Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Elle avait assuré qu’elle serait là. Je sais maintenant pourquoi elle n’est pas venue.
— Morte depuis deux jours.
— Si Laliberté connaissait cette liaison, il aurait vidé sa cartouchière, il me l’aurait dit d’entrée. Noëlla n’a donc rien confié à ses amis, en tout cas pas mon nom. Le surintendant n’a pas de certitude. Il frappe dans l’eau au hasard.
— C’est qu’il détient un autre élément qui lui permet de vous mettre sur le gril : l’acte III, sans doute. La nuit du 26.
Adamsberg regarda fixement Retancourt. La nuit du 26. Il n’y avait pas pensé, seulement soulagé que le meurtre n’ait pas été commis le vendredi soir.
— Vous êtes au courant ? Pour cette nuit ?
— J’ignore tout à l’exception de votre hématome. Mais comme Laliberté avait gardé cette carte pour la fin, j’en déduis qu’elle a son poids.
L’heure s’approchait où les inspecteurs de la GRC viendraient les prendre en main. Adamsberg résuma rapidement à son lieutenant sa cuite du dimanche soir et ses deux heures et demie d’amnésie.
— Merde, répéta Retancourt. Ce que je ne saisis pas, c’est ce qui lui permet de faire le rapprochement entre une jeune fille inconnue et un homme bourré sur un sentier. Il a d’autres atouts, qu’il ne va pas forcément abattre. Laliberté a des méthodes de chasseur, et une certaine jouissance dans la capture. Il peut faire durer l’épreuve.
— Attention, Retancourt. Il ne sait rien de mon amnésie. Seul Danglard est au courant.
— Mais il a sûrement pris des renseignements depuis. Votre départ de L’Écluse à vingt-deux heures quinze, votre arrivée à l’immeuble à deux heures moins dix. C’est long pour un homme qui marche l’esprit clair.
— Ne vous faites pas de souci pour cela. N’oubliez pas que je connais l’assassin.
— C’est vrai, reconnut Retancourt. Cela réglera la question.
— À un détail près. Une vétille à propos de ce meurtrier, mais qui risque de mal passer.
— Vous n’êtes pas sûr de vous ?
— Si. Mais il est mort depuis seize ans.
XXXIII
Fernand Sanscartier et Ginette Saint-Preux assuraient cette fois l’encadrement du surintendant. Adamsberg s’imagina qu’ils s’étaient désignés volontaires ce dimanche, pour lui apporter leur appui peut-être. Mais ses deux anciens alliés adoptaient une attitude contrainte et embarrassée. Seul l’écureuil de garde, toujours nanti de sa compagne, l’avait salué aimablement en plissant le museau. Un bon petit chum, fidèle.
— Cette fois, c’est à ton tour, Adamsberg, commença Laliberté, cordial. Expose-moi les faits, tes connaissances, tes soupçons. Right, man ?
Amabilité, ouverture. Laliberté utilisait de vieilles techniques. Ici, celle de l’alternance entre phases d’hostilité et de détente. Déstabiliser le prévenu, le rassurer, l’alerter à nouveau, le désorienter. Adamsberg raffermit ses pensées. Le surintendant ne le ferait pas dérailler comme une bête apeurée, encore moins avec Retancourt dans son dos, sur laquelle il avait l’étrange sensation de se caler.
— Jour de bonté ? demanda Adamsberg en souriant.
— Jour d’écoute. Dévide-moi ton chapelet.
— Je te préviens, Aurèle, que l’histoire est longue.
— OK, man, mais délaye pas trop tes idées quand même.
Adamsberg prit tout son temps pour conter le récit de la marche sanglante du juge Fulgence, depuis le meurtre de 1949 jusqu’au réveil de Schiltigheim. Sans rien omettre du personnage, de sa technique, des boucs émissaires, de la traverse du trident, du changement de lames. Sans non plus cacher son impuissance à serrer l’assassin, protégé derrière les hauts murs de son pouvoir, de son réseau et de son extrême mobilité. Le surintendant avait pris des notes avec une certaine impatience.
— Prends-moi pas pour un critiqueux, mais je vois trois embrouilles dans ton histoire, dit-il finalement en levant trois doigts.
De la rigueur, de la rigueur, et de la rigueur, pensa Adamsberg.
— Tu vas pas me faire accroire qu’un meurtrier cavale chez vous depuis cinquante ans ?
— Sans être pris, veux-tu dire ? Je t’ai parlé de son influence, et des changements de lame. Personne n’a jamais envisagé de mettre en doute la réputation du juge, ni relié les huit meurtres entre eux. Neuf avec celui de Schiltigheim. Dix avec celui de Noëlla Cordel.
— Ce que je veux te dire, c’est que ton esti de gars, il serait pas de la première jeunesse.
— Suppose qu’il ait commencé à vingt ans. Il n’aurait que soixante-dix ans.
— Deuxième chose, enchaîna Laliberté en marquant ses notes d’une croix. T’as gossé des heures sur ce trident et sa traverse. L’idée des changements de lame, c’est la tienne d’ailleurs, t’as pas de preuve.
— Si. Ces limites de longueur et de largeur.
— Précisément. Mais ce coup-ci, ton maudit maniaque, il aurait pas fait à son habitude ? La longueur de la ligne des blessures dépasse celle de ta traverse. 17,2 cm et pas 16,7 cm. Ce qui fait que tout d’un charme, ton meurtrier modifie sa routine. À soixante-dix ans, criss, c’est pas l’âge du changement. Comment tu m’expliques-tu ça ?
— J’y ai pensé et je n’ai trouvé qu’une seule raison : les contrôles aériens. Il n’aurait pas pu emporter sa traverse, on ne l’aurait jamais laissé passer avec une pareille barre de fer. Il a été contraint d’acheter sur place un autre trident.
— Pas acheté, Adamsberg, emprunté. Rappelle-toi que les blessures étaient terreuses. L’outil n’était pas neuf.
— Exact.
— Ce qui nous fait déjà de sacrés écarts, et pas des petits, dans la conduite réglée de ton assassin. Ajoute à ça qu’il n’y avait pas de rôdeux mort-ivre à côté de la victime, avec l’arme en poche. Pas de bouc émissaire. Ça diverge beaucoup, dans mon opinion.
— Effets des circonstances. Comme tous les surdoués, le juge est souple. Il a dû composer avec le gel, sa victime étant restée emprisonnée plus de trois jours dans la glace. Et il a dû faire avec un territoire étranger.
— Justement, dit Laliberté en inscrivant une nouvelle croix sur sa feuille. Il n’a plus assez de place dans le vieux pays, ton juge ? Jusqu’ici, il tuait chez toi, c’est pas vrai ?
— Je n’en sais rien. Je ne t’ai cité que les meurtres français parce que je n’ai dépouillé que les archives nationales. S’il a tué en Suède ou au Japon, je ne le sais pas.
— Sacrament, t’es obstineux. Faut toujours que tu trouves une réponse, hein ?
— Ce n’est pas ce que tu souhaites ? Que je te nomme l’assassin ? Tu connais beaucoup de gars qui tuent au trident ? Car, pour l’arme, j’ai raison, n’est-ce pas ?
— Criss, oui, c’est bien une patte de poule qui l’a embrochée. Quant à savoir qui la tenait, c’est une autre affaire.
— Le juge Honoré Guillaume Fulgence. Un authentique empaleur que je pognerai par les gosses, je te le garantis.
— J’aimerais voir tes dossiers, dit Laliberté en se balançant sur son siège. Les neuf dossiers.
— Je t’enverrai des copies à mon retour.
— Non, présentement. Tu pourrais-tu demander à un de tes hommes de me les passer par courriel ?
Pas le choix, se dit Adamsberg en suivant Laliberté et ses inspecteurs dans la salle des transmissions. Il pensait au décès de Fulgence. Tôt ou tard, Laliberté l’apprendrait, comme Trabelmann. Le plus inquiétant était le dossier sur son frère. Il contenait un croquis du poinçon jeté dans la Torque, et des notes sur son faux témoignage au procès. Pièces strictement confidentielles. Seul Danglard pourrait le tirer de là, s’il avait l’idée d’y opérer un tri. Et comment le lui demander sous le regard de chasseur du surintendant ? Il aurait désiré une bonne heure pour y réfléchir mais il lui faudrait faire beaucoup plus vite.