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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Noureddin se leva en témoignant à Scheich Ibrahim combien il lui était obligé de son honnêteté, et entra dans le jardin avec la belle Persienne. Scheich Ibrahim ferma la porte, et, en marchant devant eux, il les mena en un endroit d’où ils virent à peu près la disposition, la grandeur et la beauté du jardin d’un coup d’œil.

Noureddin avait vu d’assez beaux jardins à Balsora, mais il n’en avait pas encore vu de comparables à celui-ci. Quand il eut bien tout considéré et qu’il se fut promené dans quelques allées, il se tourna du côté du concierge, qui l’accompagnait, et lui demanda comment il s’appelait. Dès qu’il lui eut répondu qu’il s’appelait Scheich Ibrahim: «Scheich Ibrahim, lui dit-il, il faut avouer que voici un jardin merveilleux: Dieu vous y conserve longtemps! Nous ne pouvons assez vous remercier de la grâce que vous nous avez faite de nous faire voir un lieu si digne d’être vu. Il est juste que nous vous en témoignions notre reconnaissance par quelque endroit. Tenez, voilà deux pièces d’or; je vous prie de nous faire chercher quelque chose pour manger, que nous nous réjouissions ensemble.»

À la vue des deux pièces d’or, Scheich Ibrahim, qui aimait fort ce métal, sourit en sa barbe; il les prit, et en laissant Noureddin et la belle Persienne pour aller faire la commission, car il était seuclass="underline" «Voilà de bonnes gens, dit-il en lui-même avec bien de la joie; je me serais fait un grand tort à moi-même si j’eusse eu l’imprudence de les maltraiter et de les chasser. Je les régalerai en princes avec la dixième partie de cet argent, et le reste me demeurera pour ma peine.»

Pendant que Scheich Ibrahim alla acheter de quoi souper, autant pour lui que pour ses hôtes, Noureddin et la belle Persienne se promenèrent dans le jardin et arrivèrent au pavillon des peintures, qui était au milieu. Ils s’arrêtèrent d’abord à contempler sa structure admirable, sa grandeur et sa hauteur; et après qu’ils en eurent fait le tour en le regardant de tous les côtés, ils montèrent à la porte du salon par un escalier de beau marbre blanc; mais ils la trouvèrent fermée.

Noureddin et la belle Persienne ne faisaient que de descendre l’escalier lorsque Scheich Ibrahim arriva chargé de vivres. «Scheich Ibrahim, lui dit Noureddin avec étonnement, ne nous avez-vous pas dit que ce jardin vous appartient? – Je l’ai dit, reprit Scheich Ibrahim, et je le dis encore: pourquoi me faites-vous cette demande? – Et ce superbe pavillon, repartit Noureddin, est-il à vous aussi?» Scheich Ibrahim ne s’attendait pas cette autre demande, et il en parut un peu interdit. «Si je dis qu’il n’est pas à moi, dit-il en lui-même, ils me demanderont aussitôt comment il se peut faire que je sois maître du jardin et que je ne le sois pas du pavillon.» Comme il avait bien voulu feindre que le jardin était à lui, il feignit la même chose à l’égard du pavillon: «Mon fils, repartit-il, le pavillon ne va pas sans le jardin, l’un et l’autre m’appartiennent. – Puisque cela est, reprit alors Noureddin, et que vous voulez bien que nous soyons vos hôtes cette nuit, faites-nous, je vous en supplie, la grâce de nous en faire voir le dedans: à juger du dehors, il doit être d’une magnificence extraordinaire.»

Il n’eût pas été honnête à Scheich Ibrahim de refuser à Noureddin la demande qu’il faisait, après les avances qu’il avait déjà faites. Il considéra de plus que le calife n’avait pas envoyé l’avertir comme il avait coutume, et ainsi qu’il ne viendrait pas ce soir-là, et qu’il pouvait même y faire manger ses hôtes et manger lui-même avec eux. Il posa les vivres qu’il avait apportés sur le premier degré de l’escalier, et alla chercher la clef dans le logement où il demeurait. Il revint avec de la lumière et il ouvrit la porte.

Noureddin et la belle Persienne entrèrent dans le salon, et ils le trouvèrent si surprenant, qu’ils ne pouvaient se lasser d’en admirer la beauté et la richesse. En effet, sans parler des peintures, les sofas étaient magnifiques, et avec les lustres qui pendaient à chaque fenêtre, il y avait encore entre chaque croisée un bras d’argent, chacun avec sa bougie. Et Noureddin ne put voir tous ces objets sans se ressouvenir de la splendeur dans laquelle il avait vécu, et sans en soupirer.

Scheich Ibrahim, cependant, apporta les vivres, prépara la table sur un sofa, et quand tout fut prêt, Noureddin, la belle Persienne et lui s’assirent et mangèrent ensemble. Quand ils eurent achevé et qu’ils eurent lavé leurs mains, Noureddin ouvrit une fenêtre et appela la belle Persienne: «Approchez, lui dit-il, et admirez avec moi la belle vue et la beauté du jardin au clair de lune qu’il fait: rien n’est plus charmant.» Elle s’approcha, et ils jouirent ensemble de ce spectacle pendant que Scheich Ibrahim ôtait la table.

Quand Scheich Ibrahim eut fait et qu’il fut venu rejoindre ses hôtes, Noureddin lui demanda s’il n’avait pas quelque boisson dont il voulût bien les régaler. «Quelle boisson voudriez-vous? reprit Scheich Ibrahim. Est-ce du sorbet? J’en ai du plus exquis; mais vous savez bien, mon fils, qu’on ne boit pas le sorbet après souper.

«- Je le sais bien, repartit Noureddin; ce n’est pas aussi du sorbet que nous vous demandons, c’est une autre boisson: je m’étonne que vous ne m’entendiez pas. – C’est donc du vin que vous voulez parler? répliqua Scheich Ibrahim. – Vous l’avez deviné, lui dit Noureddin; si vous en avez, obligez-nous de nous en apporter une bouteille. Vous savez qu’on en boit après souper pour passer le temps jusqu’à ce qu’on se couche.

«- Dieu me garde d’avoir du vin chez moi, s’écria Scheich Ibrahim, et même d’approcher d’un lieu où il y en aurait! Un homme comme moi, qui a fait le pèlerinage de la Mecque quatre fois, a renoncé au vin pour toute sa vie.

«- Vous nous feriez pourtant un grand plaisir de nous en trouver, reprit Noureddin; et si cela ne vous fait pas de peine, je vais vous enseigner un moyen sans que vous entriez au cabaret, et sans que vous mettiez la main à ce qu’il contiendra. – Je le veux bien à cette condition, repartit Scheich Ibrahim; dites-moi seulement ce qu’il faut que je fasse.

«- Nous avons vu un âne attaché à l’entrée de la porte de votre jardin, dit alors Noureddin; c’est à vous apparemment, et vous devez vous en servir dans le besoin. Tenez, voilà encore deux pièces d’or; prenez l’âne avec ses paniers, et allez au premier cabaret sans vous en approcher qu’autant qu’il vous plaira; donnez quelque chose au premier passant, et priez-le d’aller jusqu’au cabaret avec l’âne, d’y prendre deux cruches de vin, que l’on mettra l’une dans un panier et l’autre, dans l’autre, et de vous ramener l’âne après qu’il aura payé le vin de l’argent que vous lui aurez donné. Vous n’aurez qu’à chasser l’âne devant vous jusqu’ici, et nous prendrons les cruches nous-mêmes dans les paniers. De cette manière, vous ne ferez rien qui doive vous faire la moindre répugnance.»

Les deux autres pièces d’or que Scheich Ibrahim venait de recevoir firent un puissant effet sur son esprit. «Ah! mon fils, s’écria-t-il quand Noureddin eut achevé, que vous l’entendez bien! Sans vous, je ne me fusse jamais avisé de ce moyen pour vous faire avoir du vin sans scrupule.» Il les quitta pour aller faire la commission, et il s’en acquitta en peu de temps. Dès qu’il fut de retour, Noureddin descendit, tira les cruches des paniers et les porta au salon.

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