Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Sous les vents de Neptune - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
1 ... 37 38 39 40 41 42 43 44 45 ... 89
Перейти на страницу:

Décidément, il n’y avait pas que Trabelmann pour aimer les contes. Mordent aussi. Tout le monde peut-être, et même Brézillon.

— Et ensuite ? demanda Adamsberg, qui se servit un second régulier, pour cause de décalage horaire, et reprit place sur son perchoir.

— Ensuite, les nouveaux venus irritent le fantôme. Et pourquoi ? Parce qu’ils déménagent, nettoient les placards, évacuent les vieilles malles, vident le grenier, le délogent de ses lieux. Bref, ils lui barrent ses planques. Ou lui volent son secret le plus intime.

— Quel secret ?

— Eh bien, toujours le même : sa faute originelle, son premier meurtre. Car s’il n’y avait pas faute gravissime, le gars ne serait pas condamné à hanter la baraque depuis trois siècles. Emmurement de l’épouse, fratricide, que sais-je encore ? Le genre de truc qui produit les fantômes, quoi.

— C’est juste, Mordent.

— Ensuite, acculé, privé de ses refuges, le fantôme s’énerve. C’est là que tout commence. Il se montre, il se venge, enfin, il devient quelqu’un. À partir de là, le combat peut s’engager.

— À la manière dont vous en parlez, vous y croyez ? Vous en connaissez ?

Mordent sourit et passa la main sur son crâne chauve.

— C’est vous qui parlez de fantômes. Moi, je ne fais que vous raconter l’histoire. C’est amusant. Et puis c’est intéressant. Tout au fond des contes, il y a toujours un poids lourd. De la vase, une vase éternelle.

Le lac Pink traversa les pensées d’Adamsberg.

— Quelle vase ? demanda-t-il.

— Une vérité si crue qu’on n’ose la dire que sous le déguisement du conte. Tout cela dans des châteaux avec des robes couleur du temps, des spectres et des ânes qui chient de l’or.

Mordent s’amusait et lança son gobelet dans la poubelle.

— Le tout, c’est de ne pas se tromper dans le décodage, et de viser juste.

— L’irriter, barrer ses planques, déloger le péché originel.

— Plus facile à dire qu’à faire. Vous avez lu mon rapport sur le stage québécois ?

— Lu et signé. On jurerait que vous y étiez. Vous savez qui garde la porte chez les cops québécois ?

— Oui. Un écureuil.

— Qui vous l’a dit ?

— Estalère. C’est ce qui l’a le plus ébloui. Était-il volontaire ou réquisitionné ?

— Estalère ?

— Non, l’écureuil.

— Volontaire par vocation. Il s’est aussi amouraché d’une blonde et son travail s’en est retrouvé perturbé.

— Estalère ?

— Non, l’écureuil.

Adamsberg se rassit à sa table, l’esprit occupé par les commentaires de Mordent. Vider les placards, déloger, acculer, provoquer. Irriter le mort. Détecter au laser la faute originelle. Tout vider, tout expulser. Vaste entreprise digne d’un héros de légende, et dans laquelle il avait échoué pendant quatorze années. Pas de cheval, pas d’épée, pas d’armure.

Et pas de temps. Il attaqua la seconde pile de dossiers. Au moins cette astreinte justifiait qu’il n’ait pas encore échangé un mot avec Danglard. Il se demandait comment gérer ce mutisme nouveau. Le capitaine avait présenté ses excuses mais la glace demeurait solide. Adamsberg avait écouté la météo internationale ce matin, mû par quelque nostalgie. Les températures à Ottawa oscillaient toujours entre -8° en journée et -12° la nuit. Pas de dégel en vue.

Attelé à sa seconde pile le lendemain, le commissaire sentait un léger trouble bourdonner en lui comme un insecte coincé dans son corps, qui vrombissait entre ses épaules et son ventre. Une impression assez familière. Rien à voir avec les malaises qui l’avaient éreinté lors de la remontée du juge en torpille. Non, juste ce modeste insecte bruissant, un petit rien qui se cognait de-ci de-là comme une contrariété boudeuse exigeant son attention. De temps à autre, il ressortait sa fiche cartonnée, sur laquelle il avait ajouté les astuces de Mordent quant à la meilleure manière d’irriter les fantômes. Et il la parcourait, les yeux dans le beurre, comme avait dit le barman de L’Écluse.

Un léger mal de tête le propulsa vers la machine à café vers cinq heures. Bien, se dit Adamsberg en frottant son front, je tiens l’insecte par les deux ailes. Cette cuite de la nuit du 26 octobre. Ce n’était pas la cuite qui bourdonnait, mais bien ces foutues deux heures et demie d’oubli. La question revenait, vibrante. Qu’est-ce qu’il avait bien pu fabriquer durant tout ce temps sur le sentier de portage ? Et que pouvait lui importer ce minuscule fragment de vie échappé ? Il avait classé ce brin manquant au rayon de la mémoire poreuse, pour cause d’imbibation alcoolique. Mais, de toute évidence, ce rangement ne satisfaisait pas son esprit et le brin manquant ne cessait de sauter hors de son rayon pour venir le harceler discrètement.

Pourquoi ? se demandait Adamsberg en tournant son café. Était-ce que l’idée d’avoir perdu une parcelle de sa vie le contrariât, comme si on l’eût tronqué sans lui demander son avis ? Ou que la simple explication de l’alcool ne lui convenait pas ? Ou, plus grave, qu’il s’inquiétât de ce qu’il avait pu dire ou faire durant ces heures effacées ? Pourquoi ? Ce souci lui semblait aussi absurde que s’alarmer de mots prononcés pendant le sommeil. Qu’avait-il pu faire d’autre que de tanguer le visage en sang, tomber, dormir et reprendre la sente, à quatre pattes pourquoi pas ? Rien d’autre. Mais l’insecte vibrait. Pour l’emmerder ou pour une raison précise ?

De ces heures oubliées, il ne conservait pas d’image mais une sensation. Et, osa-t-il se formuler, une sensation de violence. Ce devait être cette branche qui l’avait battu. Mais pouvait-il en vouloir à une branche qui, elle, n’avait pas avalé une seule goutte ? À un ennemi passif et sobre ? Pouvait-on dire que la branche lui avait fait violence ? Ou l’inverse ?

Au lieu de rejoindre son bureau, il alla s’asseoir sur l’angle de la table de Danglard et jeta son gobelet vide pile au fond de la corbeille.

— Danglard, j’ai un insecte logé dans le corps.

— Oui ? dit prudemment Danglard.

— Ce dimanche 26 octobre, continua lentement Adamsberg, ce soir où vous m’avez dit que j’étais un véritable con, commissaire, vous vous rappelez ?

Le capitaine confirma d’un signe et se prépara à l’affrontement. Adamsberg allait évidemment vider le sac à chicanes, comme ils disaient à la GRC, et le sac était lourd. Mais la suite du discours ne prit pas la direction prévue. Comme d’ordinaire, le commissaire le surprenait là où il ne l’attendait pas.

— Le même soir, je me suis pris cette branche dans le sentier. Un coup violent, un coup de masse. Vous savez cela.

Danglard acquiesça. L’hématome au front était encore très visible, enduit de la pommade jaune de Ginette.

— Ce que vous ne savez pas, c’est qu’après notre conversation, j’ai filé directement à L’Écluse avec l’intention de me saouler. Ce que j’ai fait avec rigueur jusqu’à ce que le vigilant barman me jette dehors. J’ergotais sur ma grand-mère et il en avait sa claque.

Danglard approuva discrètement, ne sachant où Adamsberg voulait en venir.

— Quand j’ai pris ce sentier, j’allais d’un arbre à un autre et c’est pourquoi je n’ai pas su éviter la branche.

— Je comprends.

— Ce que vous ne savez pas non plus, c’est qu’au moment du choc, il était onze heures du soir et pas plus tard. J’étais presque à la moitié du parcours, probablement pas loin du chantier. Là où ils replantent des petits érables.

1 ... 37 38 39 40 41 42 43 44 45 ... 89
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)