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Les Mille Et Une Nuits Tome II

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Les Mille Et Une Nuits Tome II
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Le roi comprit ce que Saouy voulait lui faire entendre: «Quoi! reprit-il, ce malheureux vit encore? je croyais que tu l’eusses fait mourir. – Sire, repartit Saouy, ce n’est pas à moi qu’il appartient de faire ôter la vie à personne: c’est à Votre Majesté. – Va, répliqua le roi, fais-lui couper le cou, je t’en donne la permission. – Sire, dit alors Saouy, je suis infiniment obligé à Votre Majesté de la justice qu’elle me rend. Mais comme Noureddin m’a fait si publiquement l’affront qu’elle n’ignore pas, je lui demande en grâce de vouloir bien que l’exécution s’en fasse devant le palais, et que les crieurs aillent l’annoncer dans tous les quartiers de la ville, afin que personne n’ignore que l’offense qu’il m’a faite aura été pleinement réparée.» Le roi lui accorda ce qu’il demandait, et les crieurs, en faisant leur devoir, répandirent une tristesse générale dans toute la ville. La mémoire toute récente des vertus du père fit que personne n’apprit qu’avec indignation qu’on allait faire mourir le fils ignominieusement, à la sollicitation et par la méchanceté du vizir Saouy.

Saouy alla à la prison en personne, accompagné d’une vingtaine de ses esclaves, ministres de sa cruauté. On lui amena Noureddin, et il le fit monter sur un méchant cheval sans selle. Dès que Noureddin se vit livré entre les mains de son ennemi: «Tu triomphes, lui dit-il, et tu abuses de ta puissance; mais j’ai confiance en la vérité de ces paroles d’un de nos livres: «Vous jugez injustement, et dans peu vous serez jugés vous-mêmes.» Le vizir Saouy, qui triomphait véritablement en lui-même: «Quoi! insolent, reprit-il, tu oses m’insulter encore! Va, je te le pardonne; il arrivera ce qu’il pourra, pourvu que je t’aie vu couper le cou à la vue de tout Balsora. Tu dois savoir aussi ce que dit un autre de nos livres: «Qu’importe de mourir le lendemain de la mort de son ennemi?»

Ce ministre, implacable dans sa haine et dans son inimitié, environné d’une partie de ses esclaves armés, fit conduire Noureddin devant lui par les autres, et prit le chemin du palais. Le peuple fut sur le point de se jeter sur lui, et il l’eût lapidé si quelqu’un eût commencé de donner l’exemple. Quand il l’eut mené jusqu’à la place du palais, à la vue de l’appartement du roi, il le laissa entre les mains du bourreau, et il alla se rendre près du roi, qui était déjà dans son cabinet, prêt à repaître ses yeux avec lui du sanglant spectacle qui se préparait.

La garde du roi et les esclaves du vizir Saouy, qui faisaient un grand cercle autour de Noureddin, eurent beaucoup de peine à contenir la populace, qui faisait tous les efforts possibles, mais inutilement, pour les forcer, les rompre, et l’enlever. Le bourreau s’approcha de lui: «Seigneur, lui dit-il, je vous supplie de me pardonner votre mort; je ne suis qu’un esclave, et je ne puis me dispenser de faire mon devoir; à moins que vous n’ayez besoin de quelque chose, mettez-vous, s’il vous plaît, en état: le roi va me commander de frapper.»

Dans ce moment si crueclass="underline" «Quelque personne charitable, dit le désolé Noureddin en tournant la tête à droite et à gauche, ne voudrait-elle pas m’apporter de l’eau pour étancher ma soif?» On en apporta un vase à l’instant, que l’on fit passer jusqu’à lui de main en main. Le vizir Saouy, qui s’aperçut de ce retardement, cria au bourreau, de la fenêtre du cabinet du roi où il était.: «Qu’attends-tu? frappe.» À ces paroles barbares et pleines d’inhumanité, toute la place retentit de vives imprécations contre lui, et le roi, jaloux de son autorité, n’approuva pas cette hardiesse en sa présence, comme il le fit paraître en criant que l’on attendît. Il en eut une autre raison: c’est qu’en ce moment il leva les yeux vers une grande rue qui était devant lui et qui aboutissait à la place, et qu’il aperçut au milieu une troupe de cavaliers qui accouraient à toute bride. «Vizir, dit-il aussitôt à Saouy, qu’est-ce que cela? regarde.» Saouy, qui se douta de ce que ce pouvait être, pressa le roi de donner le signal au bourreau. «Non, reprit le roi; je veux savoir auparavant qui sont ces cavaliers.» C’était le grand vizir Giafar avec sa suite, qui venait de Bagdad, en personne, de la part du calife.

Pour savoir le sujet de l’arrivée de ce ministre à Balsora, nous remarquerons qu’après le départ de Noureddin avec la lettre du calife, le calife ne s’était pas souvenu le lendemain, ni même plusieurs jours après, d’envoyer un exprès avec la patente dont il avait parlé à la belle Persienne. Il était dans le palais intérieur, qui était celui des femmes, et, en passant devant un appartement, il entendit une très-belle voix. Il s’arrêta, et il n’eut pas plus tôt entendu quelques paroles qui marquaient de la douleur pour une absence, qu’il demanda à un officier des eunuques qui le suivait, qui était la femme qui demeurait dans l’appartement; et l’officier répondit que c’était l’esclave du jeune seigneur qu’il avait envoyé à Balsora pour être roi à la place de Mohammed Zinebi.

«Ah! pauvre Noureddin, fils de Khacan! s’écria aussitôt le calife, je t’ai bien oublié! Vite, ajouta-t-il, qu’on me fasse venir Giafar incessamment.» Ce ministre arriva. «Giafar, lui dit le calife, je ne me suis pas souvenu d’envoyer la patente pour faire reconnaître Noureddin roi de Balsora. Il n’y a pas de temps pour la faire expédier: prends du monde et des chevaux de poste, et rends-toi à Balsora en diligence. Si Noureddin n’est plus au monde, et qu’on l’ait fait mourir, fais pendre le vizir Saouy; s’il n’est pas mort, amène-le-moi avec le roi et ce vizir.»

Le grand vizir Giafar ne se donna que le temps de monter à cheval, et il partit aussitôt avec un bon nombre d’officiers de sa maison. Il arriva à Balsora de la manière et dans le temps que nous avons remarqués. Dès qu’il entra dans la place, tout le monde s’écarta pour lui faire place, en criant grâce pour Noureddin, et il entra dans le palais du même train jusqu’à l’escalier, où il mit pied à ferre.

Le roi de Balsora, qui avait reconnu le premier ministre du calife, alla au-devant de lui et le reçut à l’entrée de son appartement. Le grand vizir demanda d’abord si Noureddin vivait encore, et s’il vivait, qu’on le fît venir. Le roi répondit qu’il vivait, et donna ordre qu’on l’amenât. Comme il parut bientôt, mais lié et garrotté, il le fit délier et mettre en liberté, et commanda qu’on s’assurât du vizir Saouy et qu’on le liât des mêmes cordes.

Le grand vizir Giafar ne coucha qu’une nuit à Balsora; il repartit le lendemain, et, selon l’ordre qu’il avait, il emmena avec lui Saouy, le roi de Balsora et Noureddin. Quand il fut arrivé à Bagdad, il les présenta au calife; et après qu’il eut rendu compte de son voyage et particulièrement de l’état où il avait trouvé Noureddin, et du traitement qu’on lui avait fait par le conseil et l’animosité de Saouy, le calife proposa à Noureddin de couper lui-même la tête au vizir Saouy [7]. «Commandeur des croyants reprit Noureddin, quelque mal que m’ait fait ce méchant homme et qu’il ait tâché de faire à feu mon père, je m’estimerais le plus infâme de tous les hommes si j’avais trempé mes mains dans son sang.» Le calife lui sut bon gré de sa générosité, et il fit faire cette justice par la main du bourreau.

Le calife voulut renvoyer Noureddin à Balsora pour y régner; mais Noureddin le supplia de vouloir l’en dispenser: «Commandeur des croyants, reprit-il, la ville de Balsora me sera désormais dans une aversion si grande, après ce qui m’y est arrivé, que j’ose supplier Votre Majesté d’avoir pour agréable que je tienne le serment que j’ai fait de n’y retourner de ma vie. Je mettrais toute ma gloire à lui rendre mes services près de sa personne si elle avait la bonté de m’en accorder la grâce. Le calife le mit au nombre de ses courtisans les plus intimes, lui rendit la belle Persienne, et lui fit de si grands biens qu’ils vécurent ensemble jusqu’à la mort avec tout le bonheur qu’ils pouvaient souhaiter.

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[7] La coutume barbare de confier aux mains de la partie lésée l’exécution d’une sentence de mort est encore à présent pratiquée en Perse. (Voyez l’Histoire de la Perse, par sir John Malcolm.)

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