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Du bois pour les cercueils

Электронная книга - «Du bois pour les cercueils». Краткое содержание книги:

Le commissaire Gradenne prend froid dans l'hiver du Jura. A la manière de Maigret, enquête « grippée », gendarmes trop « pressés » comme ce corps broyé par la machine ?
Quelle idée aussi de confier à des officiers de marine à la retraite le renflouement d'une usine, dans ce « port de mer » sous la neige, au milieu des forêts !
Vous reprendrez bien de cette Morteau, mijotée dans la potée de la veille, accompagnée d'un Poulsard… ? Avec un Comté de plus de dix-huit mois, on vous recommande ce jeune lieutenant de 30 ans d'âge sans beaucoup d'affinage à la PJ, mais avec du… nez, avisé et goûteux !
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— Pas du tout !

Pierre avait répondu avec véhémence du fond du cœur. Quentin en fut impressionné. Il regarda Wasser bien en face et lui conseilla calmement :

— Soyez prudent dans vos paroles. Il a peut-être été assassiné et vous exprimez de l’hostilité à son égard, voire de la haine. Que dois-je en penser ?

— Je ne peux pas dire le contraire de ce que je ressens. Vous avez le droit de me suspecter, mais si vous soupçonnez tous ceux qui ne l’aimaient pas, vous n’êtes pas au bout de votre liste.

– À propos de Michel Petrod… ne devait-il pas revenir ce matin ?

— C’est exact, ce n’est pas dans son habitude de s’absenter. En ce moment, on aurait besoin de lui parce qu’on a peur que le siège ne profite des derniers événements pour fermer l’usine. Il en était déjà question avant…

— Comment s’y prenait-il pour défendre le personnel ?

— Il parlait au patron à notre place et puis il nous remontait le moral et nous conseillait.

— Par exemple ?

— En novembre, il a demandé une revalorisation de nos salaires. La vie augmente, mais nos payes n’ont pas évolué depuis un an.

— Que lui a répondu Verdoux ?

— Il lui a ri au nez et a ajouté que ceux qui n’étaient pas satisfaits étaient libres de partir.

— Comment le personnel a-t-il pris ça ?

— Tout le monde était furieux. Les gars ont alors refusé de travailler dans ces conditions. Ils ont fait grève. L’usine a été occupée, et Michel a eu même du mal à calmer ceux qui devenaient violents. Il a réussi à nous convaincre de reprendre le travail après deux jours.

— Il n’était pas favorable à la grève ? N’était-il pas votre défenseur ?

— Si, mais il était lucide sur la situation, et il avait raison. À cette époque-là, en fin d’année, les commandes avaient baissé et les magasins étaient pleins à craquer. On ne savait plus où mettre les panneaux. Cette grève aurait arrangé Verdoux. Michel s’était même demandé s’il ne l’avait pas provoquée.

— Pourquoi ?

— Mais parce que comme ça, il n’avait plus à nous payer. De toute façon, il aurait été obligé d’arrêter la production.

— Comment cela s’est-il passé ensuite ?

— Quand on a repris le travail, le patron était bien embarrassé. Il a bel et bien été contraint de cesser de produire et, pour occuper le personnel, il a organisé une semaine de maintenance qui n’était prévue que pour février. Il a aussi invité ceux qui avaient des congés en retard à les prendre.

— Pourquoi Petrod n’a pas alors pris les siens ?

— Ce n’était pas possible pour lui parce que tous les mécanos sont occupés quand il y a des arrêts de production pour maintenance. C’est logique qu’il ait pris ses congés plus tard.

– Êtes-vous au courant de possibles échanges entre Petrod et Verdoux sur l’Algérie ?

Wasser sourit et haussa les sourcils comme si Quentin avait dit une plaisanterie.

— Vous savez quelque chose ? demanda Wasser.

— Non, puisque je vous le demande.

— On a dû vous dire que Verdoux se vantait de ses exploits militaires…

— Oui, en effet.

— Petrod lui aussi avait fait la guerre d’Algérie, d’ailleurs, ils étaient à peu près du même âge. La seule différence, c’est que Michel avait été « appelé ». Ils ne se sont pas rencontrés là-bas, mais ils ne partageaient pas du tout les mêmes idées. Michel, c’est un calme, un pacifiste. Il n’a rien dit au début, mais un jour, il a explosé et a remis le patron à sa place. Il lui a dit que les « événements » d’Algérie étaient finis depuis longtemps et que le personnel de l’usine n’était pas un bataillon d’Afrique. J’étais témoin ce jour-là. J’ai bien cru qu’ils allaient se battre.

— Que s’est-il passé ?

— Nous avons réussi à calmer Michel, et l’autre a filé. Depuis ce jour, Verdoux évitait de passer à l’atelier.

— Une dernière question. Où étiez-vous dans la nuit de mercredi à jeudi de la semaine dernière ?

— Ah ! je comprends ! J’étais dans mon lit et je dormais. Je pense que je ne devais pas être le seul.

— Vous êtes marié ?

— Oui, j’ai aussi deux grands fils et une fille et je vais bientôt être grand-père.

— David Wasser est-il de votre famille ?

— Oui, bien sûr, c’est mon frère. Je l’ai fait entrer à Polybois il y a six ans, après la mort de sa femme qui a succombé à un cancer. Il est plus jeune que moi et il vit quasiment avec nous. Je lui ai aménagé un petit studio dans la maison. Il est indépendant, mais il partage souvent notre repas. Nous nous entendons très bien.

— Je vous remercie… Eh bien ! Envoyez-moi votre frère s’il est encore là. Sinon, demandez à un autre collègue de venir.

Quentin sortit dans le couloir et s’approcha de la porte de la salle de réunion. Il entendait Ahmed parler. Cinq minutes à peine plus tard, un homme se présenta.

— Vous vouliez me voir ? demanda-t-il.

— Quel est votre nom ?

— Je suis David Wasser.

Quentin le regarda, surpris. Il ne ressemblait pas à son frère. Hormis quelques cheveux blancs, il était aussi brun que l’autre était blond, de taille moyenne et le teint hâlé. Avec ses petites lunettes rondes, il avait l’allure d’un intellectuel. Quentin se garda bien de faire la moindre remarque car il ignorait tout de cette famille. Avaient-ils une mère ou un père différents ? David était timide et réservé, contrairement à son frère. Il parlait doucement et semblait sur la défensive. Dans l’usine, c’était lui le spécialiste en hydraulique. Il semblait vouer à son frère une grande admiration et lui était reconnaissant de l’avoir aidé à entrer chez Polybois. Il avait un langage précis et, contrairement aux autres membres du personnel que Quentin avait entendus, il s’exprimait dans un français plutôt élégant. Le lieutenant sentait qu’il avait affaire à un homme fin et réfléchi, et ne savait pas comment s’y prendre pour l’interroger ; aussi, il improvisa :

— Vous connaissez Michel Petrod ?

— Bien sûr !

— Vous saviez qu’il s’était querellé avec votre directeur ?

— Mon frère m’en a parlé. Je n’étais pas là quand ça s’est passé.

— Vous avez discuté avec Verdoux ?

— Une fois ou deux. Il ne venait pas souvent à l’atelier. Nous n’avions pas directement affaire à lui, ce qui ne l’empêchait pas de critiquer…

— Quand avez-vous vu Michel Petrod pour la dernière fois ?

— Jusqu’à ce qu’il prenne ses congés, on se voyait tous les jours.

— J’aimerais savoir à quelle heure vous l’avez vu mercredi dernier…

— Je ne saurais vous dire. On se côtoyait tout le temps, si bien que l’on n’y faisait pas attention.

— Il n’a pas dit où il allait ?

— Non ! Je ne savais même pas qu’il voulait prendre des vacances.

Il n’y avait aucune raison de prolonger l’interrogatoire. David était sympathique et on sentait chez lui une certaine fragilité. Après son départ, Quentin alla voir Ledran qu’il trouva seul, occupé à mettre de l’ordre dans ses notes.

— Alors ? demanda-t-il, comment avez-vous trouvé Ahmed ?

Ledran posa son stylo et s’assura que la porte était bien fermée.

— Ce n’est pas un méchant bougre, il avait l’air affolé comme s’il s’attendait à une catastrophe.

— Avec moi aussi. Croyez-vous qu’il sache quelque chose ?

— Difficile d’être catégorique. Il comprend très bien la situation. Je trouve même qu’il est assez fin, pour quelqu’un qui vit dans un bungalow au milieu des bois et qui ne doit pas avoir beaucoup fréquenté l’école.

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