Les Mille Et Une Nuits Tome II
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome II». Краткое содержание книги:
«- Pourquoi cela? reprit Noureddin; qu’y a-t-il qui m’oblige si fort de partir? – Partez, vous dis-je, repartit Sangiar, et emmenez votre esclave avec vous. En deux mots, Saouy vient de faire entendre au roi, de la manière qu’il a voulu, ce qui s’est passé entre vous et lui; et le capitaine des gardes vient après moi avec quarante soldats se saisir de vous et d’elle. Prenez ces quarante pièces d’or pour vous aider à chercher un asile: je vous en donnerais davantage, si j’en avais sur moi. Excusez-moi si je ne m’arrête pas davantage; je vous laisse malgré moi, pour votre bien et pour le mien, par l’intérêt que j’ai que le capitaine des gardes ne me voie pas.» Sangiar ne donna à Noureddin que le temps de le remercier, et se retira.
Noureddin alla avertir la belle Persienne de la nécessité où ils étaient l’un et l’autre de s’éloigner dans le moment; elle ne fit que mettre son voile, et ils sortirent de la maison. Ils eurent le bonheur non-seulement de sortir de la ville sans que personne s’aperçût de leur évasion, mais même d’arriver à l’embouchure de l’Euphrate, qui n’était pas éloignée, et de s’embarquer sur un bâtiment prêt à lever l’ancre.
En effet, dans le temps qu’ils arrivèrent, le capitaine était sur le tillac au milieu des passagers: «Enfants, leur demandait-il, êtes-vous tous ici? quelqu’un de vous a-t-il encore affaire ou a-t-il oublié quelque chose à la ville?» À quoi chacun répondit qu’ils y étaient tous et qu’il pouvait faire voile quand il lui plairait. Noureddin ne fut pas plus tôt embarqué qu’il demanda où le vaisseau allait, et il fut ravi d’apprendre qu’il allait à Bagdad. Le capitaine lit lever l’ancre, mit à la voile, et le vaisseau s’éloigna de Balsora avec un vent très-favorable.
Voici ce qui se passa à Balsora pendant que Noureddin échappait à la colère du roi avec la belle Persienne:
Le capitaine des gardes arriva à la maison de Noureddin et frappa à la porte. Comme il vit que personne n’ouvrait, il la fit enfoncer, et aussitôt les soldats entrèrent en foule. Ils cherchèrent par tous les coins et recoins, et ils ne trouvèrent ni Noureddin ni son esclave. Le capitaine des gardes fit demander et demanda lui-même aux voisins s’ils ne les avaient pas vus. Quand ils les eussent vus, comme il n’y en avait pas un qui n’aimât Noureddin, il n’y en avait pas un qui eût rien dit qui pût lui faire tort. Pendant que l’on pillait et que l’on rasait sa maison, il alla porter cette nouvelle au roi. «Qu’on les cherche en quelque endroit qu’ils puissent être, dit le roi: je veux les avoir.»
Le capitaine des gardes alla faire de nouvelles perquisitions, et le roi renvoya le vizir Saouy avec honneur: «Allez, lui dit-il, retournez chez vous, et ne vous mettez pas en peine du châtiment de Noureddin: je vous vengerai moi-même de son insolence.»
Afin de mettre tout en usage, le roi fit encore crier dans toute la ville, par les crieurs publics, qu’il donnerait mille pièces d’or à celui qui lui amènerait Noureddin et son esclave, et qu’il ferait punir sévèrement celui qui les aurait cachés. Mais quelque soin qu’il prît et quelque diligence qu’il fît faire, il ne lui fut pas possible d’en avoir aucune nouvelle, et le vizir Saouy n’eut que la consolation de voir que le roi avait pris son parti.
Noureddin et la belle Persienne, cependant, avançaient et faisaient leur route avec tout le bonheur possible. Ils abordèrent enfin à Bagdad, et dès que le capitaine, joyeux d’avoir achevé son voyage, eut aperçu la ville: Enfants, s’écria-t-il en parlant aux passagers, réjouissez-vous: la voilà cette grande et merveilleuse ville, où il y a un concours général et perpétuel de tous les endroits du monde. Vous y trouverez une multitude de peuple innombrable, et vous n’y aurez pas le froid insupportable de l’hiver ni les chaleurs excessives de l’été. Vous y jouirez d’un printemps qui dure toujours, avec ses fleurs et avec les fruits délicieux de l’automne.»
Quand le bâtiment eut mouillé un peu au-dessous de la ville, les passagers se débarquèrent et se rendirent chacun où ils devaient loger. Noureddin donna cinq pièces d’or pour son passage, et se débarqua aussi avec la belle Persienne. Mais il n’était jamais venu à Bagdad, et il ne savait où aller prendre logement. Ils marchèrent longtemps le long des jardins qui bordaient le Tigre, et ils en côtoyèrent un qui était fermé d’une belle et longue muraille. En arrivant au bout, ils détournèrent par une longue rue bien pavée, où ils aperçurent la porte du jardin avec une belle fontaine auprès.
La porte, qui était très-magnifique, était fermée, avec un vestibule ouvert, où il y avait un sofa de chaque côté. «Voici un endroit fort commode, dit Noureddin à la belle Persienne; la nuit approche, et nous avons mangé avant de nous débarquer: je suis d’avis que nous y passions la nuit, et demain nous aurons le temps de chercher à nous loger. – Vous savez, seigneur, répondit la belle Persienne, que je ne veux que ce que vous voulez: ne passons pas plus outre si vous le souhaitez ainsi.» Ils burent chacun un coup à la fontaine, et montèrent sur un des deux sofas, où ils s’entretinrent quelque temps. Le sommeil les prit enfin, et ils s’endormirent au murmure agréable de l’eau.
Le jardin appartenait au calife, et il y avait au milieu un grand pavillon qu’on appelait le pavillon des peintures, à cause que son principal ornement était des peintures à la persienne, de la main de plusieurs peintres de Perse que le calife avait fait venir exprès. Le grand et superbe salon que ce pavillon formait était éclairé par quatre-vingts fenêtres avec un lustre à chacune, et les quatre-vingts lustres ne s’allumaient que lorsque le calife y venait passer la soirée, et que le temps était si tranquille qu’il n’y avait pas un souffle de vent. Ils faisaient alors une agréable illumination qu’on apercevait bien loin à la campagne, de ce côté-là, et d’une grande partie de la ville.
Il ne demeurait qu’un concierge dans ce jardin, et c’était un vieil officier fort âgé, nommé Scheich Ibrahim, qui occupait ce poste, où le calife l’avait mis lui-même par récompense. Le calife lui avait bien recommandé de n’y pas laisser entrer toute sorte de personnes, et surtout de ne pas souffrir qu’on s’assît sur les deux sofas qui étaient à la porte en dehors, afin qu’ils fussent toujours propres, et de châtier ceux qu’il y trouverait.
Une affaire avait obligé le concierge de sortir, et il n’était pas encore revenu. Il revint enfin, et il arriva assez de jour pour s’apercevoir d’abord que deux personnes dormaient sur un des sofas, l’une et l’autre la tête sous un linge pour être à l’abri des cousins. «Bon, dit Scheich Ibrahim en lui-même, voilà des gens qui contreviennent à la défense du calife: je vais leur apprendre le respect qu’ils lui doivent.» Il ouvrit la porte sans faire de bruit, et un moment après il revint avec une grosse canne à la main, le bras retroussé. Il allait frapper de toute sa force sur l’un et sur l’autre, mais il se retint: «Scheich Ibrahim, se dit-il à lui-même, tu vas les frapper, et tu ne considères pas que ce sont peut-être des étrangers qui ne savent où aller loger et qui ignorent l’intention du calife; il est mieux que tu saches auparavant qui ils sont.» Il leva le linge qui leur couvrait la tête avec une grande précaution, et il fut dans la dernière admiration de voir un jeune homme si bien fait et une jeune femme si belle. Il éveilla Noureddin en le tirant un peu par les pieds.
Noureddin leva aussitôt la tête, et dès qu’il eut vu un vieillard à longue barbe à ses pieds, il se leva sur son séant, se coula sur les genoux, et, en lui prenant la main, qu’il baisa: «Bon père, lui dit-il, que Dieu vous conserve! Souhaitez-vous quelque chose? – Mon fils, reprit Scheich Ibrahim, qui êtes-vous? d’où êtes-vous? – Nous sommes des étrangers qui ne faisons que d’arriver, repartit Noureddin, et nous voulions passer ici la nuit jusqu’à demain. – Vous seriez mal ici, répliqua Scheich Ibrahim; venez, entrez, je vous donnerai à coucher plus commodément, et la vue du jardin, qui est très-beau, vous réjouira pendant qu’il fait encore un peu de jour. – Et ce jardin est-il à vous? demanda Noureddin. – Vraiment oui, c’est à moi, reprit Scheich Ibrahim en souriant; c’est un héritage que j’ai eu de mon père: entrez, vous dis-je; vous ne serez pas fâché de le voir.»