Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Désolée, mais je viens. Je vous laisserai seul avec lui, ne vous en faites pas.
— Lâchez-moi, lieutenant.
— Si vous y tenez, mais je tiens les clefs du char. Vous n’irez pas loin à pied.
Adamsberg fit un pas vers elle.
— Aussi costaud que vous soyez, commissaire, vous ne pourrez jamais me reprendre ces clefs. Je propose qu’on renonce à ce jeu de mômes. On part ensemble et on se relaiera sur la route.
Adamsberg lâcha prise. Lutter avec Retancourt lui coûterait au moins une heure de temps.
— Très bien, dit-il, résigné. Puisque je vous ai sur le dos, allez faire votre bagage. Vous avez trois minutes.
— Il est fait. Je vous retrouve à la voiture.
Adamsberg acheva de s’habiller et rejoignit son lieutenant sur le parking. Blond garde du corps ayant converti son énergie en protection rapprochée particulièrement adhésive.
— Je prends le volant, annonça Retancourt. Vous avez lutté tout l’après-midi avec le surintendant tandis que je somnolais sur ma chaise. Je suis parfaitement reposée.
Retancourt recula son siège pour s’installer à son aise puis démarra en direction de Detroit. Adamsberg la rappela à l’ordre pour la consigne du 90 km/h, et elle réduisit sa vitesse. Tout compte fait, Adamsberg n’était pas mécontent de se délasser. Il étendit ses jambes et posa les mains sur ses cuisses.
— Vous ne leur avez pas dit qu’il était mort, dit Retancourt après quelques kilomètres.
— Ils l’apprendront bien assez tôt demain. Vous vous êtes alarmée à tort, Laliberté n’a aucun élément contre moi. C’est cette lettre anonyme qui le tourmente. Je boucle avec lui mardi et on s’envole mercredi.
— Si vous bouclez mardi, on ne s’envolera pas mercredi.
— Et pourquoi pas ?
— Parce que si vous y allez mardi, ils ne vont pas discuter gentiment. Ils vont vous inculper.
— Vous aimez dramatiser, Retancourt ?
— J’observe. Une voiture stationnait devant l’hôtel. Ils nous suivent depuis Gatineau. Ils vous suivent. Philibert Lafrance et Rhéal Ladouceur.
— Une surveillance n’est pas une inculpation. Vous mettez toute votre énergie à amplifier.
— Sur la lettre anonyme, que Laliberté ne souhaitait pas vous montrer, il y avait deux fines bandes noires, à cinq centimètres du haut et à un centimètre du bas.
— Une photocopie ?
— C’est cela. Avec un masquage de l’en-tête et du pied de page. Du montage fait à la va-vite. Le papier, le caractère machine et la mise en page ressemblaient à ceux des formulaires du stage. C’est moi qui me suis occupée du dossier à Paris, vous vous rappelez ? Et cette formulation : Il s’en est occupé personnellement. Mélodie un peu québécoise. C’est la GRC qui a fabriqué cette lettre, elle-même.
— Et dans quel but ?
— Créer un motif acceptable pour décider votre direction à vous envoyer ici. Si Laliberté avait confié ses véritables intentions, Brézillon n’aurait jamais accepté de vous extrader.
— Extrader ? Où courez-vous, lieutenant ? Laliberté se demande ce que j’ai fabriqué dans la nuit du 26, je comprends. Moi aussi, je me le demande. Il se pose des questions sur ce que j’ai bien pu faire avec Noëlla, je comprends encore. Moi aussi, je me pose des questions. Mais bon sang, Retancourt, je ne suis pas suspect.
— Cet après-midi, vous avez tous filé dans le bureau des transmissions en oubliant la grosse Retancourt sur sa chaise. Vous vous souvenez ?
— Navré, mais vous pouviez nous suivre.
— Surtout pas. J’étais déjà invisible, et aucun d’entre eux ne s’est rendu compte qu’ils me laissaient là, seule. Seule et à proximité immédiate du dossier vert. J’avais le temps de tenter le truc.
— Le truc ?
— J’ai photocopié. L’essentiel est dans mon sac.
Adamsberg fixa son lieutenant dans l’ombre. La voiture filait bien au-delà des vitesses autorisées.
— Vous faites cela à la Brigade ? Pirater des dossiers sur une impulsion ?
— À la Brigade, je ne suis pas en mission protection.
— Réduisez la vitesse. Ce n’est vraiment pas le moment que les inspecteurs nous pognent avec la bombe à retardement que vous traînez dans votre sac.
— Exact, reconnut Retancourt en levant le pied. C’est ces foutus chars automatiques, ça m’entraîne.
— Il n’y a pas que cela qui vous entraîne. Vous vous figurez l’embrouille si l’un des cochs vous avait surprise à la photocopieuse ?
— Vous vous figurez l’embrouille si je n’avais pas visité le dossier ? C’était dimanche et la GRC était vide. J’entendais au loin le bruit de vos conversations. Au moindre raclement de chaise, j’avais le temps de tout remettre en place. Je sais ce que je fais.
— Je me le demande.
— Ils ont enquêté sur vous. Beaucoup. Ils savent que vous couchiez avec la fille.
— Par ses logeurs ?
— Non. Mais Noëlla avait un test de grossesse dans son sac, une pipette d’urine.
— L’était-elle ? Enceinte ?
— Non. Il n’existe pas de tests qui donnent la réponse en trois jours, mais les hommes ne le savent pas.
— Pourquoi avait-elle ce test dans ce cas ? Pour son ancien chum ?
— Pour vous faire cavaler. Attrapez le rapport dans mon sac. La chemise bleue, à la page dix, je crois.
Adamsberg ouvrit le sac à main de Retancourt, qui évoquait une sacoche de survie avec pinces, corde, crochets, maquillage, tendeurs, couteau, lampe-torche, sachets plastique et divers. Il alluma le plafonnier et se reporta à la page dix, analyse d’urine de Cordel Noëlla, pièce à conviction RRT 3067. « Traces résiduelles de sperme, lut-il rapidement. Comparaison avec échantillon STG 6712, prélèvement literie studio Adamsberg Jean-Baptiste. Comparaison ADN positive. Identification formelle du partenaire sexuel. »
Figuraient sous ces lignes deux schémas représentant les séquences ADN en vingt-huit bandes, issues l’une de la pipette, l’autre de ses draps. Rigoureusement identiques. Adamsberg rangea la chemise et éteignit le plafonnier. Cela ne l’aurait pas intimidé outre mesure de bavarder semence avec son lieutenant, mais il lui était reconnaissant de l’avoir laissé prendre connaissance de cette note en silence.
— Pourquoi Laliberté a-t-il fermé sa gueule ? demanda-t-il à voix basse.
— Le gril. Il s’amuse, commissaire. Il vous regarde vous enfoncer et cela lui plaît. Plus vous lui mentez, plus il accroît sa pile de fausses déclarations.
— Même, soupira Adamsberg. Même s’il sait que j’ai couché avec Noëlla, il n’a pas de raison d’établir un lien avec le meurtre. C’est une coïncidence.
— Vous n’aimez pas les coïncidences.
— Non.
— Eh bien lui non plus. La jeune fille a été découverte sur le sentier de portage.
Adamsberg s’immobilisa.
— Ce n’est pas possible, Retancourt, souffla-t-il.
— Si, dans un petit lac de bordure, dit-elle doucement. On mange ?
— Pas très faim, dit Adamsberg à voix basse.
— Eh bien, moi, je mange. Sinon je ne tiendrai pas le coup, et vous non plus.
Retancourt arrêta la voiture sur une aire de stationnement et sortit de son sac deux sandwiches et deux pommes. Adamsberg mâchait lentement, le regard perdu.
— Même, répéta-t-il. Qu’est-ce que cela prouve ? Noëlla était sans cesse fourrée sur ce sentier. Du matin au soir. Elle disait elle-même que c’était dangereux. Je n’étais pas le seul à l’emprunter.
— Le soir, si. Sauf des homosexuels qui n’avaient rien à faire de Noëlla Cordel. Les cops savent beaucoup de choses. Que vous avez erré trois heures sur ce chemin, entre dix heures et demie et une heure et demie du matin.