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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— C’est notre père qui a découvert David, continua Pierre. Il est passé par Sidi Bleda juste après le carnage qui avait été rebaptisé « action de maintien de l’ordre ». Il a trouvé un petit garçon d’environ trois ans, qui errait en pleurant, pieds nus dans la campagne. Il l’a recueilli, l’a ramené à Alger et l’a confié à notre mère. La suite, vous la connaissez : il s’est démené pour adopter ce petit garçon qui est devenu mon frère. Il a rencontré des difficultés administratives, car Sidi Bleda n’avait même pas d’état civil, mais il les a surmontées.

Quentin savait désormais d’où venaient les articles de presse qui étaient parvenus à Verdoux.

— Comment votre père pouvait-il être sûr que c’était Verdoux le responsable de cette… comment dire… intervention… ?

— Que vous l’appeliez n’importe comment, cela ne changera rien. Ce fut un massacre gratuit. Chez les militaires, ce n’était pas un secret. Mon père a été très clair sur ce sujet et nous ne pouvons douter de son jugement. C’était l’époque des « corvées de bois ». Sous prétexte d’aller ramasser du bois, des soldats emmenaient des prisonniers algériens dans la nature et les abattaient froidement. Officiellement, la section de Verdoux avait été attaquée, mais aucune preuve ne fut apportée. Rien ne prouvait non plus que ce village abritait ou ravitaillait des rebelles. Cette bavure avait beaucoup choqué, mais l’affaire fut étouffée au nom de la raison d’État.

Quentin ne doutait pas de la sincérité du témoignage de ses deux interlocuteurs. Cependant, une question restait sans réponse. Quel rapport avec la mort de Verdoux ?

— Pourquoi lui avoir envoyé des coupures de presse ? Parce que c’était bien vous, n’est-ce pas ?

— Oui ! répondirent ensemble les deux frères.

Pierre continua seul.

— Pour répondre complètement à votre question, nous avons d’abord voulu tester Verdoux. Le premier article de presse relatait simplement les faits. Ici, nous avions tous entendu parler du projet thana. Le dossier avait été oublié à l’atelier par Mandrez qui devait faire des propositions d’investissements de machines. Je savais qu’il devait ensuite aller chez Verdoux. L’occasion était trop belle, un clin d’œil du destin.

— C’est moi qui ai glissé l’article au milieu des autres documents, dit David avec fierté.

— Mais où vouliez-vous en venir ?

— Je vous l’ai dit, répondit Pierre, nous voulions voir ses réactions. Nous l’avons surveillé discrètement et nous avons été fixés…

— Mais ensuite, pourquoi avoir continué ? Ce n’est pas une méthode très courageuse… c’est aussi lâche qu’une lettre anonyme…

— Vous auriez sans doute préféré que je le provoque en duel ? s’exclama Pierre. Ce que nous voulions, c’était l’intimider et lui faire comprendre qu’il n’était pas quitte et que quelque part, quelqu’un savait ce qu’il avait fait. Il n’était pas possible de l’attaquer de front, il s’en serait encore tiré…

— C’est aussi vous qui lui avez envoyé le cercueil ?

— Oui ! et nous aurions continué jusqu’à ce qu’il craque…

— Vous espériez quoi ? Qu’il se suicide ?

— Je ne sais pas, murmura David. Je voulais seulement que la mort de toute ma famille ne soit pas oubliée. Il aurait pu avoir des remords.

À ce moment, une idée traversa l’esprit de Quentin. Il se souvint d’une conversation qu’il avait eue la semaine précédente avec le commissaire et le chef Courtay sur la cause du décès. Accident, meurtre ou suicide ? Or, il découvrait à présent que Verdoux avait sur la conscience des faits qui auraient pu le conduire au suicide. Le conditionnel dans ce cas s’imposait car il doutait que le personnage fût capable de remords, mais son meurtrier pouvait avoir eu l’idée de maquiller son crime en suicide et avoir été pris de court…

— Avez-vous parlé de tout ça à quelqu’un ? demanda-t-il vivement.

— Absolument à personne, répondit Pierre, pas même à ma femme.

— Donc, personne à part vous ici ne connaît cette sombre histoire de Sidi Bleda ?

— Personne !

Quentin était désarçonné. Il était impressionné par la droiture et la dignité des deux hommes et, dans le même temps, il prenait conscience qu’ils avaient un réel mobile pour éliminer Verdoux. Il pensa aussitôt que Gradenne avec son flair et son expérience pourrait détecter une éventuelle faille.

— Je souhaiterais que le commissaire vous interroge, dit-il. Ce que vous venez de me dire est très important. Mais… je ne comprends quand même pas ! Pourquoi venir me dire ça aujourd’hui ?

— C’est à cause d’Ahmed.

— Ahmed ?

— Oui, c’est un garçon charmant, courageux et honnête qui ne ferait pas de mal à une mouche. Il a vite compris que c’était à cause de lui que le meurtrier avait pu sortir de l’atelier-pilote. Il s’est culpabilisé car il a craint que vous le suspectiez. Nous l’avons vu hier, son inquiétude nous a bouleversés. Il a peur d’être expulsé. À l’heure actuelle, vous savez comme moi qu’il ne fait pas bon être étranger, surtout en provenance de certains pays…

— Il s’est plaint de moi ?

— Il ne s’est pas plaint à proprement parler, nuança David, mais il n’a été pas dupe. Il sent bien qu’il est soupçonné. Par ailleurs, il ne voit pas pourquoi on le questionne sur Sidi Bleda qu’il ne connaît pas. C’est pour cette raison que nous avons décidé de venir vous parler. Nous en avons discuté, mon frère et moi, une partie de la nuit. Nous ne voulons pas qu’il soit accusé à tort. Il y a eu assez de victimes innocentes. Si vous lui avez parlé de Sidi Bleda, ce n’est pas par hasard, c’est que vous avez découvert les articles que nous avions transmis à Verdoux. Après Ahmed, vous auriez soupçonné tous les Algériens de l’usine.

— Comment pouvez-vous être aussi sûrs de l’innocence d’Ahmed ?

— Parce que nous le connaissons. Ce n’est pas lui qui a tué Verdoux. Cherchez ailleurs, dit David d’une voix calme, sans la moindre agressivité.

— Sur quoi repose votre certitude ? D’après vous qui serait l’assassin ?

— Nous ignorons qui cela peut être, reprit Pierre et si cela peut vous aider, ce n’est ni David ni moi non plus. Nous ne pouvons pas le prouver. Mais croyez-vous que si nous étions coupables, nous serions venus vous parler ?

Quentin était perplexe. Une chose était sûre, les deux frères semblaient très liés et ils avaient de bonnes raisons de vouloir se venger. Mais cette hypothèse sonnait faux tellement la violence semblait exclue de l’éducation que leur avait donnée leur père. Et, sincèrement, il ne parvenait pas à les imaginer dans des rôles de meurtriers. Et si c’était justement ça l’astuce ? Il sentait en chacun d’eux une personnalité d’exception. Et si l’un des deux avait assouvi sa vengeance sans le dire à l’autre ? Dans ce cas lequel ? Pierre qui aurait vengé son frère en lui évitant de se salir les mains ? Ou David, qui aurait mûri son plan en cachette pour ne pas compromettre son aîné ?

— Excusez-moi, je reviens dans un instant, avertit Quentin en sortant.

Il aurait voulu discuter immédiatement de ces faits nouveaux avec Gradenne. Malheureusement, en approchant du local où celui-ci se trouvait, il entendit des éclats de voix et reconnut celle de Lambard en train de s’emporter. Il sourit intérieurement et imagina que cette fois ce serait au tour du commissaire de lui souhaiter un « Bon retour ! ». Il revint vers les deux frères qui attendaient calmement en silence.

— Le commissaire n’est pas disponible. Veuillez signer votre déposition et ne vous trompez pas de main ! Vous pouvez retourner à votre travail, mais ne vous éloignez pas. Je souhaite qu’il vous entende très vite.

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