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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Le vice honteux et tout près d’être grotesque qui l’avait perdue disparaissait pour Paul.

Il voyait cette douce figure qui s’animait à son aspect, reflétant un cœur qui n’adorait que lui.

Quand il était tout petit, on appelait sa mère «madame la baronne». Elle allait en voiture; elle avait des valets; elle était élégante et belle.

Puis la voiture disparut, les valets aussi; on ne disait plus que «madame d’Arcis» dans ce petit appartement du faubourg Saint-Germain, d’où son père était parti pour le dernier voyage.

Puis on loua un «logement». On fut «madame Labre» tout court.

Puis enfin, on monta à cette mansarde d’une maison mal famée de la rue de Jérusalem, et il y avait des gens qui disaient «la mère Labre».

Dieu merci! Elle était morte, et Paul allait mourir.

C’était une belle nuit, un peu nuageuse. La lune, souvent cachée, se montrait tout à coup par intervalles et voguait, paisible, dans des lacs d’azur.

La ville vivait et bruissait encore tout à l’entour; mais le long des quais il y avait déjà un grand silence.

Le croiriez-vous? Paul Labre revint par trois fois à cette maison qui touchait par ses derrières à la rue Harlay-du-Palais, la maison à deux étages du quai des Orfèvres, où il avait vu cette silhouette de jeune fille: Ysole.

Quelque chose l’attirait là. Il se laissait aller.

Il n’avait ni peur, ni hâte de mourir.

Il était sûr de lui-même; il savait qu’il ne faiblirait point au dernier moment.

Il aimait, et il y avait autre chose que cela: c’était son amour pour Ysole qui lui avait dit: «Tu ne peux plus vivre.»

La troisième fois qu’il s’approcha de cette maison où était sa suprême pensée, il vit des ombres le long du quai et dans la rue du Harlay.

Il s’éloigna et ne revint plus.

La vue de ces hommes qui étaient évidemment là en embuscade n’avait, du reste, rien éveillé en lui.

Rien ne lui importait plus.

Il fuyait les hommes.

Il déboucha sur le Pont-Neuf et alla vers le parapet sur lequel il s’assit.

Il regarda l’eau, brillantée par les rayons de la lune.

Il resta là un quart d’heure.

C’était à peu près le moment où Pistolet grimpait sur le mur du jardin de la préfecture pour guetter le marchef.

Paul Labre quitta le parapet et traversa le terre-plein.

Il enjamba la clôture fermée qui défendait, de nuit, l’entrée de l’escalier conduisant aux bains Henri IV.

Il descendit.

Pendant une demi-heure, il se promena lentement sous les arbres de l’île, Puis, à un moment où la lune se voilait, il se dit:

– C’est assez. Finissons.

Et il se mit à l’eau froidement, comme un baigneur.

Il pensait toujours. Le nom d’Ysole lui vint aux lèvres.

Sur la pente douce, il ne perdait pas pied.

Au moment où l’eau lui arrivait aux aisselles, il crut ouïr une rumeur confuse sur le Pont-Neuf et tourna la tête machinalement.

Il ne vit rien; il était tout à fait à la pointe de l’atterrissement.

Mais il entendit un bruit flasque et doux, comme si un objet enveloppé d’ouate fût tombé à l’eau de la hauteur du parapet.

Il fit deux pas de plus et l’eau toucha sa bouche.

– Adieu! dit-il.

À qui allait cet adieu?

Ses lèvres avaient un sourire.

Il perdit plante et ne nagea pas.

XVIII Raisons de vivre

Paul Labre mourait comme on s’endort, par fatigue pure, sans regrets ni colère.

Quand il revint à la surface, comme fait tout corps humain avant de prendre sa position définitive entre deux eaux, il respira et ouvrit les yeux, laissant ses bras inertes le long de ses flancs.

La lune resplendissait au ciel.

Un bruit de chute, tout différent de celui qu’il venait d’entendre, se fit au même endroit, sous le Pont-Neuf.

Et presque immédiatement, ce second bruit fut suivi d’un troisième.

C’étaient le marchef et Pistolet qui commençaient leur pleine eau.

Malgré lui, Paul fit un mouvement de nageur qui mit sa tête au-dessus du niveau.

Comme la première fois, il n’aperçut rien, parce que l’ombre formait une large bande tout le long du pont; mais presque aussitôt après, un objet blanc se détacha du noir et flotta, immobile, en suivant le courant.

Paul hésita.

Son parti n’était pas pris à demi: «Il n’avait plus affaire à personne.»

Et néanmoins, son bon cœur se serra à l’idée de laisser périr une créature humaine qu’il pouvait sauver si aisément.

– La nuit est longue encore, se dit-il, je mettrai la pauvre créature à la rive, et j’aurai encore tout le temps d’en finir.

Pour lui, l’objet blanc était une femme, soutenue par sa robe bouffante.

Seulement, il s’étonnait de ne l’entendre point crier.

Il s’allongea sur l’eau et se mit à nager en contrariant le courant qui l’avait porté déjà à cent pas de la pointe de l’île.

L’objet blanc flottait toujours, mais il allait évidemment en diminuant et semblait s’enfoncer avec lenteur.

Comme presque tous les enfants de Paris, Paul était un nageur. Au lieu de l’effort indifférent et paresseux qu’il avait fait naguère, il tendit ses muscles, donna du jeu à son mouvement et surmonta, par une coupe puissante, la dérive qui l’entraînait.

Au bout de dix minutes d’efforts il atteignit, à la pointe même de l’île, l’objet blanc, qui allait sombrant et qui ne laissait plus au-dessus de l’eau qu’un rond étroit, semblable à un ballon gonflé d’air.

Paul le saisit; au premier contact, il vit qu’il ne s’était point trompé. C’était une femme – ou un enfant.

Mais si c’était une femme, elle n’avait pas été soutenue par le ballonnement de sa robe.

Il y avait là un crime.

On l’avait jetée à l’eau littéralement empaquetée, et, comme l’enveloppe était de soie, c’était le paquet lui-même qui avait fait ballon, perdant son air avec lenteur, mais enfonçant toujours de plus en plus.

Il n’eût pas fallu trois minutes désormais pour que son contenu devînt le cadavre d’une noyée.

Paul aborda à la pointe de l’île et dénoua vivement le paquet.

Les rayons de la lune frappèrent le pauvre doux visage de Suavita qui avait les yeux fermés et ressemblait à une gracieuse statue de vierge décédée.

– Une petite fille! murmura Paul qui frissonnait sous ses vêtements mouillés et ne s’en apercevait point. Quel pauvre joli ange! et ils ont eu le cœur de l’assassiner!

Comme nous le savons, Suavita avait été prise par le marchef sur son lit de repos; elle était à peine vêtue. Paul, en découvrant sa frêle poitrine, fut pris d’un immense sentiment de pitié.

Puis tout son sang eut froid, parce qu’il la crut morte.

Il tâta ses mains et ne put juger parce qu’il était glacé lui-même. Néanmoins, ces mains si déliées et si douces lui semblèrent inanimées.

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