Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— C’est le nom d’un gars, Brébeuf ?
— Oui, d’un Français buté comme une mule qui s’est fait bouffer par les Iroquois parce qu’il voulait leur prêcher des menteries. On viendra vous prendre à quatorze heures, pour votre récupération.
À nouveau aimable, le surintendant lui tendit la main.
— Et tu me videras cette histoire de trident.
— Si tu peux l’entendre, Aurèle.
Malgré ses résolutions, Adamsberg n’eut pas la capacité de réfléchir à l’effarante conjonction qui lui faisait croiser le Trident à l’autre bout du monde. Les morts voyagent vite, comme l’éclair. Il avait pressenti ce danger dans la petite église de Montréal, alors que Vivaldi lui chuchotait que Fulgence était informé de la reprise de sa chasse et lui conseillait d’y prendre garde. Vivaldi, le juge, le quintette, c’est tout ce qu’il eut le temps de se dire avant de s’endormir.
Retancourt frappa à sa porte à six heures du matin, heure locale. Les cheveux encore mouillés, il finissait à peine de s’habiller et la perspective d’amorcer cette journée difficile par une conversation avec son lieutenant d’acier ne lui souriait pas. Il aurait préféré s’allonger et penser, c’est-à-dire errer parmi les millions de particules de son esprit, totalement embrouillées dans leurs foutues alvéoles. Mais Retancourt s’assit posément sur le lit, déposa sur la table basse une thermos de véritable café — comment s’était-elle arrangée ? — , deux tasses et des petits pains frais.
— J’ai été chercher cela en bas, expliqua-t-elle. Si les deux cochs se pointent, on sera plus tranquilles ici pour bavarder. La gueule de Mitch Portelance me briserait l’appétit.
XXXII
Retancourt avala sans un mot une première tasse de café noir et un petit pain. Adamsberg ne tentait pas de l’aider à lancer le dialogue, mais ce silence n’incommodait pas le lieutenant.
— J’aimerais comprendre, dit Retancourt après avoir achevé son premier pain. Cet assassin au trident, on n’en a jamais entendu parler à la Brigade. C’est de l’affaire ancienne, je suppose. Et, au regard que vous avez porté sur la morte, je dirais même personnelle.
— Retancourt, vous êtes affectée à cette mission parce que Brézillon ne laisse pas ses hommes partir seuls. Mais vous n’êtes pas chargée de recueillir mes confidences.
— Pardon, objecta le lieutenant. Je suis là en protection, c’est ce que vous m’avez dit. Et si je ne sais rien, je ne peux pas assurer la défense.
— Je n’en ai aucun besoin. Aujourd’hui, je transmets mes informations à Laliberté et rien de plus.
— Quelles informations ?
— Vous les entendrez tout comme lui. Il les acceptera ou non, il en fera ce qu’il voudra, cela le regarde. Et demain, on boucle nos sacs.
— Ah oui ?
— Pourquoi non, Retancourt ?
— Vous êtes fin, commissaire. Ne me faites pas croire que vous n’avez rien vu.
Adamsberg l’interrogea du regard.
— Laliberté n’est plus le même homme, continua-t-elle. Ni Portelance, ni Philippe-Auguste. Le surintendant a été pris de court quand vous avez effectué ces mesures sur le corps. Il attendait autre chose.
— J’ai vu.
— Il attendait que vous craquiez. À la vue de la blessure, puis à la vue du visage, qu’il a pris soin de dévoiler en deux actes. Mais ce n’est pas ce qui s’est produit et cela l’a troublé. Troublé mais pas démonté. Les inspecteurs étaient eux aussi au courant. Je ne les ai pas lâchés de l’œil.
— Vous n’en donniez pas l’impression. Assise dans votre coin et rongeant votre ennui.
— C’est l’astuce, dit Retancourt en servant deux nouvelles tasses de café. Les hommes ne prêtent pas attention à une grosse femme moche.
— C’est faux, lieutenant, et ce n’est pas ce que je voulais dire.
— Mais moi si, dit-elle en repoussant l’objection d’un geste détendu. Ils ne la regardent pas, pas plus intéressante qu’un bahut, et ils l’oublient. C’est là-dessus que je table. Ajoutez de l’apathie, un tassement du dos, et vous êtes assurée de pouvoir tout voir sans être vue. Ce n’est pas donné à tout le monde et cela m’a rendu des services considérables.
— Vous aviez converti votre énergie ? demanda Adamsberg en souriant.
— En invisibilité, confirma Retancourt avec sérieux. J’ai pu observer Mitch et Philippe-Auguste en toute impunité. Au cours des deux premiers actes, dévoilement des blessures puis du visage, ils se sont lancé de rapides signaux de connivence. Même chose au cours de l’acte III à la GRC.
— À quel moment ?
— Quand Laliberté vous a donné la date du crime. Là encore, votre absence de réaction les a déçus. Moi non. Vous disposez d’une belle capacité de flegme, commissaire, d’autant qu’il semblait authentique tout en étant travaillé. Mais j’ai besoin de savoir pour continuer à bosser.
— Vous m’accompagnez, Retancourt. Votre mission se résume à cela.
— J’appartiens à la Brigade et j’effectue mon boulot. J’ai idée de ce qu’ils cherchent, mais il me faut votre version. Vous devriez me faire confiance.
— Et pourquoi donc, lieutenant ? Vous ne m’aimez pas.
L’accusation impromptue n’embarrassa pas Retancourt.
— Pas beaucoup, confirma-t-elle. Mais cela n’a pas de rapport. Vous êtes mon principal et je fais mon travail. Laliberté cherche à vous piéger, il est convaincu que vous connaissiez la jeune fille.
— C’est faux.
— Vous devriez me faire confiance, répéta posément Retancourt. Vous ne vous appuyez que sur vous-même. C’est votre manière mais aujourd’hui c’est une erreur. À moins que vous n’ayez un sérieux alibi pour la soirée du 26, à partir de vingt-deux heures trente.
— À ce point ?
— Je le crois.
— Suspecté d’avoir tué la jeune fille ? Vous divaguez, Retancourt.
— Dites-moi si vous la connaissiez.
Adamsberg garda le silence.
— Dites-le-moi, commissaire. Le torero qui ne connaît pas sa bête est assuré de se faire encorner.
Adamsberg observa le rond visage du lieutenant, intelligent et déterminé.
— D’accord, lieutenant, je la connaissais.
— Merde, dit Retancourt.
— Elle me guettait dans le sentier de portage depuis les premiers jours. Vous dire pourquoi je l’ai embarquée au studio le dimanche suivant sort du débat. Mais c’est ce que j’ai fait. Dommage pour moi, elle était cinglée. Six jours plus tard, elle m’annonçait une grossesse assortie d’un chantage.
— Moche, déclara Retancourt en prenant un second petit pain.
— Déterminée à monter dans notre avion, à me suivre à Paris, à s’installer chez moi et partager ma vie, quoi que je dise. Un vieil Outaouais, sis à Sainte-Agathe, lui avait prédit que je lui étais destiné. Elle était cramponnée de toutes ses dents.
— Je n’ai jamais connu cette situation mais je me figure. Qu’avez-vous fait ?
— Je l’ai raisonnée, j’ai refusé, je l’ai repoussée. Au bout du compte, j’ai fui. J’ai sauté par la fenêtre et j’ai couru comme un écureuil.
Retancourt approuva d’un signe, la bouche pleine.
— Et je ne l’ai plus jamais revue, insista Adamsberg. Je me suis appliqué à l’éviter jusqu’au départ.
— C’est pourquoi vous étiez sur le qui-vive à l’aéroport ?