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Basilica [The Memory of Earth - fr]

Электронная книга - «Basilica [The Memory of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

Basilica est une ville dirigée par les femmes, dans laquelle culture et tradition sont les maîtres mots. Les hommes ne peuvent y résider que sur l’invitation expresse de leurs compagnes. C’est pourtant l’un deux, volemak, qui reçoit de surâme, l’ordinateur-dieu veillant au bien-être du monde, une vision d’apocalypse : Basilica, et, au-delà toute la planète Harmonie, sont sur le point de disparaître dans un déluge de feu. Mais à cause de quoi ? Ou de qui ? Alors que les tensions politiques grandissent entre les différentes factions de Basilica, Nafai, le benjamin de Volemak, s’efforce d’aider son père dans la quête de la vérité. Mais il semblerait que Surâme ait d’autres ambitions pour l’adolescent…
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« Ne crains pas qu’il t’accompagne au bord de l’eau, dit la femme.

— Qui ça ?

— Surâme veut que tu le gardes en vie, quel que soit le danger. Il n’est pas sacrilège d’obéir à Surâme.

— Mais de qui parlez-vous donc ? » demanda encore Luet. Cette confusion, cette terreur d’avoir à décoder l’énigme que constituaient ces mots, sous peine d’une perte affreuse… était-ce donc ce que ressentaient les gens face à ses propres visions ?

« Tu penses que toutes les visions doivent te venir, à toi, dit la sainte femme. Mais certaines choses sont trop claires pour que tu les voies toi-même. Hein ? »

Ce n’est pas du tout ce que je pense, sainte femme, se dit Luet. Je n’ai jamais demandé de visions, et je regrette souvent que d’autres ne les reçoivent pas à ma place. Mais si tu veux absolument me délivrer un message, aie au moins la décence de le rendre aussi compréhensible que possible. Moi, en tout cas, c’est ce que je m’efforce de faire.

Luet, tout en essayant de garder un ton neutre, ne put résister au besoin de demander une réponse claire : « Qui est cet homme dont vous me parlez depuis tout à l’heure ? »

La femme la gifla durement. Luet sentit les larmes lui monter aux yeux, des larmes d’humiliation autant que de douleur. « Mais qu’est-ce que j’ai fait ?

— Je t’ai punie maintenant pour la profanation que tu feras plus tard, répondit la femme. C’est fait, et personne ne peut exiger que tu payes encore. »

Luet n’osa pas poser d’autres questions ; la réponse n’était pas de son goût. En revanche, elle dévisagea la femme : était-ce de la compréhension qu’on lisait dans ses yeux ? Ou bien de la folie ? Exprimait-elle vraiment la voix de Surâme ? Ah, tout serait tellement plus simple si elle était folle !

La vieille femme tendit de nouveau la main vers la joue de Luet, qui recula un peu. Mais cette fois, le geste fut doux, et la femme essuya une larme sous son œil. « N’aie pas peur du sang qu’il a sur les mains. Surâme le recevra comme une prière, à l’instar de l’eau de la vision. »

Soudain, le visage de la sainte femme devint flasque et las, et ses yeux perdirent leur éclat. « Oh ! quel froid sans pareil, dit-elle.

— Oui.

— Je suis beaucoup trop vieille. »

Ses cheveux n’étaient même pas grisonnants, mais Luet songea que, en effet, elle était vieille, très vieille.

« Et tout se dépareille, reprit la sainte femme. Et l’or et le vermeil. Qu’on le vole ou le paye. »

C’était une rimeuse. Beaucoup de gens le croyaient, quand une sainte femme se mettait à rimer, c’était Surâme qui parlait par sa bouche. Mais maintenant Luet savait qu’ils se trompaient : ces mots rimés composaient une espèce de musique, la voix de la transe qui permettait à certaines saintes femmes de s’abstraire de leur vie morne et misérable. Par contre, quand elles cessaient leur rimaillage, il y avait une chance pour que leurs paroles prennent un sens.

La femme commençait à s’éloigner, comme si elle avait oublié la présence de Luet. Elle semblait ne plus savoir où était son abri ; Luet la prit par la main, la ramena vers son coin, puis l’encouragea à s’asseoir et à se blottir contre le mur qui la protégeait du vent. « Enfin abritée ! souffla la sainte femme. Comme ils ont péché ! »

Luet l’abandonna à son sort et s’en fut dans la nuit. La lune s’était élevée et dispensait une lumière plus vive qui pourtant ne la réconforta pas. La sainte femme était inoffensive, mais elle avait rappelé à Luet tous les rôdeurs qui se cachaient peut-être parmi les ombres, et à quel point elle était vulnérable. On parlait d’hommes qui traitaient les citoyennes comme la loi leur permettait de le faire avec les saintes femmes. Mais ce n’était pas là sa pire crainte.

Le meurtre règne dans cette cité, songea Luet. Le meurtre, non la sainteté, et c’est Gaballufix qui l’y a introduit. Sans la vision et l’avertissement de Surâme, des hommes de bien seraient morts. Elle revit la gorge tranchée de son rêve, et un frisson la parcourut de nouveau.

Enfin, elle parvint là où la route Sainte s’élargissait, puis s’encaissait en descendant dans la vallée ; des marches usées, taillées dans la roche, menaient tout droit là où des vapeurs légèrement soufrées montaient du lac bouillant. Les femmes qui choisissaient d’y rendre leur culte gardaient ensuite cette odeur plusieurs jours. C’était peut-être une odeur sacrée, mais Luet la trouvait excessivement désagréable et elle ne faisait jamais ses dévotions à cet endroit. Elle préférait se rendre là où les eaux chaudes et froides se mêlaient, il s’en dégageait la brume la plus épaisse, et des courants de températures différentes tourbillonnaient autour d’elle. Là, son corps dansait sur l’eau, dépourvu de volonté, et elle pouvait s’abandonner totalement à Surâme.

De qui parlait donc la sainte femme ? Qui était l’homme aux mains couvertes de sang, l’homme qu’elle avait le droit d’emmener près de l’eau – l’eau du lac, sans doute ?

Mais non, il n’y avait sûrement rien de tel. La sainte femme était une folle, et ses paroles n’avaient aucun sens.

Luet ne connaissait qu’un seul homme aux mains couvertes de sang, et c’était Gaballufix. Comment Surâme pourrait-elle vouloir qu’un homme pareil s’approchât du lac ? Un jour viendrait-il où Luet devrait lui sauver la vie ? Comment un tel événement cadrerait-il avec les buts de Surâme ?

Elle tourna à gauche dans la rue de la Tour, puis à droite dans celle de la Pluie, dont elle suivit la courbe jusqu’à la maison de Rasa. Et voilà, elle était rentrée, saine et sauve, naturellement : Surâme l’avait protégée, parce qu’elle avait encore d’autres projets pour elle. C’était un grand soulagement pour Luet, car sa propre mère avait dit en remettant son nourrisson à Rasa : « Cette enfant ne vivra qu’aussi longtemps qu’elle servira la Mère des Mères. » Eh bien, la Mère des Mères l’avait une nouvelle fois préservée du danger.

Luet avait cru pouvoir rentrer chez tante Rasa sans réveiller quiconque, mais le nouveau climat de peur qui régnait sur la cité avait changé jusqu’à la maison maîtresse de Basilica : la porte d’entrée était fermée de l’intérieur. Avec l’espoir de ne pas se faire remarquer, elle chercha une fenêtre ouverte et s’aperçut soudain, et seulement à cet instant, que les fenêtres donnant sur la rue ne servaient qu’à laisser entrer l’air et la lumière. C’étaient des fentes verticales pratiquées dans le mur, gravées ou sculptées de dessins délicats, mais étroites au point d’interdire même le passage de la tête et des épaules d’un enfant.

Ce n’est pas la première fois que Basilica connaît la peur, se dit-elle. La maison est conçue pour que personne ne puisse y entrer subrepticement. Il s’agissait d’une protection contre les cambrioleurs, bien entendu ; mais le but premier de ce genre de fenêtres était peut-être d’empêcher les prétendants et les compagnons déchus de pénétrer par la force dans une maison qu’ils avaient fini par considérer comme la leur.

Malgré sa frêle silhouette, Luet ne parvint pas à forcer le passage. Et pas question de passer par les côtés, puisque les maisons voisines s’appuyaient aux épais murs de pierre de la résidence de Rasa.

Comment n’avait-elle pas deviné que rentrer serait beaucoup plus difficile que sortir ? Elle était partie après la tombée de la nuit, bien sûr, mais bien avant que le tumulte de la journée ne se soit apaisé dans la maison ; Hushidh était au courant de sa mission et avait promis d’empêcher qu’on découvre son absence. Mais ni l’une ni l’autre n’avait pensé à prévoir le retour de Luet ; et surtout, tante Rasa n’avait encore jamais verrouillé la porte d’entrée. Enfin, quand Surâme avait endormi le garde à la sortie de la cité, puis l’avait éloigné au retour, Luet avait supposé qu’elle lui ouvrait le chemin.

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