Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
— Je suis d’accord avec vous pour reconnaître que nous nous trouvons devant une foule de problèmes, docteur Wheeler. Comment y remédier, c’est une autre paire de manches, mais il est tout de même agréable de savoir qu’on n’est pas seul à s’en soucier.
Ganish se rassit.
Beth Porter et Joey Commoner.
Inutile de relever ces noms. Beth avait fait un effort vestimentaire, ce soir – une chemise aux manches longues dissimulait son tatouage. Mais Joey, que Matt suivait aussi médicalement depuis plus de quinze ans et qui avalait ses antibiotiques du jour où Beth l’avait traîné de force à son cabinet, Joey était assis sur sa chaise, l’air maussade, les bras croisés sur son T-shirt noir.
Ensuite, à droite de Beth :
Chuck Makepeace, un membre du conseil municipal. Ce qui pourrait toujours être utile, songea Matt. Trente-cinq ans, costume trois-pièces, front dégarni, petites lunettes cerclées d’argent.
— Si nous renouvelons cette expérience, docteur Wheeler, nous devrions élire un président et établir un règlement… mais je vais peut-être trop vite en besogne.
— Excellente suggestion, monsieur Makepeace, répondit Matt. Mais apprenons déjà à nous connaître.
Tim Belanger. L’âge de Joey, à peu de chose près. Blond, poupin et très désireux de coopérer.
— Je travaille à la mairie, moi aussi. Je suis archiviste. Ou du moins je l’étais. Depuis la fameuse nuit, plus personne ne vient travailler.
Abigail Cushman, qui était venue de Surrey Heights où son mari et elle avaient une ferme.
— J’ai mis une heure avec le vieux camion. Avant, Buddy ne voulait pas que je le prenne, mais aujourd’hui il m’a donné les clés sans broncher. Passez-moi l’expression, mais il se fout royalement de ce que je fais, maintenant.
Elle portait un pull sur une robe bon marché et des verres épais aux montures masculines scotchées sur le côté. Elle devait avoir quelque chose comme la cinquantaine, selon Matt.
— Buddy s’occupe des gosses. Nos petits-enfants. Notre fille et son mari sont morts l’année dernière, alors on a pris les deux garçons. Ils sont à la maison. Ils n’ont pas voulu venir. Je suis la seule qui… enfin, ils ne sont pas…
Les mots la fuyaient. Elle s’arrêta et regarda autour d’elle comme si elle avait brusquement oublié le motif de sa présence en ce lieu. Bob Ganish toussota derrière sa main.
— Enfin bref, conclut-elle, appelez-moi Abby.
Abby s’assit.
Paul Jacopetti. Grand, des épaules de déménageur, bronzé, soixante-cinq ans, directeur à la retraite d’une compagnie d’outillage à Corvallis, propriétaire d’une ferme restaurée non loin de Lake Roads.
— Je reste sceptique sur l’utilité de notre présence ici, dit-il. On peut discuter autant qu’on veut, mais j’ai l’impression que les dés sont jetés depuis déjà un bout de temps.
Tom Kindle, après s’être présenté depuis son fauteuil roulant, se tourna vers l’estrade.
— M. Jacopetti n’a pas tort, Matthew. C’est bien gentil, cette réunion, mais c’est quoi, votre but ? Thérapie ou stratégie ?
— Stratégie, répondit Matt. Encore qu’une petite thérapie serait sans doute la bienvenue.
Il remarqua quelques sourires nerveux dans l’assistance.
— Le problème majeur qui nous attend, dit-il en tournant une page de son bloc, sera de maintenir une économie nationale dans la mesure où les gens semblent de moins en moins enclins à travailler. Jusqu’à présent, a priori, tout va bien. Les magasins d’alimentation sont ouverts, les camions assurent les approvisionnements, l’eau courante continue de couler au robinet et l’électricité fonctionne. Parfait. Mais vous avez tous remarqué les changements. M. Belanger nous a signalé que le personnel de la mairie ne venait plus au bureau. Je suppose que personne ne se préoccupe de savoir si les impôts sont bien payés.
De nouveau, quelques sourires. Très peu. Certains, comme Mme Cushman, n’avaient de toute évidence pas poussé la réflexion aussi loin.
— Mais il est certains services dont on ne peut se passer, et si ces gens cessent de travailler, nous pourrions nous retrouver à court terme dans une très fâcheuse situation. L’hôpital, par exemple. Je reconnais qu’on n’a pas beaucoup fait appel à nous dernièrement, mais il n’empêche que je ne peux assurer seul un service d’urgence vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je ne suis pas le seul médecin disponible, mais nous sommes chaque jour moins nombreux. L’Administration m’assure que l’hôpital ne fermera pas complètement… du moins pas encore. C’est ce « pas encore » qui m’inquiète. Je l’entends trop souvent. Les gens se montrent évasifs quant à l’avenir ; peut-être l’avez-vous remarqué, vous aussi. J’ai l’impression qu’ils ne savent pas plus que nous ce qui va se passer. Mais ils semblent attendre quelque chose. Comme un changement radical. Un bouleversement.
— Il n’y a pas besoin d’être extralucide pour s’en rendre compte, intervint Jacopetti. Il y a le feu dans la baraque, si vous voulez mon avis.
— Pas forcément, répondit Abby Cushman. Ça pourrait être le feu, mais ça pourrait être aussi une inondation ou un tremblement de terre. On ne connaît pas la nature du problème… n’est-ce pas ce que vous vouliez dire, docteur Wheeler ?
— Exactement. Le mieux que nous puissions faire est d’envisager certains plans d’action. Il va sans dire que nous souhaiterons maintenir autant que faire se peut une certaine qualité de vie à Buchanan, et je pense que nous devrons nous préparer à une éventuelle cessation d’activité de la compagnie de téléphone ou à une interruption de l’approvisionnement alimentaire, entre autres.
Makepeace, le conseiller municipal, parut sceptique.
— Et en quoi cela relève-t-il de notre responsabilité ? Ça n’a pas de sens. Si les… les « autres » ne peuvent assurer les services de base, n’en souffriront-ils pas avec nous ?
Tom Kindle leva la main.
— Faites appel à votre imagination, monsieur… Makepeace, c’est ça ? Ce n’est pas comme si ces gens s’étaient tous brusquement convertis à une nouvelle religion – encore que c’est peut-être le cas aussi. Ils sont physiquement différents. Ils ont des trucs qui vivent en eux. Allez comprendre ce que ça veut dire. D’ici à l’été prochain, ils seront peut-être tous transformés en pierre, ou bien ils se nourriront d’air et de soleil, ou ils émigreront au Canada, qui sait ?
— Et puis n’oublions pas ces choses, dit Miriam Flett.
Sa voix, songea Matt, était aussi grinçante qu’une fausse note de violon, et forçait la même attention.
— Oui, ces choses qu’on a vues à la télévision. Les Serveurs, comme ils disent, même s’ils ressemblent à des robots morts, pour moi… L’un d’eux va sans doute venir à Buchanan.
— Mon Dieu, ne m’en parlez pas, dit Abby Cushman. J’en ai la chair de poule rien que d’y penser. J’ai eu un coup de fil de mon cousin, à New York. Il en a vu un sur la I-90, qui se dirigeait vers Utica à environ soixante à l’heure. Il glissait à trente centimètres au-dessus de la route, on aurait dit un as de pique de deux mètres cinquante, d’après lui, et les voitures s’écartaient comme la mer Rouge autour de lui.
— Tom a raison, dit Matt, s’efforçant de remettre la conversation sur ses rails. Tout peut arriver, et je crois indispensable que nous établissions une sorte de plan d’urgence. Voici les domaines qui me préoccupent en priorité.
La salle était équipée d’un tableau vert. Matt y inscrivit quatre catégories :