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Alex

Электронная книга - «Alex». Краткое содержание книги:

Qui connaît vraiment Alex ? Elle est belle. Excitante.Est-ce pour cela qu'on l'a enlevée, séquestrée, livrée à l'inimaginable ? Mais quand la police découvre enfin sa prison, Alex a disparu.Alex, plus intelligente que son bourreau. Alex qui ne pardonne rien, qui n'oublie rien, ni personne.Un thriller glaçant qui jongle avec les codes de la folie meurtrière, une mécanique diabolique et imprévisible où l'on retrouve l'extraordinaire talent de l'auteur de Robe de marié.
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Il fait un temps gris, maritime.

Faignoy-lès-Reims, huit cents habitants, deux rues principales, une place avec un monument aux morts démesuré, l’endroit est triste comme un dimanche au paradis. On va au bistro, c’est pour ça qu’on est venu. Le chef Langlois gare la voiture de la gendarmerie juste à l’entrée.

En entrant, l’atmosphère de soupe, de bouchon, de détergent vous prend tout de suite à la gorge. Camille se demande s’il ne devient pas ultrasensible aux odeurs. Déjà, au garage, Mme Joris, avec son parfum vanillé…

Stefan Maciak est mort en novembre 2005. Le nouveau patron est arrivé ici juste après.

— J’ai repris en janvier, en fait.

Ce qu’il en sait, c’est ce qu’on lui a raconté, comme à tout le monde. Ça l’a même fait hésiter pour la reprise de l’établissement, parce que le fait divers a fait pas mal de bruit ici. On voit bien des vols, des braquages, ce genre de choses, même des meurtres (le patron tente de prendre le chef Langlois à témoin, sans succès), mais des histoires comme celle-ci… En fait, Camille n’est pas venu pour entendre ça, il n’est même pas venu pour écouter, mais pour voir les lieux, pour ressentir cette histoire, préciser son idée. Il a lu le dossier, le chef Langlois n’a fait que lui confirmer ce qu’il savait déjà. À cette époque, Maciak a cinquante-sept ans, il est d’origine polonaise, célibataire. C’est un homme assez gros, aussi alcoolique qu’on peut l’être quand on gère des cafés pendant trente ans sans aucune discipline de vie. Sur sa vie justement, pas grand-chose en dehors de son établissement. Côté sexuel, il fréquentait chez Germaine Malignier et sa fille, ici on dit les « quatre fesses ». Pour le reste, un type tranquille, sympa.

— Les comptes étaient corrects.

Pour le nouveau propriétaire, qui en ferme les yeux avec sérieux, c’est un blanc-seing pour l’éternité.

Et donc un soir de novembre… [C’est le chef Langlois qui raconte. Camille et lui sont sortis du café après avoir refusé poliment une tournée, ils marchent en direction du monument aux morts, un piédestal au sommet duquel un poilu penché en avant, face à la bourrasque, s’apprête à embrocher avec sa baïonnette un Boche invisible. Un 28 novembre. Maciak ferme son établissement comme d’habitude, vers vingt-deux heures, tire le rideau de fer et commence à faire son frichti dans l’arrière-cuisine du café, il va sans doute dîner devant le téléviseur allumé dès sept heures du matin. Mais ce soir-là, il ne dîne pas, pas le temps, on pense qu’il est allé ouvrir la porte de derrière, il revient dans la salle, accompagné. Personne ne sait exactement ce qui s’est passé, la seule certitude c’est qu’un peu plus tard il reçoit un coup de marteau à l’arrière du crâne. Il est estourbi, mal en point mais pas mort, l’autopsie est formelle. Il est ensuite attaché avec les torchons du bar, ce qui exclut la préméditation. Le voilà allongé sur le carreau dans la salle du café, on tâche sans doute de lui faire dire où se trouvent ses économies, il résiste. On va certainement jusqu’au garage qui communique avec l’arrière-cuisine pour attraper l’acide sulfurique qui sert à recharger la batterie de la camionnette, on revient lui en vider un demi-litre dans la gorge, ce qui clôt rapidement la conversation. On rafle la caisse de la fin de journée, cent trente-sept euros, on dévaste l’étage, on éventre un matelas, on vide les commodes et on ramasse les deux mille euros d’économies cachées dans les toilettes, avant de repartir, ni vu ni connu, en emportant le bidon d’acide, sans doute à cause des empreintes.

Camille machinalement lit le nom des morts de la Grande Guerre, trouve trois Malignier, le nom de famille qu’on a évoqué tout à l’heure. Gaston, Eugène, Raymond. Machinalement, Camille cherche le lien de parenté avec les quatre fesses.

— Il y a une femme dans l’histoire ?

— On sait qu’il y en a une, on ne sait pas si elle est liée à l’histoire.

Camille, petit frémissement dans l’échine.

— Bon, selon vous, ça se passe comment ? Maciak ferme à vingt-deux heures…

— Vingt et une heures quarante-cinq, rectifie le chef Langlois.

Ça ne change pas grand-chose. Le chef Langlois fait une petite moue, pour lui, ça change quelque chose.

— Vous voyez, commandant, dit-il, ce genre de commerçant aurait plutôt tendance à fermer un peu en retard sur son autorisation. Fermer quinze minutes plus tôt, ça n’est pas tellement fréquent.

Un « rendez-vous galant », ce sont les mots du chef Langlois, c’est son hypothèse. Une femme a été vue dans le café en fin de journée par des habitués. Comme ils étaient tous là depuis le milieu de l’après-midi, ils devaient flirter avec les trois ou quatre grammes d’alcool dans le sang, alors les uns l’ont vue jeune, les autres âgée, les uns petite, les autres grosse, certains disent qu’elle était accompagnée, d’autres non, on parle d’un accent étranger mais, parmi ceux qui croient l’avoir discerné, aucun n’est capable de préciser de quel accent il s’agit, en fait, personne ne sait rien sauf qu’elle a discuté un long moment au bar avec Maciak qui semblait tout excité, qu’il pouvait être dans les vingt et une heures et que trois quarts d’heure plus tard, il fermait en expliquant aux habitués qu’il avait un coup de fatigue. La suite, on la connaît. Aucune trace d’une femme jeune ou vieille, petite ou grosse dans les hôtels des proches environs. On a fait un appel à témoins, ça n’a servi à rien.

— Il aurait fallu étendre le périmètre de recherche, dit le chef qui évite l’éternelle litanie sur le manque de moyens.

Pour le moment, on peut affirmer qu’il y a eu une femme dans les parages, au-delà…

Le chef Langlois a toujours un peu l’air au garde-à-vous. Raide, empesé.

— Quelque chose vous chagrine, hein, chef ? demande Camille, les yeux toujours sur la liste de défunts de la grande guerre.

— Eh bien…

Camille se tourne vers le chef Langlois et enchaîne, sans attendre la réponse :

— Moi, ce qui me surprend, c’est qu’on veuille faire avouer un type en lui versant de l’acide dans la gorge. On voudrait le faire taire, je pourrais comprendre, mais pour le faire parler…

Ça le libère, le chef Langlois. Le garde-à-vous semble s’assouplir, comme s’il oubliait un instant de le maintenir, il va même jusqu’à se permettre un petit clappement de bouche assez peu réglementaire. Camille hésite à le rappeler à l’ordre mais dans son plan de carrière, le chef Langlois n’a certainement pas choisi l’option humour.

— J’y ai pensé aussi, dit-il enfin. C’est étrange… À voir comme ça, on dirait un crime de rôdeur. Le fait que Maciak ouvre sa porte de derrière ne prouve pas qu’il connaissait la personne, ça prouve tout au plus que la personne a été assez convaincante pour qu’il lui ouvre, ça n’a pas dû être bien difficile. Donc un rôdeur. Le café est vide, personne ne l’a vu entrer, il attrape le marteau — Maciak avait une petite boîte à outils d’entretien sous le comptoir —, il assomme Maciak, l’attache, c’est ce qui est dans le rapport.

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