Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
Hagi Hassan n’avait pas achevé ces paroles, que Noureddin s’était saisi de la belle Persienne. Il la tira à lui, et en lui donnant un soufflet: «Venez çà, impertinente, lui dit-il assez haut pour être entendu de tout le monde, et revenez chez moi. Votre méchante humeur m’avait bien obligé de faire serment de vous amener au marché, mais non pas de vous vendre. J’ai encore besoin de vous, et je serai à temps d’en venir à cette extrémité quand il ne me restera plus autre chose.»
Le vizir Saouy fut dans une grande colère de cette action de Noureddin: «Misérable débauché, s’écria-t-il, veux-tu me faire accroire qu’il te reste autre chose à vendre que ton esclave?» Il poussa son cheval en même temps droit à lui pour lui enlever la belle Persienne. Noureddin, piqué au vif de l’affront que le vizir lui faisait, ne fit que lâcher la belle Persienne et lui dire de l’attendre, et en se jetant sur la bride du cheval, il le fit reculer trois ou quatre pas en arrière. «Méchant barbon, dit-il alors au vizir, je te ravirais l’âme sur l’heure si je n’étais retenu par la considération de tout le monde que voilà.»
Comme le vizir Saouy n’était aimé de personne, et qu’au contraire il était haï de tout le monde, il n’y en avait pas un de tous ceux qui étaient présents qui n’eût été ravi que Noureddin l’eût un peu mortifié. Ils lui témoignèrent par signes et lui firent comprendre qu’il pouvait se venger comme il lui plairait, et que personne ne se mêlerait de leur querelle.
Saouy voulut faire un effort pour obliger Noureddin de lâcher la bride de son cheval; mais Noureddin, qui était un jeune homme fort et puissant, enhardi par la bienveillance des assistants, le tira à bas du cheval au milieu du ruisseau, lui donna mille coups, et lui mit la tête en sang contre le pavé. Dix esclaves qui accompagnaient Saouy voulurent tirer le sabre et se jeter sur Noureddin, mais les marchands se mirent au-devant et les empêchèrent. «Que prétendez-vous faire? leur dirent-ils; ne voyez-vous pas que si l’un est vizir, l’autre est fils de vizir? Laissez-les vider leur différend entre eux: peut-être se raccommoderont-ils un de ces jours; et si vous aviez tué Noureddin, croyez-vous que votre maître, tout puissant qu’il est, pût vous garantir de la justice?» Noureddin se lassa enfin de battre le vizir Saouy; il le laissa au milieu du ruisseau, reprit la belle Persienne, et retourna chez lui au milieu des acclamations du peuple, qui le louait de l’action qu’il venait de faire.
Saouy, meurtri de coups, se releva à l’aide de ses gens avec bien de la peine, et il eut la dernière mortification de se voir tout gâté de fange et de sang. Il s’appuya sur les épaules de deux de ses esclaves, et dans cet état il alla droit au palais, à la vue de tout le monde, avec une confusion d’autant plus grande que personne ne le plaignait. Quand il fut sous l’appartement du roi, il se mit à crier et à implorer sa justice d’une manière pitoyable. Le roi le fit venir, et dès qu’il parut il lui demanda qui l’avait maltraité et mis dans l’état où il était. «Sire, s’écria Saouy, il ne faut qu’être bien dans la faveur de Votre Majesté, et avoir quelque part à ses sacrés conseils, pour être traité de la manière indigne dont elle voit qu’on vient de me traiter.
– Laissons là ces discours, reprit le roi, et dites-moi seulement la chose comme elle est, et qui est l’offenseur; je saurai bien le faire repentir s’il a tort.
«- Sire, dit alors Saouy en racontant la chose tout à son avantage, j’étais allé au marché des femmes esclaves pour acheter moi-même une cuisinière dont j’ai besoin; j’y suis arrivé, et j’ai trouvé qu’on y criait une esclave à quatre mille pièces d’or. Je me suis fait amener l’esclave; c’est la plus belle qu’on ait vue et qu’on puisse jamais voir: je ne l’ai pas eu plus tôt considérée avec une satisfaction extrême, que j’ai demandé à qui elle appartenait, et j’ai appris que Noureddin, fils du feu vizir Khacan, voulait la vendre.
«Votre Majesté se souvient, sire, d’avoir fait compter dix mille pièces d’or à ce vizir, il y a deux ou trois ans, et de l’avoir chargé de vous acheter une esclave pour cette somme. Il l’avait employée à acheter celle-ci; mais, au lieu de l’amener à Votre Majesté, il ne l’en jugea pas digne, il en fit présent à son fils. Depuis la mort du père, le fils a bu, mangé et dissipé tout ce qu’il avait, et il ne lui est resté que cette esclave, qu’il s’était enfin résolu de vendre, et que l’on vendait en effet en son nom. Je l’ai fait venir, et, sans lui parler de la prévarication ou plutôt de la perfidie de son père envers Votre Majesté: «Noureddin, lui ai-je dit le plus honnêtement du monde, les marchands, comme je l’apprends, ont mis d’abord votre esclave à quatre mille pièces d’or. Je ne doute pas qu’à l’envie l’un de l’autre, ils ne la fassent monter à un prix beaucoup plus haut; croyez-moi, donnez-la-moi pour les quatre mille, et je vais l’acheter pour en faire un présent au roi, notre seigneur et maître, à qui j’en ferai bien votre cour. Cela vous vaudra infiniment plus que ce que les marchands pourraient vous en donner.»
«Au lieu de répondre en me rendant honnêteté pour honnêteté, l’insolent m’a regardé fièrement: «Méchant vieillard, m’a-t-il dit, je donnerais mon esclave à un juif pour rien plutôt que de te la vendre. – Mais, Noureddin, ai-je repris sans m’échauffer, quoique j’en eusse un grand sujet, vous ne considérez pas, quand vous parlez ainsi, que vous faites injure au roi, qui a fait votre père ce qu’il était, aussi bien qu’il m’a fait ce que je suis.»
«Cette remontrance, qui devait l’adoucir, n’a fait que l’irriter davantage. Il s’est jeté aussitôt sur moi comme un furieux, sans aucune considération de mon âge, encore moins de ma dignité, m’a jeté à bas de mon cheval, m’a frappé tout le temps qu’il lui a plu, et m’a mis en l’état où Votre Majesté me voit. Je la supplie de considérer que c’est pour ses intérêts que je souffre un affront si signalé.» En achevant ces paroles, il baissa la tête et se tourna de côté pour laisser couler ses larmes en abondance.
Le roi, abusé, et animé contre Noureddin par ce discours plein d’artifice, laissa paraître sur son visage des marques d’une grande colère. Il se tourna du côté de son capitaine des gardes, qui était auprès de lui: «Prenez quarante hommes de ma garde, lui dit-il, et quand vous aurez mis la maison de Noureddin au pillage, et que vous aurez donné des ordres pour la raser, amenez-le-moi avec son esclave.»
Le capitaine des gardes n’était pas encore hors de l’appartement du roi, qu’un huissier de la chambre, qui entendit donner cet ordre, avait déjà pris le devant. Il s’appelait Sangiar, et il avait été autrefois esclave du vizir Khacan, qui l’avait introduit dans la maison du roi, où il s’était avancé par degrés.
Sangiar, plein de reconnaissance pour son ancien maître et de zèle pour Noureddin, qu’il avait vu naître, et qui connaissait depuis longtemps la haine de Saouy contre la maison de Khacan, n’avait pu entendre l’ordre sans frémir. «L’action de Noureddin, dit-il en lui-même, ne peut pas être aussi noire que Saouy l’a raconté; il a prévenu le roi, et le roi va faire mourir Noureddin sans lui donner le temps de se justifier.» Il fit une diligence si grande qu’il arriva assez à temps pour l’avertir de ce qui venait de se passer chez le roi, et lui donner lieu de se sauver avec la belle Persienne. Il frappa à la porte d’une manière qui obligea Noureddin, qui n’avait plus de domestique il y avait longtemps, de venir ouvrir lui-même sans différer. «Mon cher seigneur, lui dit Sangiar, il n’y a plus de sûreté pour vous à Balsora: partez et sauvez-vous sans perdre un moment.