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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Un petit groupe constitué de deux militaires et de quatre pompiers se mit en marche derrière Quentin. Ces derniers portaient une civière repliée, du matériel de secours, des cordes et des éclairages puissants. Ils avançaient lentement et péniblement.

Au niveau du passage délicat, grâce à leurs lampes, ils purent emprunter la voie la plus sûre. Mais la neige avait recouvert les traces. Quentin indiqua la direction probable de la chute du skieur. Un pompier déroula une longue corde accrochée à un arbre, puis éclairé par deux lampes fixées à son casque, se laissa glisser, équipé d’un sac à dos contenant le matériel de premier secours. Les autres le regardèrent descendre jusqu’à ce qu’ils ne voient plus qu’une lueur lointaine à travers un rideau de flocons de neige.

Deux secousses sur la corde signalèrent qu’il était arrivé et qu’un autre pompier pouvait s’engager pour le rejoindre. Le lieutenant qui avait en main un Walkie-Talkie tentait de communiquer avec le premier.

— Le terrain est bon. Je cherche dans le sens de la pente.

— S’il est tombé là, je pense qu’il n’a pas dû s’arranger, dit laconiquement Courtay.

Lui aussi était muni d’un Walkie-Talkie. Il était en train d’envoyer un message au gendarme resté en faction sur la route, quand le poste du lieutenant grésilla :

— Nous l’avons trouvé. Il est accroché dans un arbre. Il est mort, aucun doute, envoyez la civière.

— Qui est-ce ? demanda Courtay.

— Impossible de vous le dire. Son visage est en sang. À mon avis, il s’est brisé le cou.

Un troisième pompier chargea la civière sur son dos à l’aide d’un harnais et entama la descente. Il utilisait une seconde corde fixée à un arbre comme la première afin de pouvoir hisser le corps de la victime.

Les hommes qui étaient restés en haut, avaient tous le regard rivé vers le bas de la pente. Ils avaient éteint leur lampe de façon à mieux distinguer un éventuel signal lumineux de la part des sauveteurs.

— On vient enfin d’arrimer le corps, dit une voix dans le récepteur, vous pouvez commencer à tirer la civière.

Le lieutenant de pompier et un gendarme aidés de Quentin s’arc-boutèrent sur une souche au bord de la pente pour la hisser. De temps en temps, celle-ci se coinçait et les pompiers du bas devaient débloquer leur charge. Les lampes permettaient de suivre la progression.

Lorsque le corps fut remonté, Courtay éclaira le visage du mort et s’exclama :

— Mais c’est…

— Vous le reconnaissez ? demanda Quentin.

— Pardi ! C’est Verdoux lui-même ! Vous y comprenez quelque chose ? demanda-t-il en se tournant vers Quentin.

— J’en étais quasiment sûr, affirma fièrement celui-ci.

— Depuis quand le savez-vous ?

— En prenant connaissance du rapport d’autopsie, en un éclair, j’ai tout compris ! Je vous expliquerai, rassurez-vous.

Le chef Courtay était stupéfait et donnait l’impression d’être dépassé.

— De toute ma carrière, je n’ai jamais vu une chose pareille, balbutiait-il. Je l’ai vu mort, la tête écrasée.

Avec son passager supplémentaire, le groupe rejoignit Ledran qui attendait sur la route.

— J’ai hâte de comprendre, dit-il à Quentin. Mais je te félicite. Si j’ai bien compris, il s’est tué lui-même dans la chute.

Ledran rentra avec Quentin dans la voiture du commissaire.

— Tel que je connais Gradenne, il va te féliciter et ensuite t’engueuler, à moins que ce ne soit l’inverse.

— Je m’y attends, répondit Quentin. J’ai bouclé l’enquête, mais j’ai foncé dans le brouillard sans en référer et ça, il ne va pas aimer…

— J’en ai bien peur. Je pense que quand j’étais jeune, j’aurais agi comme toi. Mais avec un peu plus de concertation, il aurait été possible de cerner sa baraque et de le cueillir.

— Pour ça, il aurait fallu expliquer, se justifier, demander des renforts, organiser une battue… Tu imagines le cirque ? Entre-temps, l’autre pouvait filer…

— Tu n’as pas tort. Tu pouvais même passer pour un farfelu.

En arrivant à Crampigny, les trois véhicules s’arrêtèrent devant la gendarmerie.

— Il fait meilleur ici, dit Courtay en se frottant les mains. À présent, que proposez-vous ?

— Je pense qu’il faut maintenant envoyer le corps à l’institut médico-légal. Sous le même nom, deux cadavres différents y auront été autopsiés !

Plus tard, Quentin et Ledran rejoignirent l’hôtel.

— Tu nous as foutu la trouille, gronda Gradenne. On n’a pas idée de faire cavalier seul de cette façon ! N’oublie pas que nous travaillons en équipe et que je n’aime pas les méthodes de cow-boy. Le juge sera de mon avis et tu vas te faire sonner les cloches.

Ledran regarda Quentin avec l’air de celui qui l’avait prévenu. Le visage de Gradenne était sévère et sa colère contenue n’était pas feinte. Cependant, il se détendit et peu à peu, un sourire éclaira son visage.

— Je suppose que ces émotions t’ont creusé. Nous ne t’avons pas attendu pour dîner mais nous te tiendrons compagnie pour l’apéro. Moutiers a gentiment accepté de t’attendre. Patron, servez-nous de votre Savagnin, celui qui nous réconcilie avec la vie !

Quentin ne fut pas fâché de s’attabler devant une assiette de charcuterie bien garnie. Il avait raison de reprendre des forces avant de s’exposer au tir nourri des questions du commissaire.

— On t’a vu partir comme si tu avais le feu aux chausses… Qu’est-ce qui t’a mis la puce à l’oreille ?

— Dans le rapport d’autopsie, c’est la pointure des chaussures du mort. Tout est devenu simple, d’un seul coup ! J’ai compris qu’il s’agissait d’une mise en scène pour faire croire à la mort de Verdoux. Donc c’est qu’il était toujours vivant et il y avait de grandes chances qu’il soit l’assassin de son « double ».

— Quand je pense que l’on est allé jusqu’à évoquer un règlement de comptes entre espions… Tu commences bien ta carrière, gamin ! s’exclama Gradenne.

— En partant de l’idée que Verdoux n’était pas la victime mais le meurtrier, les pièces principales du puzzle se sont emboîtées, et j’ai vu l’affaire sous un nouveau jour. Il reste encore des points à éclairer. Sur certains d’entre eux, j’ai déjà quelques idées…

— Quels points ?

— D’abord l’identité de celui qui a été retrouvé sous la presse, répliqua Quentin la bouche pleine. Là, j’ai une quasi-certitude. Ensuite le cambriolage pour lequel j’ai aussi ma petite idée et puis… l’auteur de la lettre anonyme.

Le commissaire regarda Ledran qui fit la grimace de celui qui n’avait pas tout saisi.

— Moi, je comprends vite à condition que l’on m’explique longtemps et dans l’ordre. J’aimerais que tu reprennes tout depuis le début, demanda Gradenne en faisant signe à l’hôtelier de leur resservir à boire.

Ledran lui tapa sur l’épaule.

— Tu fais l’âne pour avoir du son. Je pense que tu souhaites surtout vérifier si tes conclusions collent avec celles du lieutenant pour éventuellement le prendre en défaut sur des détails.

Gradenne haussa les épaules en buvant, tandis que Bruchet attaquait la potée jurassienne que Moutiers avait fait mijoter depuis plusieurs jours. La bouche pleine, il devait en même temps satisfaire la curiosité de son chef.

— Mais laisse-le manger, reprit Ledran devant l’impatience du commissaire.

Tout en dégustant ce repas de terroir, Quentin commença à donner sa version des événements, en concordance avec les faits.

— Nous savons que Verdoux, ancien officier de paras en Algérie, a quitté l’armée discrètement à la fin de la guerre. Selon le témoignage écrit et posthume de l’adjudant Wasser, il aurait commis quelques bavures, notamment à Sidi Bleda. J’emploie le terme bavure pour simplifier. Il est ensuite entré chez Polybois où il est monté en grade, et a atterri ici comme directeur. Il faut noter au passage que dans ses précédents postes, il se faisait copieusement haïr au point de devoir quitter les lieux. Par ailleurs, tout laisse croire qu’il avait une activité occulte et que sa fonction chez Polybois lui servait de couverture.

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