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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— D’accord, dit Danglard, qui n’avait jamais souhaité s’engouffrer dans ce chemin sauvage et salissant.

— Lorsque je me suis réveillé, j’avais atteint la sortie. Je me suis traîné jusqu’à l’immeuble. J’ai dit au gardien qu’il y avait eu de la bagarre entre les cochs et une gagne.

— Qu’est-ce qui vous gêne ? Cette cuite ?

Adamsberg secoua lentement la tête.

— Ce que vous ne savez pas, c’est qu’entre la branche et mon réveil, il s’est écoulé deux heures et demie. Je l’ai su par le gardien. Deux heures et demie pour une route que j’aurais mis une demi-heure à parcourir en temps normal.

— Bien, résuma Danglard, la voix toujours neutre. Disons, pour le moins, un parcours difficile.

Adamsberg se pencha légèrement vers lui.

— Dont je n’ai pas gardé le moindre souvenir, martela-t-il. Rien. Pas une image, pas un bruit. Deux heures et demie dans le sentier sans que j’en sache quoi que ce soit. Un blanc absolu. Et il faisait moins 12°. Je ne suis pas resté évanoui deux heures. Je me serais congelé.

— Le choc, proposa Danglard, la branche.

— Pas de traumatisme crânien. Ginette l’a vérifié.

— L’alcool ? suggéra doucement le capitaine.

— Évidemment. C’est pour cela que je vous consulte.

Danglard se redressa, se sentant sur son terrain, et soulagé d’éviter le combat.

— Qu’aviez-vous bu ? Vous en souvenez-vous ?

— Je me souviens de tout jusqu’à la branche. Trois whiskies, quatre verres de vin et une bonne ration de cognac.

— Bon mélange et doses honorables, mais j’ai connu bien pire. Cependant, votre corps n’en a pas l’habitude et il faut en tenir compte. Quels étaient vos symptômes, le soir et le lendemain ?

— Plus de jambes. À partir de la branche, toujours. Casque d’acier, vomissements, ventre slaque, tournis, vertiges en tout genre.

Le capitaine eut une petite moue.

— Qu’est-ce qui vous chagrine, Danglard ?

— Je dois prendre l’hématome en considération. Je n’ai jamais été à la fois cuité et assommé. Mais avec le choc au front et l’évanouissement qui a dû suivre, l’amnésie alcoolique est très probable. Rien ne nous dit que vous n’avez pas marché de long en large sur ce sentier pendant deux heures.

— Et demie, compléta Adamsberg. Marché, forcément. Pourtant, quand je me suis réveillé, j’étais à nouveau au sol.

— Marché, tombé, déambulé. On en a assez ramassé, des types bourrés qui s’effondraient tout d’un coup entre nos bras.

— Je sais, Danglard. Et pourtant, cela me contrarie.

— Cela se comprend. Même à moi, et Dieu sait si j’en avais l’habitude, ces heures manquantes ne me furent jamais agréables. J’ai toujours interrogé mes co-buveurs pour savoir ce que j’avais dit et fait. Mais quand j’étais seul, comme vous l’étiez ce soir-là, sans personne pour pouvoir m’informer, alors le déplaisir de cette perte me durait longtemps.

— Vrai ?

— Vrai. L’impression d’avoir raté quelques marches de sa vie. On se sent pillé, dépossédé.

— Merci, Danglard, merci du coup de main.

Les piles de dossiers diminuaient lentement. En y passant le week-end, Adamsberg espérait être prêt lundi pour reprendre terrain et trident. L’incident du sentier déclenchait en lui une nécessité illogique, celle de se défaire en urgence de son antique ennemi qui venait porter son ombre sur le moindre de ses actes, sur les griffures d’un ours, sur un lac inoffensif, sur un poisson, sur une banale saoulerie. Le Trident infiltrait ses pointes par toutes les fissures de la coque.

Il se redressa brusquement et repassa dans le bureau de son adjoint.

— Danglard, et si j’avais picolé comme une brute non pas pour oublier le juge ou le nouveau père ? dit-il en omettant sciemment de mentionner Noëlla dans la liste de ses tourments. Et si tout avait surgi depuis que le Trident a émergé du tombeau ? Et si j’avais picolé pour vivre ce qu’a vécu mon frère, la boisson, le chemin en forêt, l’amnésie ? Par mimétisme ? Pour trouver un chemin pour le rejoindre ?

Adamsberg parlait d’une voix saccadée.

— Pourquoi pas ? répondit Danglard, évasif. Un désir de fusion avec lui, de retrouvailles, un besoin de poser vos pas dans les siens. Mais cela ne change rien aux événements de cette nuit. Rangez-les à l’article cuite et vomissements et oubliez-les.

— Non, Danglard, il me semble que cela changerait tout. Le fleuve aurait rompu sa digue et le bateau prend eau. Il me faut suivre le courant, démarrer par là, le maîtriser avant qu’il ne m’emporte. Et puis colmater, écoper.

Adamsberg resta encore deux longues minutes debout, à réfléchir silencieusement sous le regard soucieux de Danglard, puis il repartit d’un pas traînant vers son bureau. À défaut de Fulgence en personne, il savait par où commencer.

XXX

Un appel de Brézillon réveilla Adamsberg à une heure du matin.

— Commissaire, c’est usuel chez les Québécois de ne pas se soucier du décalage horaire quand ils appellent chez nous ?

— Que se passe-t-il ? Favre ? demanda Adamsberg, qui se réveillait aussi vite qu’il s’endormait, comme si, chez lui, la limite entre rêve et réel n’était pas très marquée.

— Il n’est pas question de Favre ! cria Brézillon. Il se passe que vous sautez dans l’avion de 16 h 50 demain. Alors bouclez vos bagages et roulez !

— L’avion pour où, monsieur le divisionnaire ? s’informa calmement Adamsberg.

— Pour où voulez-vous que ce soit ? Pour Montréal, nom de dieu ! Je viens d’avoir en ligne le surintendant Légalité.

— Laliberté, rectifia Adamsberg.

— Je m’en fiche. Ils ont un meurtre sur les bras et ils ont besoin de vous. Point final et nous n’avons pas le choix.

— Désolé, je ne saisis pas. On ne s’est pas occupés des homicides de la GRC mais des empreintes génétiques[3]. Ce n’est pas la première fois de sa vie que Laliberté a un meurtre sur les bras.

— Mais c’est la première fois qu’il a besoin de vous, nom d’un chien.

— Depuis quand la Brigade de Paris s’occupe-t-elle des assassinats québécois ?

— Depuis qu’ils ont reçu une lettre — anonyme s’il vous plaît — leur indiquant que vous étiez l’homme de la situation. Leur victime est française et liée à je ne sais quel dossier que vous auriez instruit sur le territoire national. Bref, il y a lien et ils réclament vos compétences.

— Mais bon sang, s’énerva à son tour Adamsberg, qu’ils m’adressent leur rapport et je fournirai les renseignements depuis Paris. Je ne vais pas passer ma vie à faire l’aller et retour.

— C’est ce que j’ai dit à Légalité, figurez-vous. Mais rien à faire, ils ont besoin de vos yeux. Il n’en démord pas. Il veut que vous voyiez la victime.

— Pas question. Il y a des masses de boulot ici. Que le surintendant m’adresse son dossier.

— Écoutez-moi bien, Adamsberg, je vous répète que nous n’avons pas le choix, ni vous ni moi. Le Ministère a dû beaucoup insister pour qu’ils coopèrent pour le système ADN. Ils n’étaient pas chauds au départ. Nous sommes redevables. C’est-à-dire coincés. Vous saisissez ? On obéit donc poliment et vous décollez demain. Mais j’ai prévenu Légalité, vous ne partez pas seul. Vous prenez Retancourt en binôme.

— Inutile, je suis capable de voyager sans guide.

— Je m’en doute. Vous êtes accompagné, c’est tout.

— C’est-à-dire ? Sous escorte ?

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3

Les modes opératoires et les formulations scientifiques concernant le traitement des empreintes génétiques au Canada sont extraits de « La banque de données génétiques de la GRC tient lieu de modèle mondial », in La Gazette, vol. 62, n° 5/6, publications de la Gendarmerie Royale du Canada, 2000.

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