Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
— Cette hypothèse paraît la plus vraisemblable parmi toutes celles que nous avons examinées. Elle les remplace même. Je ne crois pas à un complot de toute l’usine, mais à celui d’un petit groupe bien déterminé, du genre commando justicier, pourquoi pas ? Non ? Tu as l’air sceptique, Bruchet ! Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Quentin s’était levé et, la tête dans les mains, arpentait l’espace entre les fenêtres et la grande table. Il était si intensément concentré que si le tonnerre avait grondé, il ne l’aurait pas entendu. Il regarda au-dehors, consulta sa montre et se tourna vers ses collègues. Il venait de prendre une décision aussi soudaine que grave.
— Je n’ai pas le temps de vous expliquer, dit-il très perturbé. Il faut faire vite. Excusez-moi, je dois prendre votre voiture, patron.
Il s’esquiva en courant sans entendre la réponse de Gradenne.
— Où vas-tu, Bruchet ? Ne fais pas de bêtise. Toute décision prise dans la précipitation est mauvaise, tu devrais te méfier de tes impulsions…
Mais Quentin s’était déjà éloigné. Dans la voiture qu’il conduisait rapidement en dépit de la neige qui tombait, il se répétait, inquiet : « Pourvu qu’il ne soit pas trop tard… ».
Il repassa en trombe à l’hôtel et se rua sur Moutiers pour lui redemander son équipement de ski.
— Donnez-moi aussi plusieurs lampes de poche, demanda-t-il au brave hôtelier qui ne comprenait pas du tout les raisons d’une promenade à ski sous la neige à la nuit tombante.
Dans le stock de matériel, Quentin saisit d’instinct une lampe frontale. Il repassa ensuite dans sa chambre pour se changer. Il aurait dû aller récupérer son arme de service à la gendarmerie, mais il n’en avait pas le temps. Un instant plus tard, il roulait aussi vite que l’état de la route le lui permettait vers la cabane de Petrod. Il avait parfaitement en mémoire l’itinéraire, mais eut un peu de mal à retrouver l’entrée du sentier, car la neige avait modifié le paysage. La lumière était faible mais il y voyait assez pour diriger ses skis. Il transpirait abondamment, en dépit du froid. Très vite il jugea prudent d’allumer sa frontale pour contourner les barres rocheuses, le point le plus délicat du parcours. Ensuite, il choisit de se guider à la luminosité du chemin qui, grâce à la neige, apparaissait plus clair que les fourrés.
Sans faire de bruit et à pied, il se rapprocha de la masse sombre de la cabane. Il alluma une première lampe et la coinça dans la neige. Il fit de même avec les deux autres à différents endroits. Enfin, il se décida à intervenir en criant :
— Police ! Ouvrez et montrez-vous ! Vous êtes cerné.
Il vit alors s’éteindre un rai de lumière. Comme réponse, il n’entendait que le souffle du vent. Il allait renouveler son appel quand un premier coup de feu claqua. La lampe posée dans le chemin s’éteignit instantanément en explosant. Il se jeta à plat ventre. Deux autres coups partirent mais n’atteignirent alors qu’une seule des lampes restantes.
— Rendez-vous ! Vous n’avez aucune chance, cria à nouveau Quentin qui s’était mis à l’abri derrière un sapin.
Une balle siffla au-dessus de lui. En même temps, il vit une lumière passer très rapidement et entendit le bruit du glissement caractéristique des skis sur la neige.
« Bigre, il est coriace », bougonna-t-il en comprenant que sa proie s’échappait.
— Arrêtez ! le somma à nouveau Quentin.
Mais l’autre avait filé. Quentin apercevait la lueur qui s’éloignait. « Le combat n’est pas égal, soupira-t-il. Moi je n’ai pas envie de le tuer tandis que lui n’a pas les mêmes scrupules, sans compter que je ne suis pas armé ». Il rechaussa rapidement ses skis et décida de garder sa frontale allumée tant qu’il poursuivrait celle du fuyard. Mais bientôt, il ne vit plus de halo devant lui et dut se résoudre à éteindre sa lampe pour ne pas servir de cible. Il descendait lentement et le plus silencieusement possible face au vent. Il était tendu et avançait courbé, s’attendant d’un moment à l’autre à recevoir un coup de feu. Après une dizaine de minutes de cette chasse à l’homme un peu spéciale, il entendit un cri suivi d’un bruit de branches brisées, puis plus rien. Était-ce une ruse ? Il avança alors très doucement, presque à tâtons, tous ses sens en alerte. À l’approche de la zone des barres rocheuses, il hésita à s’engager sans visibilité.
Le froid commençait à le saisir. « Je ne vais quand même pas geler sur place », songea-t-il. Il se résolut à rallumer sa frontale et prit soin de la fixer à un bâton de ski qu’il tenait à bout de bras. Il examina d’abord les traces de celui qui avait pu chuter ou bien qui se cachait, et se laissa glisser doucement en les suivant. Était-il imprudent ? Il se rassura en pen sant que l’autre pouvait difficilement se mettre à l’affût sur ce terrain escarpé. Après un virage serré qui contournait un rocher, la trace très nette d’un dérapage continuait tout droit vers une pente raide. Il dirigea le faisceau de sa lampe le mieux qu’il put et tenta de voir en dessous. Mais la visibilité n’était pas bonne à cause de la neige qui tombait et qui l’éblouissait.
La forme de la trace laissait peu de doute. Le skieur qu’il poursuivait avait bien dû faire une chute. Quentin déchaussa ses skis et replaça la lampe sur son bonnet. Il finit par renoncer à descendre. Il devait rejoindre au plus tôt sa voiture pour demander du renfort. Dans la précipitation, il avait oublié de prendre son portable.
À l’approche d’une bourgade, il s’arrêta à la première maison où il vit de la lumière. Il frappa à la porte et une femme âgée lui ouvrit avec beaucoup de précautions.
— Bonsoir, madame. Excusez-moi de vous déranger mais je suis officier de police et j’ai besoin de téléphoner.
Fort heureusement, sa carte de police lui permit de rassurer la vieille dame qui ne comprenait pas pourquoi un skieur pouvait faire irruption chez elle la nuit.
La femme, manifestement intriguée et sans doute pas entièrement en confiance, le fit néanmoins entrer et indiqua l’emplacement du téléphone dans le vestibule. Quentin appela la gendarmerie, expliqua en quelques mots son aventure, et demanda de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour venir rechercher le skieur accidenté dont il ne connaissait pas l’identité. Il avait là-dessus sa petite idée. Il suggéra au gendarme de prévenir le commissaire.
Après avoir remercié la femme, il regagna la route principale pour attendre les renforts à l’embranchement de la voie secondaire. Environ une heure plus tard, il aperçut des gyrophares jaunes et d’autres bleus perçant l’écran opaque des flocons de neige. Quentin sortit faire des signes. La voiture de gendarmerie s’arrêta et le chef Courtay en descendit accompagné de Ledran. Le camion des pompiers stoppa derrière.
— En voilà des façons de filer sans rien nous expliquer, plaisanta Ledran.
— Je te donnerai tous les détails plus tard mais, en attendant, on a un client important à aller récupérer.
— Sais-tu au moins qui c’est ?
— Pas avec certitude. Il nous faut être prudent car il m’a tiré dessus avant de faire une mauvaise chute. Nous devrons progresser à pied, informa Quentin. Le lieu n’est pas facile d’accès et, cette nuit, on n’y voit pas grand-chose.
À pied, ou plutôt en raquettes, car il était le seul à avoir des skis. Ledran qui n’était pas équipé, jugea préférable d’attendre avec le troisième gendarme dans leur voiture munie d’un émetteur radio.