coch, présentement. Ton meurtrier voyageur, tu trouves-tu pas bizarre qu’il assassine ici au moment où son poursuivant y demeure ? C’est-à-dire toi, le coch obsédé qui le persécute depuis trente ans ? Tu trouves-tu pas ça croche, comme coïncidence ?

— Très croche. À moins que ce n’en soit pas une. Je t’ai dit que depuis Schiltigheim, Fulgence sait que je le talonne à nouveau.

— Criss ! Et il viendrait jusqu’ici pour te provoquer ? S’il avait le moindrement d’esprit, il attendrait que tu sois rentré, tu crois pas ? Un gars qui tue tous les quatre à six ans, il peut se retenir une quinzaine, non ?

— Je ne suis pas dans sa peau.

— C’est présentement ce que je me demande.

— Explique-toi, Aurèle.

— Je crois personnellement que tu rêves en couleurs. Et que tu le vois partout, ton esti de Trident.

— Je t’emmerde, Aurèle. Je te dis ce que je sais et ce que je crois. Si tu n’en veux pas, je m’en fous. Fais ton enquête et moi la mienne.

— À demain neuf heures, dit le surintendant à nouveau souriant, en tendant la main. On a encore une bonne attelée devant nous. On verra ces dossiers ensemble.

— Pas ensemble, dit Adamsberg en se levant. Tu en as pour la journée à les compulser et moi, je les connais par cœur. Je pars voir mon frère. On se retrouve mardi matin.

Laliberté fronça les sourcils.

— Je suis libre ? Oui ou non ? demanda Adamsberg.

— Excite-toi pas.

— Alors je vais chez mon frère.

— Où c’est qu’il reste, ton frère ?

— À Detroit. Tu peux me passer une voiture de fonction ?

— Ça se peut.

Adamsberg alla retrouver Retancourt, restée assise comme une bûche dans le bureau du surintendant.

— Je sais que t’as des ordres, dit Laliberté en riant. Mais, prends-le pas personnel, je vois pas à quoi elle peut te servir, ton lieutenant. Elle a pas inventé les boutons à quatre trous. Criss, j’en voudrais pas dans mon module.

XXXIV

Une fois dans sa chambre, Adamsberg hésita à appeler Danglard pour lui recommander d’ôter les pièces relatives à l’enquête sur son frère. Mais rien ne lui assurait que le téléphone n’était pas sur écoutes. Quand Laliberté apprendrait que Fulgence était mort, les choses allaient se corser singulièrement. Et puis après ? Le surintendant ne savait rien de ses relations avec Noëlla et, n’eût été cette lettre anonyme, il ne se serait pas préoccupé de lui. Mardi, ils se sépareraient sur un différend, comme avec Trabelmann, et adieu, à chacun son enquête.

Il boucla rapidement son sac. Il comptait faire la route de nuit, dormir deux heures en chemin et arriver à l’aube à Detroit pour ne pas risquer de manquer son frère. Il n’avait pas vu Raphaël depuis si longtemps qu’il ne ressentait pas d’émotion, tant l’entreprise semblait irréelle. Il changeait de tee-shirt quand Retancourt entra dans sa chambre.

— Merde, Retancourt, vous pourriez frapper.

— Pardon, je craignais que vous n’ayez déjà filé. À quelle heure part-on ?

— Je pars seul. Voyage privé cette fois.

— J’ai des ordres, s’obstina le lieutenant. J’accompagne. Partout.

— Vous êtes sympathique et aidante, Retancourt, mais c’est mon frère et je ne l’ai pas vu depuis trente ans. Foutez-moi la paix.

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