Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
À ces paroles de Scheich Ibrahim, Noureddin et la belle Persienne firent un grand éclat de rire, et ils continuèrent de se réjouir, de rire et de boire jusqu’à près de minuit. Environ ce temps-là, la belle Persienne s’avisa que la table n’était éclairée que d’une chandelle: «Scheich Ibrahim, dit-elle au bon vieillard de concierge, vous ne nous avez apporté qu’une chandelle, et voilà tant de belles bougies! Faites-nous, je vous prie, le plaisir de les allumer, que nous y voyions clair.»
Scheich Ibrahim usa de la liberté que donne le vin lorsqu’on en a la tête échauffée, et afin de ne pas interrompre un discours dont il entretenait Noureddin: «Allumez-les vous-même, dit-il à cette belle personne; cela convient mieux à une jeunesse comme vous; mais prenez garde de n’en allumer que cinq ou six, et pour cause; cela suffira.» La belle Persienne se leva, alla prendre une bougie, qu’elle vint allumer à la chandelle qui était sur la table, et elle alluma les quatre-vingts bougies, sans s’arrêter à ce que Scheich Ibrahim lui avait dit.
Quelque temps après, pendant que Scheich Ibrahim entretenait la belle Persienne sur un autre sujet, Noureddin à son tour le pria de vouloir bien allumer quelques lustres. Sans prendre garde que toutes les bougies étaient allumées: «Il faut, reprit Scheich Ibrahim, que vous soyez bien paresseux ou que vous ayez moins de vigueur que moi, si vous ne pouvez les allumer vous-même. Allez, allumez-les; mais n’en allumez que trois.» Au lieu de n’en allumer que ce nombre, il les alluma tous et ouvrit les quatre-vingts fenêtres, à quoi Scheich Ibrahim, attaché à s’entretenir avec la belle Persienne, ne fit pas de réflexion.
Le calife Haroun Alraschid n’était pas encore retiré alors. Il était dans un salon de son palais, qui avançait jusqu’au Tigre, et qui avait vue du côté du jardin et du pavillon des peintures. Par hasard, il ouvrit une fenêtre de ce côté-là, et il fut extrêmement étonné de voir le pavillon tout illuminé, et d’autant plus, qu’à la grande clarté, il crut d’abord que le feu était dans la ville. Le grand vizir Giafar était encore avec lui, et il n’attendait que le moment que le calife se retirât pour retourner chez lui. Le calife l’appela dans une grande colère. «Vizir négligent, s’écria-t-il, viens là, approche-toi; regarde le pavillon des peintures, et dis-moi pourquoi il est illuminé à l’heure qu’il est, que je n’y suis pas.»
Le grand vizir trembla de frayeur à cette nouvelle, de crainte qu’il eut que cela ne fût. Il s’approcha, et trembla davantage dès qu’il eut vu que ce que le calife lui avait dit était vrai. Il fallait cependant un prétexte pour l’apaiser: «Commandeur des croyants, lui dit-il, je ne puis dire autre chose là-dessus à Votre Majesté, sinon qu’il y a quatre ou cinq jours que Scheich Ibrahim vint se présenter à moi; il me témoigna qu’il avait dessein de faire une assemblée des ministres de sa mosquée pour une certaine cérémonie qu’il était bien aise de faire sous l’heureux règne de Votre Majesté. Je lui demandai ce qu’il souhaitait que je fisse pour son service en cette rencontre; sur quoi il me supplia d’obtenir de Votre Majesté qu’il lui fût permis de faire l’assemblée et la cérémonie dans le pavillon. Je le renvoyai en lui disant qu’il le pouvait faire, et que je ne manquerais pas d’en parler à Votre Majesté: je lui demande pardon de l’avoir oublié. Scheich Ibrahim apparemment, poursuivit-il, a choisi ce jour pour la cérémonie, et en régalant les ministres de sa mosquée, il a voulu sans doute leur donner le plaisir de cette illumination.
«- Giafar, reprit le calife d’un ton qui marquait qu’il était un peu apaisé, selon ce que tu viens de me dire, tu as commis trois fautes qui ne sont point pardonnables: la première, d’avoir donné à Scheich Ibrahim la permission de faire cette cérémonie dans mon pavillon: un simple concierge n’est pas un officier assez considérable pour mériter tant d’honneur; la seconde, de ne m’en avoir point parlé; et la troisième, de n’avoir pas pénétré dans la véritable intention de ce bon homme. En effet, je suis persuadé qu’il n’en a pas eu d’autre que de voir s’il n’obtiendrait pas une gratification pour l’aider à faire cette dépense. Tu n’y as pas songé, et je ne lui donne pas le tort de se venger de ne l’avoir pas obtenue par la dépense plus grande de cette illumination.»
Le grand vizir Giafar, joyeux de ce que le calife prenait la chose sur ce ton, se chargea avec plaisir des fautes qu’il venait de lui reprocher, et il avoua franchement qu’il avait tort de n’avoir pas donné quelques pièces d’or à Scheich Ibrahim. «Puisque cela est ainsi, ajouta le calife en souriant, il est juste que tu sois puni de ces fautes, mais la punition en sera légère: c’est que tu passeras le reste de la nuit, comme moi, avec ces bonnes gens, que je suis bien aise de voir. Pendant que je vais prendre un habit de bourgeois, va te déguiser de même avec Mesrour, et venez tous deux avec moi.» Le vizir Giafar voulut lui représenter qu’il était tard et que la compagnie se serait retirée avant qu’il fût arrivé; mais il repartit qu’il voulait y aller absolument. Comme il n’était rien de ce que le vizir lui avait dit, le vizir fut au désespoir de cette résolution; mais il fallait obéir et ne pas répliquer.
le calife sortit donc de son palais, déguisé en bourgeois, avec le grand vizir Giafar et Mesrour, chef des eunuques, et marcha par les rues de Bagdad jusqu’à ce qu’il arrivât au jardin. La porte était ouverte par la négligence de Scheich Ibrahim, qui avait oublié de la fermer en revenant d’acheter du vin. Le calife en fut scandalisé. «Giafar, dit-il au grand vizir, que veut dire que la porte est ouverte à l’heure qu’il est? Serait-il possible que ce fût la coutume de Scheich Ibrahim de la laisser ainsi ouverte la nuit? J’aime mieux croire que l’embarras de sa fête lui a fait commettre cette faute.»
Le calife entra dans le jardin, et quand il fut arrivé au pavillon, comme il ne voulait pas monter au salon avant de savoir ce qui s’y passait, il consulta avec le grand vizir s’il ne devait pas monter sur un des arbres qui en étaient le plus près pour s’en éclaircir. Mais en regardant la porte du salon, le grand vizir s’aperçut qu’elle était entr’ouverte et l’en avertit. Scheich Ibrahim l’avait laissée ainsi lorsqu’il s’était laissé persuader d’entrer et de tenir compagnie à Noureddin et à la belle Persienne.
Le calife abandonna son premier dessein, il monta à la porte du salon sans faire de bruit, et la porte était entr’ouverte, de manière qu’il pouvait voir ceux qui étaient dedans sans être vu. Sa surprise fut des plus grandes quand il eut aperçu une dame d’une beauté sans égale et un jeune homme des mieux faits avec Scheich Ibrahim, assis à table avec eux. Scheich Ibrahim tenait la tasse à la main: «Ma belle dame, disait-il à la belle Persienne, un bon buveur ne doit jamais boire sans chanter la chansonnette auparavant. Faites-moi l’honneur de m’écouter, en voici une des plus jolies.»
Scheich Ibrahim chanta, et le calife en fut d’autant plus étonné qu’il avait ignoré jusqu’alors qu’il bût du vin, et qu’il l’avait cru un homme sage et posé, comme il le lui avait toujours paru. Il s’éloigna de la porte avec la même précaution qu’il s’en était approché, et vint au grand vizir Giafar, qui était sur l’escalier, quelques degrés au-dessous du perron: «Monte, lui dit-il, et vois si ceux qui sont là-dedans sont des ministres de mosquée, comme tu as voulu me le faire croire.»
Du ton dont le calife prononça ces paroles, le grand vizir connut fort bien que la chose allait mal pour lui. Il monta, et en regardant par l’ouverture de la porte, il trembla de frayeur pour sa personne quand il eut vu les mêmes trois personnes dans la situation et dans l’état où elles étaient. Il revint au calife tout confus et il ne sut que lui dire. «Quel désordre, lui dit le calife, que des gens aient la hardiesse de venir se divertir dans mon jardin et dans mon pavillon! que Scheich Ibrahim leur donne entrée, les souffre, et se divertisse avec eux! Je ne crois pas néanmoins que l’on puisse voir un jeune homme et une jeune dame mieux faits et mieux assortis. Avant de faire éclater ma colère, je veux m’éclaircir davantage et savoir qui ils peuvent être et à quelle occasion ils sont ici.» Il retourna à la porte pour les observer encore, et le vizir, qui le suivit, demeura derrière lui pendant qu’il avait les yeux sur eux. Ils entendirent l’un et l’autre que Scheich Ibrahim disait à la belle Persienne: «Mon aimable dame, y a-t-il quelque chose que vous puissiez souhaiter pour rendre notre joie de cette soirée plus accomplie? – Il me semble, reprit la belle Persienne, que tout irait, bien si vous aviez ici un instrument dont je pusse jouer, et que vous voulussiez me l’apporter. – Madame, reprit Scheich Ibrahim, savez-vous jouer du luth? – Apportez, lui dit la belle Persienne, je vous le ferai voir.»