Du bois pour les cercueils
- Автор: Ragon Claude
- Год: 2010
- Язык: французский
- Год: Editions Fayard
- ISBN: 978-2213654706
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
Guardac se passa la main dans la barbe et hocha la tête. Son embarras était réel.
— Pourquoi ? Je sais que c’est puéril puisque je n’ai rien à voir dans la mort de Verdoux, mais j’ai dit cela spontanément aux gendarmes et ensuite, je me suis retrouvé prisonnier de mon mensonge.
— Un mensonge bien inutile !
— C’est vrai, mais étant donné mes relations exécrables avec Verdoux, j’ai aussitôt réalisé que si la maréchaussée avait appris que je pouvais être ici, j’aurais automatiquement été suspecté. Verdoux a quand même été retrouvé dans mon atelier, n’oublions pas ça…
— Pourtant, à ce moment-là, il n’était pas encore question de meurtre.
— Au début, personne n’en savait rien. J’ignorais tout des circonstances. Une mort aussi insolite ne peut que laisser planer le mystère…
— Quand je suis arrivé, il s’agissait d’un accident. Rien ne vous obligeait à me mentir.
— Vous avez raison, mais je vous le répète, j’étais coincé. En changeant de version, j’aurais automatiquement attiré l’attention sur moi.
— Peut-être, mais moins que maintenant.
— Que voulez-vous dire ?
— Vous l’avez dit vous-même. Vos relations avec la victime étaient exécrables, vous pouviez matériellement être ici au moment du meurtre et, en plus, vous connaissiez parfaitement les lieux. Je vous laisse conclure…
Guardac se prit la tête dans les mains.
— C’est incroyable… Il me causera des ennuis même après sa mort !
— En dehors de votre oncle, quelqu’un pourrait-il témoigner que vous n’étiez pas à Berthonex dans la nuit de mercredi à jeudi ?
Guardac semblait effondré. Il n’entendit pas la question de Quentin qui dut la répéter.
— Je ne sais pas, dit-il enfin. Je n’ai pas bougé de chez lui.
— Vous avez conscience que vous êtes désormais le suspect principal ?
— Non ! s’écria-t-il, vous n’allez pas imaginer ça ?
— Donnez-moi des éléments pour changer d’avis.
— Demandez à mon oncle !
— Je le ferai, mais son témoignage ne sera pas suffisant. Avez-vous mangé quelque part en route ou vu quelqu’un qui pourrait témoigner ?
— J’ai mangé dans un self sur l’autoroute, qui s’en souviendra ?
— Vous avez pris l’autoroute ?
— Oui.
— Alors vous devez avoir les tickets de péage…
Le visage de Guardac s’éclaira.
— Mais bien sûr !
Il bondit jusqu’à son anorak accroché au portemanteau pour y prendre son portefeuille. Il cherchait ces fameux tickets, mais ses mains tremblaient.
— C’est pas vrai…, balbutia-t-il. Où sont-ils donc ?
Il était affolé et fouillait à présent ses poches. Il ouvrit son attaché-case et en sortit des dossiers…
— Je me suis arrêté pour faire une pause avant de venir ici, peut-être ai-je mis les tickets là par mégarde… Pourvu que je ne les aie pas perdus…
— Calmez-vous, conseilla Quentin. Je ne vais pas vous arrêter ce soir, mais je vous conseille de les retrouver ou de me proposer une preuve valable. Dites-moi ! Le nom de Sidi Bleda vous dit quelque chose ?
— Sidi Bleda ? Non ! Ce nom me fait penser à l’Algérie, mais je n’y suis jamais allé. Pourquoi cette question ?
— Je vous le dirai plus tard… peut-être.
— Qu’allez-vous faire à présent ?
— Je ne sais pas. Je vais en parler au commissaire. Vous me mettez dans un fichu embarras. Il va de soi que vous restez à Berthonex. En aucun cas, vous ne devez vous éloigner. Est-ce bien clair ?
En ressortant, Quentin vit la voiture de Gradenne sur le parking. Il se dépêcha de rejoindre Ledran pour savoir ce qu’il avait pu apprendre.
— Tu avais raison, cette femme n’est pas ordinaire.
— Vous avez pu en tirer quelque chose ?
— Pas vraiment. Elle a du répondant. J’ai lancé l’hameçon Petrod, mais elle n’y a pas mordu.
— Vous lui avez demandé ce qu’elle était allée faire samedi ?
— Je n’ai pas posé la question aussi directement, mais elle m’a dit exactement ce qu’avait imaginé Gradenne.
— C’est-à-dire ?
— Elle avait ressenti le besoin de retourner à des endroits où elle aimait aller avec son mari. Une sorte de pèlerinage, pour commencer son deuil. Je dois dire que c’est plausible.
— Finalement, elle connaît Petrod ou pas ?
— Ce nom semblait lui être inconnu. Elle m’a demandé qui il était. Je n’ai pas été entièrement convaincu car, étant donné que son mari avait maille à partir avec le syndicat, je suis surpris qu’il n’ait pas au moins prononcé son nom devant elle…
— Donc, nous n’avons pas avancé…
— J’ai eu une impression bizarre, comme toi. C’est indéfinissable… Je n’ai guère fait mieux que toi. J’ai quand même appris quelque chose…
— Ah ! je savais bien qu’en vous demandant de la voir…
— Je lui ai demandé comment elle voyait son avenir. Je n’ai fait aucune allusion à la fortune que les Renseigne ments nous ont révélée. Elle m’a répondu qu’elle pensait ouvrir un commerce. Elle m’a parlé d’une parfumerie à Bordeaux. Histoire de s’occuper, m’a-t-elle dit. Elle m’a alors confié que son mari avait souscrit une assurance sur la vie et qu’elle devrait recevoir au moins deux cent mille euros.
— Fichtre, il y a de quoi voir l’avenir ! s’écria Quentin.
— Je ne suis pas très étonné, cela confirme que Verdoux avait conscience de prendre des risques avec ses trafics. C’est un point qu’il faut mettre à son actif. Il ne laisse pas sa femme dans le besoin.
— Certes, mais cela peut aussi la rendre suspecte… Deux cent mille euros, il y a de quoi donner des idées !
— C’est vrai. Si c’était le cas, ce serait diabolique !
— Je souhaiterais à présent que vous entendiez Ahmed. Je ne vous dis rien pour ne pas vous influencer, mais j’aimerais avoir votre avis.
— Volontiers, où est-il ?
— Il habite dans un des bungalows installés par Polybois.
Quentin demanda que l’on aille chercher Ahmed, puis retourna dans son bureau et, par le téléphone interne, convoqua Pierre Wasser. C’était un mécanicien de l’équipe d’entretien. Sur la liste du personnel, deux personnes portaient le même nom de famille : Pierre et David Wasser.
À peine cinq minutes plus tard, un homme dans la cinquantaine, grand, bien bâti, blond aux yeux bleus, frappa à la porte.
— Bonjour, asseyez-vous, dit calmement Quentin.
Pierre Wasser avait le visage fermé. Quentin ne s’en étonna pas. Depuis son arrivée et surtout depuis le cambriolage, chacun dans l’usine avait la mine défaite. Il posa les questions de routine pour faire connaissance. Depuis quand était-il chez Polybois ? Qu’y faisait-il ? Pierre répondait sans rechigner. Il n’était pas expansif. Ses réponses étaient succinctes mais précises. Quentin sentit que c’était quelqu’un d’énergique. Peut-être était-il un peu paysan, de cette sorte d’hommes rudes à la tâche et attachés à leur Franche-Comté ?
— Michel Petrod est bien dans votre service ?
— Michel ? Bien sûr. C’est un bon copain. Nous travaillons ensemble.
— Il est aussi votre délégué syndical, je crois.
— Oui, nous avons confiance en lui. Il a du punch.
— Estimez-vous qu’un syndicat était nécessaire chez Polybois ?
— Ah ! Oui alors ! Depuis que…
— Depuis que Verdoux est arrivé ?
— C’est ça !.. D’autres ont dû vous le dire…
— Finalement, vous ne regrettez pas la disparition de votre patron…