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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Je ne comprends pas, dit-elle. Que se passe-t-il ?

— Je n’en sais rien, Retancourt, mais nous repartons. Ils exigent mes yeux. Désolé que le divisionnaire vous ait affectée à cette tâche. En protection, précisa-t-il.

Adamsberg était parqué dans la salle d’embarquement, à une demi-heure du départ, silencieusement posé aux côtés de son blond et solide lieutenant, lorsqu’il vit y pénétrer Danglard encadré par deux vigiles de l’aéroport. Le capitaine avait les traits fatigués et était essoufflé. Il avait couru. De sa vie, Adamsberg n’avait jamais cru cela possible.

— Ces gars ont manqué me rendre dingue, dit-il en désignant ses gardiens. Ils refusaient de me laisser passer. Tenez, dit-il à Adamsberg en lui tendant une enveloppe. Et bonne chance.

Adamsberg n’eut pas le temps de le remercier, les vigiles reconduisant aussitôt le capitaine en zone publique. Il examina l’enveloppe brune qu’il tenait à la main.

— Vous ne l’ouvrez pas ? demanda Retancourt. Cela semble urgent.

— Ça l’est. Mais j’hésite.

D’un doigt incertain, il souleva le rabat de l’enveloppe. Danglard lui laissait une adresse à Detroit, et un métier, chauffeur de taxi. Il avait joint un tirage photo, extrait d’un site informatique regroupant des dessinateurs. Il observa ce visage qu’il n’avait pas vu depuis trente ans.

— Vous ? demanda Retancourt.

— Mon frère, dit Adamsberg à voix basse.

Qui lui ressemblait toujours. Une adresse, un métier, une photo. Danglard était un détecteur surdoué des disparus, mais il avait dû bosser comme un bœuf pour parvenir à ce résultat en moins de sept heures. Il referma l’enveloppe avec un frisson.

XXXI

Malgré la cordialité formelle de l’accueil à l’aéroport de Montréal, où Portelance et Philippe-Auguste étaient venus les attendre, Adamsberg eut la sensation d’être embarqué. Destination le dépôt mortuaire d’Ottawa, en dépit de l’heure tardive pour les deux Français, minuit passé. Durant le début du trajet, Adamsberg tenta de tirer des informations de ses ex-coéquipiers, qui restèrent vagues comme des chauffeurs anonymes. Devoir de réserve, inutile d’insister. Adamsberg adressa un signe de renoncement à Retancourt et profita du répit pour dormir. Il était plus de deux heures du matin quand on les réveilla à Ottawa.

Le surintendant leur réserva un salut plus chaleureux, secoua vivement les mains et remercia Adamsberg d’avoir accepté de faire le déplacement.

— Pas eu le choix, répondit Adamsberg. Dis, Aurèle, nous sommes sur les genoux. Ton cadavre ne peut pas attendre demain ?

— Désolé, on vous conduira à l’hôtel ensuite. Mais la famille nous presse de rapatrier. Plus tôt tu l’auras vu, mieux ce sera.

Adamsberg vit fuir le regard du surintendant sous l’effet du mensonge. Laliberté entendait-il exploiter son état de fatigue ? Une vieille astuce de coch, que lui n’utilisait qu’avec certains suspects et non pas avec les collègues.

— Alors accorde-moi un régulier, dit-il. Bien tassé.

Adamsberg et Retancourt, gobelets géants en main, suivirent le surintendant jusqu’à la salle des caissons mortuaires où somnolait le médecin de garde.

— Fais-nous pas attendre, Reynald, ordonna Laliberté au médecin, ils sont fatigués.

Reynald releva le drap bleu qui couvrait la victime.

— Stop, ordonna Laliberté quand le tissu fut remonté jusqu’aux épaules. Cela suffit. Viens voir, Adamsberg.

Adamsberg se pencha vers le corps d’une toute jeune femme, et plissa les yeux.

— Merde, souffla-t-il.

— Ça te surprend-tu ? demanda Laliberté avec un sourire fixe.

Adamsberg se vit brutalement projeté dans la morgue de la banlieue de Strasbourg, devant le corps d’Élisabeth Wind. Trois trous en ligne avaient perforé l’abdomen de la jeune morte. Ici, à dix mille kilomètres du territoire du Trident.

— Une règle en bois, Aurèle, demanda-t-il à voix basse en tendant la main, et un mètre souple. En centimètres, s’il te plaît.

Étonné, Laliberté cessa de sourire et envoya le médecin chercher le matériel. Adamsberg opéra ses mesures en silence, par trois fois, exactement comme il avait procédé trois semaines plus tôt sur la victime de Schiltigheim.

— 17,2 cm de longueur et 0,8 cm de hauteur, murmura-t-il en inscrivant les chiffres sur son carnet.

Il vérifia une nouvelle fois la disposition des blessures, qui formaient une ligne absolument droite, sans un millimètre de décalage.

17,2 cm, se répéta-t-il en soulignant cette mesure. Trois millimètres de plus que la longueur maximale de la traverse qu’il connaissait. Et pourtant.

— La profondeur des blessures, Laliberté ?

— À peu près six pouces.

— Ce qui donne ?

Le surintendant fronça les sourcils pour effectuer la conversion.

— Environ 15,2 cm, coupa le médecin.

— La même pour les trois impacts ?

— Identique.

— De la terre dans les blessures ? Des salissures ? demanda Adamsberg au médecin. Ou un instrument propre et neuf ?

— Non, il y avait des particules d’humus, de feuilles, et de minuscules graviers jusqu’au fond des blessures.

— Tiens, dit Adamsberg.

Il rendit règle et mètre à Laliberté et surprit l’expression décontenancée du surintendant. Comme s’il s’était attendu à tout autre chose de sa part qu’à cet examen minutieux.

— Qu’y a-t-il, Aurèle ? Ce n’est pas ce que tu voulais ? Que je la voie ?

— Si, dit Laliberté, hésitant. Mais, criss, c’est quoi tes affaires de mesures ?

— L’arme ? Vous l’avez ?

— Pas trace, tu penses bien. Mais mes techniciens l’ont reconstituée. C’est un gros poinçon à lame plate.

— Tes techniciens sont plus calés en molécules qu’en armes. Ce n’est pas un poinçon qui a fait cela. C’est un trident.

— Et comment tu le sais-tu ?

— Essaie de planter trois fois ton poinçon et d’obtenir une ligne droite et des profondeurs identiques. Tu y seras encore dans vingt ans. C’est un trident.

— Criss, c’est ça que tu regardais ?

— Ça et autre chose, de beaucoup plus profond. Aussi profond que les boues du lac Pink.

Le surintendant semblait toujours dérouté, les bras ballants le long de son grand corps. Il les avait conduits jusqu’ici d’une allure presque provocante, mais la prise des mesures l’avait désarçonné. Adamsberg se demanda ce que Laliberté avait réellement espéré.

— Y a-t-il une contusion à la tête ? demanda Adamsberg au médecin.

— Un important hématome à l’arrière du crâne, qui a étourdi la victime sans entraîner la mort.

— Comment tu peux-tu le savoir, pour la poque au crâne ? demanda Laliberté.

Adamsberg se tourna vers le surintendant et croisa les bras.

— Tu m’as bien fait appeler parce que j’avais un dossier là-dessus, non ?

— Oui, répondit le surintendant, toujours incertain.

— Oui, ou bien non, Aurèle ? Tu me fais traverser l’Atlantique pour m’amener à deux heures du matin devant un cadavre, et qu’attends-tu de moi ? Que je t’explique qu’elle est morte ? Si tu m’as tiré jusqu’ici, c’est que tu savais que je connaissais l’affaire. C’est en tout cas ce que l’on m’a dit à Paris. Et c’est exact, je la connais. Mais cela n’a pas l’air de te réjouir. Ce n’est pas ce que tu désirais ?

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