Les enfants d'Icare
- Автор: Кларк Артур Чарльз
- Год: 1977
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-277-11799-4
- Переводчик: Michel Deutsch
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
— Ils ne deviendront pas des sauvages, je peux te le promettre.
George avait raison. Mais pas au sens où il l’entendait.
— Comme vous l’avez remarqué du haut des airs en arrivant, dit le petit homme assis en face d’eux sur la véranda, la Colonie est constituée de deux îles reliées par une jetée. Celle-ci, c’est Athènes. La seconde a été baptisée Sparte. Elle est rocailleuse, désertique, et c’est un merveilleux terrain d’entraînement pour les sportifs. (Son regard s’abaissa fugitivement à la hauteur de la taille des visiteurs et George se tortilla imperceptiblement dans son fauteuil de rotin.) Mais revenons-en à Athènes.
« Le but de la Colonie, vous l’avez compris, est d’édifier une communauté culturelle stable et indépendante, possédant ses propres traditions artistiques. L’entreprise, il faut le noter, a été précédée d’un considérable travail de recherches. Il s’agit, en réalité, d’une expérience d’ingénierie sociale appliquée ayant pour base une analyse mathématique hautement complexe que je ne prétends pas être capable d’appréhender. Tout ce que je sais, c’est que les socio-mathématiciens ont calculé la taille optimale de la Colonie, l’éventail de sa population, et surtout, ils ont déterminé la constitution dont elle devrait être dotée pour bénéficier d’une stabilité à long terme.
« Nous sommes gouvernés par un Conseil de huit directeurs ayant chacun la responsabilité d’un département, à savoir la production, l’énergie, la sociologie, les arts, l’économie, les sciences, le sport et la philosophie.
Il n’y a pas de président permanent. La présidence est assurée par tous les directeurs à tour de rôle en fonction d’une rotation annuelle.
« La population est actuellement un peu supérieure à cinquante mille personnes, ce qui est légèrement au-dessous du chiffre idéal. C’est pour cela que nous nous préoccupons du recrutement. Et il y a par la force des choses un certain gaspillage : dans différents secteurs plus spécialisés que les autres, nous ne sommes pas encore tout à fait autarciques.
« Sur cette île, nous essayons de sauvegarder une part de l’indépendance de l’humanité : ses traditions artistiques. Nous ne nourrissons aucune hostilité envers les Suzerains : nous voulons simplement qu’on nous laisse œuvrer comme nous l’entendons. Quand ils ont détruit les anciennes nations et le mode de vie que l’homme avait connu depuis l’aube des temps, les Suzerains ont arraché le bon grain avec l’ivraie. Aujourd’hui, le monde est assoupi, routinier et, culturellement parlant, cadavérique. Rien de véritablement nouveau n’a été créé depuis l’arrivée des Suzerains. La raison de cet état de choses saute aux yeux. D’une part, il n’existe plus rien qui incite à se battre ; d’autre part, il y a trop de distractions et d’occasions de divertissement. Vous rendez-vous compte que les programmes de radio et de télévision fournissent au total plus de cinq cents heures d’écoute quotidienne ? Si vous n’aviez aucune activité et si vous ne dormiez pas, vous ne pourriez capter que le vingtième des programmes qu’un bouton qu’il suffit de tourner met à votre disposition ! Il n’est pas étonnant que les gens soient devenus des sortes d’éponges passives qui absorbent mais ne créent pas. Saviez-vous que chaque personne passe désormais en moyenne trois heures par jour devant le petit écran ? Bientôt, on cessera purement et simplement de vivre. Suivre les épisodes des divers feuilletons familiaux, voilà qui sera avant longtemps un travail à plein temps !
« À Athènes, les distractions ont la part qui leur revient légitimement. En outre, ce ne sont pas des spectacles en conserve : elles sont vivantes. Dans une collectivité de cette taille, la participation du public est presque totale, avec tout ce que cela implique pour les acteurs et pour les créateurs. À propos, nous avons un excellent orchestre symphonique. Sans doute l’un des six meilleurs du monde.
« Mais je ne vous demande pas de me croire sur parole. Voici comment les choses se passent en principe. Les candidats restent quelques jours pour prendre le vent. S’ils ont alors l’impression qu’ils aimeraient se joindre à nous, ils sont soumis à toute une série de tests psychologiques qui représentent, en vérité, notre principale ligne de défense. Environ un tiers des postulants est rejeté, généralement pour des motifs qui n’ont rien d’infamant, pour des raisons qui n’auraient aucune importance ailleurs. Ceux qui passent l’obstacle retournent chez eux le temps nécessaire pour régler leurs affaires et ils viennent nous rejoindre ensuite. Il leur arrive parfois de changer d’avis à ce stade, mais c’est très exceptionnel et presque invariablement pour des mobiles d’ordre personnel indépendants de leur volonté. À présent, nos tests sont quasiment fiables à cent pour cent. Ceux qui en triomphent sont des gens vraiment motivés.
— Et si quelqu’un changeait d’avis plus tard ? demanda anxieusement Jean.
— Eh bien, il partirait. Aucun problème. C’est arrivé une ou deux fois.
Un long silence suivit cet exposé. Jean regardait George qui caressait d’un air songeur ses favoris – les pattes de lapin étaient à la mode dans les milieux artistiques. S’ils ne brûlaient pas définitivement leurs vaisseaux, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. La Colonie était un endroit intéressant et ses habitants étaient loin d’être aussi farfelus qu’elle ne l’avait craint. Et les enfants s’y plairaient. C’était, en dernière analyse, la seule chose qui comptait.
Ils s’installèrent six semaines plus tard. La maison de plain-pied était petite mais convenait parfaitement à une famille de quatre personnes qui n’avait nulle intention de s’agrandir. Les accessoires d’assistance ménagère essentiels étaient au grand complet et Jean concéda que, en tout cas, il n’y avait aucun danger de revenir à l’ère obscure de l’esclavage domestique. Elle fut néanmoins désagréablement impressionnée en découvrant une cuisine. Dans une collectivité de cette importance, il aurait normalement dû y avoir un centre de distribution alimentaire. Cinq minutes d’attente et hop ! le repas commandé est servi. L’individualisme, c’est très très joli, se dit-elle, mais c’était peut-être pousser les choses un peu trop loin, et elle se demanda avec appréhension si, outre l’obligation de cuisiner, elle ne serait pas contrainte de confectionner de ses mains les vêtements de sa petite famille. Mais il n’y avait pas de rouet entre le lave-vaisselle automatique et la console radar. Bon… ce n’était pas aussi tragique que cela, après tout…
Le reste de la demeure était naturellement assez dépouillé et rudimentaire. Ils essuyaient les plâtres et il faudrait un certain temps pour transformer ce local aseptique flambant neuf en un vrai foyer chaleureux et humain. Pour ce faire, on pouvait compter sur les enfants : ils seraient des catalyseurs efficaces. Déjà (mais Jean ne le savait pas encore), un poisson agonisait dans la baignoire, infortunée victime de l’ignorance de Jeffrey qui n’avait pas la moindre idée de la différence fondamentale entre l’eau douce et l’eau de mer.
S’approchant de la fenêtre veuve de voilages, elle embrassa la Colonie du regard. La vue était belle, on ne pouvait pas le nier. La maison se dressait à mi-pente de la modeste colline qui, faute de concurrence, était le point culminant de l’île d’Athènes. On apercevait à deux kilomètres en direction du nord la digue, telle une lame de couteau fendant les eaux, qui reliait celle-ci à Sparte, îlot rocheux dont le sinistre cône volcanique qui le surmontait faisait un contraste si saisissant avec ce paysage idyllique dont Jean avait parfois un peu peur. Comment les savants pouvaient-ils être aussi certains que le volcan ne se réveillerait pas un jour pour tout engloutir ?
Une silhouette zigzagante qui, au mépris du code de la route, restait systématiquement dans le liséré d’ombre des palmiers, attira son regard. C’était George qui rentrait après sa première conférence. Ce n’était plus le moment de rêvasser mais de s’occuper de la maison.