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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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Nerveux, Quentin ne se sentait plus la force nécessaire pour continuer ses interrogatoires. Il se vêtit et alla marcher pour s’éclaircir les idées. Le froid était vif et un vent glacial lui fouetta le visage au moment où il emprunta le petit chemin qui lui était devenu familier. Il passa mentalement en revue tous ceux qui pourraient être coupables : Guardac, Petrod, Ahmed, madame Verdoux, Pierre et David Wasser ? Il réalisait que plus il avançait dans l’enquête, plus les suspects se multipliaient. La victime avait généré tellement de tensions dans cette usine que le basculement dans la violence était inévitable. Mais qui était passé à l’acte ? Qui était complice de qui ? Qui et pourquoi ?

Sous un ciel bas et sombre, une petite neige fine balayée par le vent tourbillonnait au ras du sol le contraignit à retourner à l’usine où il pourrait reprendre ses interrogatoires.

Il avait établi avec beaucoup de soin un tableau indiquant les positions des uns et des autres lors de la nuit tragique. En recoupant les divers témoignages, il comptait reconstituer les emplois du temps à la minute près. Il entendit encore trois autres membres de l’équipe d’entretien. Il était presque midi quand Ledran frappa à sa porte.

— Sais-tu que Gradenne est toujours occupé avec les « huiles » ? dit-il en souriant. J’espère qu’il les fait mijoter. Je commence à avoir faim et je me demande si nous devons l’attendre.

— J’aurais bien aimé le voir car j’ai recueilli des informations capitales.

Quentin lui relata alors ce que les frères Wasser lui avaient avoué.

— Je partage ton avis, dit Ledran. Il faut les interroger à nouveau. Ou bien ils ont dit vrai et ils ne sont pas dans le coup du meurtre, ou bien…

— Ou bien ?

— Il se pourrait, ainsi que tu le supposes, qu’ils soient mouillés et comptent attirer notre sympathie sur eux, en espérant créer un rideau de fumée pour mieux écarter les soupçons. Ce serait très audacieux et subtil de leur part.

— S’ils sont coupables, ils finiront pas se couper, même s’ils sont malins.

— Pas sûr ! La haine est capable de transformer les hommes. C’est un ciment puissant pour souder les solidarités. Dans ma carrière, j’ai rencontré des situations très étranges.

— Cela ne résout pas le problème du déjeuner !

— Tu as raison, je vais aller voir.

Quelques minutes plus tard, Ledran revint avec un grand sourire.

— Figure-toi que les « huiles », qui sont venues à trois, semblent tellement prendre de plaisir avec Gradenne qu’ils vont l’inviter à déjeuner. Nous pouvons donc y aller sans lui.

La neige à présent tombait drue. Et en retournant à l’hôtel, Quentin dut allumer les phares alors qu’il n’était que midi. Pendant le repas, ils échangèrent leurs impressions sur les différentes auditions, puis ils en arrivèrent à parler du juge.

— C’est vrai qu’il n’a pas le look habituel de l’emploi, dit Quentin. Je n’en ai pas encore vu beaucoup, mais je me les imagine plutôt avec des lunettes et une petite barbiche blanche, l’air grave et la démarche solennelle.

— Et, bien entendu, avec la Légion d’honneur ! plaisanta Ledran.

Le déjeuner les avait détendus et lorsqu’ils repartirent, le ciel était toujours sombre. Vers trois heures, Gradenne demanda à les voir. Comme ils étaient libres, ils se regroupèrent « chez » Ledran dans la salle de réunion.

— Voilà, dit Gradenne en arborant un grand sourire. Je viens de siffler la fin de la partie et je les ai renvoyés au vestiaire. Compte tenu des éléments dont je disposais, c’est moi qui avais les meilleures cartes. J’y suis allé au bluff et cela a marché. Ils ont reconnu que Verdoux travaillait pour sa « patrie ». Quelle métaphore ! Quand je les poussais un peu trop dans leurs retranchements, ils s’abritaient très vite derrière le Secret défense. À défaut d’avouer, ils ne pouvaient pas mieux me répondre.

— Qui était présent ? demanda Quentin.

— Il y avait les deux que tu connais, Lambard et Borranzo et un autre, le directeur général, un certain Jean-Paul Legros, le plus redoutable. Il ne parlait pas beaucoup, mais il avait une finesse de jugement remarquable. Il saisissait instantanément les situations et anticipait même mes questions.

— Un ancien de « La Royale » lui aussi ?

— Non, je penserais plutôt à un polytechnicien qui serait passé par la Direction de l’armement…

— Encore du beau linge qui sent la poudre, murmura Quentin.

— Finalement, soupira Ledran, nous n’avons pas de preuve formelle. Mais tu as la confirmation de ce que nous supposions, même si cela ne nous avance pas beaucoup pour l’enquête.

— Il y a pire, dit Gradenne à voix basse. « On » m’a bien fait comprendre que cette affaire, dans la mesure où elle frôlait des secteurs sensibles, pourrait être retirée à la PJ. La menace était à peine voilée.

— Secret défense ?

— Tu as tout compris. Il nous faut donc accélérer la manœuvre tant que nous avons les manettes en main.

– À mon tour de vous en dire plus, reprit Quentin.

Il raconta alors au commissaire ce qu’il avait appris le matin.

— Eh bien ! Voilà du concret ! Tu as raison, je vais voir ces deux frères, mais séparément et sans tarder.

On frappa à l’extérieur.

— Entrez ! dit Gradenne d’une voix de stentor.

L’hôtesse d’accueil entrebâilla la porte et dit d’une voix intimidée :

— La gendarmerie souhaite voir le lieutenant Bruchet.

Quentin se leva, surpris, et la suivit. Il revint presque aussitôt une grosse enveloppe à la main.

— Le chef Courtay est venu en personne me communiquer le rapport d’autopsie qu’ils viennent de recevoir par Internet. Il ne savait pas que vous étiez là. Il vous envoie ses salutations.

— Très bien ! J’avais demandé qu’il leur soit transmis, coupa Gradenne. Il n’a rien dit d’autre ?

— Il m’a juste soufflé à voix basse qu’il y avait jeté un coup d’œil et que nous allions avoir des surprises.

— Ils y auront mis le temps, ronchonna Gradenne. Voyons cela !

Il lut rapidement et, au fur et à mesure qu’il dévorait le texte, ses yeux s’arrondis saient. Il fit une grimace et replongea dans la lecture. Ses deux collègues ne soufflaient mot et l’observaient, guettant ses réactions et cherchant à décrypter sur son visage, les raisons de son étonnement.

– Ça alors, lâcha-t-il enfin, voilà qui remet les compteurs à zéro !

— Explique-toi ! demanda Ledran.

— Je vais résumer : le cadavre qu’ils ont autopsié a eu la tête et les mains écrasées post mortem.

— Quoi ? s’exclamèrent en même temps Quentin et Ledran.

— Le plus invraisemblable et le plus déroutant, c’est que la mort remonterait à plusieurs heures avant l’écrasement.

— C’est impossible ! cria presque Ledran.

— Un autre détail amusant si tant est que l’on puisse trouver de l’humour dans ce genre de texte, les chaussures que portait la victime sont du 45. Or, d’après les légistes, le cadavre examiné ne dépasserait pas la pointure 42. Cela veut dire que Verdoux nageait dans ses pompes !

Ledran n’avait pas partagé l’humour macabre de Gradenne. Il hocha la tête, incrédule.

— Je n’y comprends plus rien.

— Il nous faut reprendre tous les témoignages, intervint Gradenne. Imaginez une sorte de conspiration pour éliminer Verdoux. Pour que ce scénario soit crédible, il faut retrouver le rôle respectif de chacun.

— Mais alors, murmura Quentin, complètement abasourdi, cela voudrait donc dire que le contremaître Francis Mollex a menti et qu’Ahmed a menti aussi… puisqu’ils affirment l’avoir vu vivant. Il pourrait y avoir d’autres complices, mais ces deux-là au moins seraient impliqués…

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