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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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Finalement, elle envisagea de passer la nuit sous l’auvent ; mais il commençait à faire froid. Tant qu’elle marchait, elle se réchauffait et tout allait bien, mais maintenant il serait dangereux de s’endormir. Les Basilicaines de bon milieu ne portaient pas les vêtements qu’il fallait pour dormir dehors. Elle attraperait du mal à vouloir imiter les saintes femmes.

Cependant, il existait peut-être un autre moyen. Le portique de tante Rasa, du côté de la vallée, n’était-il pas complètement ouvert ? Pourquoi ne pas envisager de grimper par là ? Évidemment, la partie de la corniche juste à l’est du portique était totalement déserte et en friche ; elle ne faisait même pas partie d’un quartier, et si la rue Amère y donnait, aucune route ne la traversait ; les femmes ne passaient jamais par là pour atteindre le lac.

Mais si Luet voulait rentrer chez tante Rasa, c’était ce chemin qu’elle devait prendre.

Elle y vit encore une fois la main de Surâme, Surâme qui la guidait mais ne lui expliquait jamais rien.

Pourquoi ? demanda Luet pour la millième fois. Pourquoi ne peux-tu pas m’expliquer ton but ? Si tu m’avais dit que j’allais chez Wetchik, je n’aurais pas eu si peur tout le long du chemin ! En quoi est-ce que ma peur et mon ignorance servaient ton dessein ? Et maintenant, tu m’envoies dans la friche près de la maison de tante Rasa ! Pour quoi faire ? Ça t’amuse de jouer avec moi ? Ou bien suis-je trop bête pour comprendre ? Tu m’utilises comme un pigeon voyageur, assez bon pour porter tes messages, mais pas assez pour qu’on les lui explique !

Pourtant, malgré sa rancœur, elle quitta les derniers pavés de la rue Amère et plongea dans les bois sauvages de la corniche.

Le terrain était irrégulier, et toutes les trouées et les clairières du sous-bois semblaient mener vers le bas, loin du portique de Rasa, en direction des falaises qui surplombaient l’encaissement de la route Sainte. Pas étonnant que même les femmes de la corniche ne construisent pas de maisons par ici. Mais Luet ne se laissa pas dévier par les chemins apparents ; elle savait qu’ils disparaîtraient dès qu’elle ferait mine de les suivre. Au contraire, elle se fraya un passage dans les taillis ; les épines de zarosel s’accrochaient méchamment à ses vêtements, en laissant sur sa peau de petites zébrures qui la piqueraient pendant des jours, même sous une couche du baume de tante Rasa. Elle était exténuée, elle avait froid et sommeil, si bien qu’elle se réveillait parfois en sursaut sans avoir eu l’impression de s’endormir. Mais elle s’était engagée, et elle irait jusqu’au bout.

Elle arriva dans une petite clairière où un clair de lune lumineux s’infiltrait à travers les frondaisons. Dans un mois, toutes les feuilles seraient tombées et les taillis ne seraient plus aussi sinistres. Mais aujourd’hui, Luet voyait cette tache de lumière comme un miracle, et elle cligna des yeux.

Et durant ce battement de paupières, la clairière changea. Une femme s’y tenait à présent.

« Tante Rasa, murmura Luet. Comment a-t-elle su où me chercher ? Surâme aurait-elle encore parlé à quelqu’un d’autre ? »

Mais non, ce n’était pas tante Rasa. C’était Hushidh. Comment avait-elle pu les confondre ?

Non. Non, elle ne les avait pas confondues. Car voici qu’Hushidh venait de changer. C’était maintenant Eiadh, la belle jeune fille de la classe d’Hushidh, celle dont le pauvre Nafai était si vainement amoureux. Puis la silhouette se modifia encore, et ce fut Dol, l’actrice qui avait connu une grande heure de gloire dans sa jeunesse ; c’était une des nièces de tante Rasa, et elle était revenue chez celle-ci pour y enseigner. On avait été jusqu’à dire qu’elle avait donné son nom à Dollville (alors que ce quartier s’appelait ainsi depuis dix mille ans au moins), tant elle était belle et avait brisé de cœurs ; mais elle avait vingt ans passés maintenant, et les traits qui, chez une jeune fille, donnaient aux femmes envie de la dorloter et ravissaient les yeux des hommes ne frappaient plus chez une jeune femme. N’empêche, Luet aurait volontiers donné la moitié de sa vie si, au cours de l’autre moitié, elle avait possédé la douce et délicate beauté de Dol.

Pourquoi Surâme me montre-t-elle ces femmes ? se demanda-t-elle.

De Dol, l’apparition se transforma en Shedemei, une autre nièce de tante Rasa. Si on pouvait les comparer, Shedya était tout le contraire de Dol et d’Eiadh. À vingt-six ans, elle habitait toujours chez tante Rasa et enseignait la science aux élèves les plus anciens, cependant que sa réputation de généticienne grandissait. En fait, elle dormait la plupart du temps dans son laboratoire, à plusieurs rues de chez Rasa, plutôt que dans sa chambre, mais elle restait une figure forte et calme de la maison. Shedemei n’était pas jolie ; pas laide non plus, mais parfaitement banale, si bien que plus on étudiait son visage, moins il paraissait séduisant. Néanmoins, son esprit était comme un aimant, un aimant attiré par la vérité : dès qu’elle s’en approchait assez, elle bondissait dessus et s’y accrochait. De toutes les nièces de tante Rasa, c’est elle que Luet admirait le plus ; mais elle ne possédait pas plus l’intellect qu’il fallait pour imiter Shedemei que la beauté pour suivre les traces de Dol, et elle le savait. Surâme avait choisi d’envoyer des visions à quelqu’un qui ne pouvait servir à rien d’autre.

La femme disparut. Luet se retrouva seule dans la clairière, avec encore une fois l’impression qu’elle venait de se réveiller.

Était-ce un simple rêve, comme ceux qui surgissent alors qu’on ne sait même pas qu’on dort ?

Derrière l’endroit où l’apparition s’était dressée, Luet vit une lumière isolée qui brûlait dans la noirceur d’avant l’aube. Ce devait être le portique de tante Rasa ; dans cette direction, il ne pouvait y avoir d’autre source de clarté. Sur ce point, la vision était peut-être exacte. Tante Rasa était éveillée et l’attendait.

Elle se fraya un chemin dans les buissons. Des branchioles la cinglaient, des épines s’accrochaient à ses vêtements et à sa peau, et le sol irrégulier la faisait trébucher. Mais elle se guidait toujours sur la lumière, jusqu’au moment où celle-ci disparut, cachée par le rebord du portique.

Le mur en pierre patinée montait d’un seul élan jusqu’à la balustrade, sans aucune prise pour les mains, sur quatre mètres au moins. Même si tante Rasa attendait Luet, le portique était inaccessible, à moins d’appeler des serviteurs. Et si elle devait réveiller la maison, elle aurait aussi bien pu tirer la cloche à la porte d’entrée !

À force de tours et de détours dans les sous-bois, Luet avait finalement abordé la maison presque par le sud. La plus grande partie du portique lui était dissimulée, mais peut-être avait-on prévu, lors de la construction, un accès de l’auvent à la forêt. Les architectes ne s’étaient sûrement pas contentées d’offrir à la maison une simple vue sur la vallée de la Fracture. Et même s’il n’existait aucun moyen d’accès intentionnel, il devait bien se trouver un endroit d’où elle pourrait escalader le mur.

Contournant la face de pierre incurvée, Luet tomba enfin sur ce qu’elle cherchait : un endroit où le sol irrégulier s’élevait par rapport au portique. Là, la balustrade n’était plus éloignée que d’une longueur de bras. Et alors qu’elle s’efforçait de trouver une prise sur la rambarde, elle vit, tel un soleil qui se lève enfin, tante Rasa lui tendre les mains.

Si Luet avait été plus grande, tante Rasa n’aurait sans doute pas pu la soulever ; mais elle aurait peut-être aussi réussi à grimper toute seule.

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