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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Elle n’était plus déjà la bonne dame, de la première jeunesse, et l’avenir de son petit Paul l’occupait. Elle était joueuse jusqu’au bout des ongles, comme beaucoup de natures endormies.

Le jeu est la passion des indolents.

Comme la fortune ne s’était jamais montrée prodigue de caresses envers elle, une idée fixe la tenait: elle se figurait que la veine retardée jaillirait enfin quelque jour avec une miraculeuse abondance.

Et elle jouait tant qu’elle pouvait, à tout et partout; elle jouait au reversis, au boston de Fontainebleau, au whist, au nain jaune, à l’écarté, à la bouillotte; elle mettait à la loterie; elle avait, elle aussi, un homme de confiance qui jouait pour elle à Frascati; pour elle, M. Lecoq avait la bonté de piquer la carte à la bourse.

Antoine Labre n’était pas aveugle; néanmoins il ignorait à quelles profondeurs la folie, en apparence paisible, de sa femme avait déjà creusé le précipice.

Quand il l’apprit, il était à la veille d’entreprendre un voyage à la Martinique pour avoir raison de son intendant colonial.

M. Lecoq avait conseillé ce voyage.

Encore une fois, c’est de parti pris que nous abrégeons cette histoire.

Elle est à la fois trop ancienne et trop moderne.

Elle était banale déjà sous la Restauration; hier, elle emplissait les colonnes des journaux.

Il ne faut jamais aller demander des comptes aux hommes habiles et sûrs qu’on a laissés là-bas.

Dans ce cas spécial on assassine volontiers aux colonies.

Antoine Labre ne revint pas de son voyage.

La pauvre baronne aimait son mari; elle avait besoin de son mari; on ne sait où peut aller une femme semblable, privée de guide et de soutien. Si elle se fût mise franchement sous la tutelle de Jean, son fils aîné, qui atteignait l’âge d’homme, tout aurait pu encore être sauvé; mais, vis-à-vis de Jean, elle était jalouse de son autorité, à cause de Paul, son vrai, son seul amour.

Elles ont des raisonnements bizarres.

La baronne se dit que tant de malheurs devaient user la mauvaise chance. La veine allait être d’autant plus riche qu’on l’avait cruellement attendue.

La baronne vendit, pour jouer, d’abord, son indigent superflu, ensuite ce qui était pour elle et ses enfants le strict nécessaire.

Dieu eut pitié de Jean qui fut nommé élève consul et partit pour une lointaine résidence. Jean aimait son jeune frère Paul tendrement, malgré les maladroites préférences de leur mère. La meilleure part de ses appointements passa en France, dès qu’il eut acquis une petite position.

Cela servit à nourrir des ternes et à engraisser des martingales.

M. Lecoq, cependant, qui grandissait à mesure que tombait la misérable maison Labre, et qui, certes, ne pouvait tirer de la baronne aucun profit important, ne l’abandonnait point; il lui restait fidèle et flattait complaisamment sa passion.

Pourquoi?

Nous n’avons pas à recommencer son portrait que nous avons peint en pied dans Les Habits Noirs. Il ne fera que glisser dans ce récit. C’était un philosophe.

Une fois, il avait mis un billet de mille francs dans la main d’un pauvre diable, tout exprès pour troubler une conscience hésitante, se créer un complice involontaire et acheter, à cent mille pour cent de rabais, l’influence qui devait le rendre maître d’un des plus clairs esprits de la finance moderne.

Ces mille francs, semés, devaient fleurir en une gerbe de millions illustres, sous la raison sociale: baron J.-B. Schwartz et compagnie.

Chaque action de Lecoq avait un but. Ici, le but de Lecoq nous échappe en partie, sans doute parce qu’il fut manqué. Encore pouvons-nous deviner.

La baronne cachait Lecoq à son fils: elle avait honte.

Paul Labre a dit dans sa lettre à son frère qu’il ne connaissait pas Lecoq.

Mais Lecoq le connaissait.

Lecoq connaissait tout le monde.

Cet étrange travailleur du mal, populaire dans les bas-fonds de la vie parisienne sous son nom de Toulonnais-l’Amitié, notable parmi les classes aisées sous l’espèce de M. Lecoq de La Perrière, avait encore d’autres noms.

La source où je puise donne à entendre qu’il laissa une trace profonde dans l’organisation mixte, tentée par la police du règne de Louis-Philippe.

On essaya, sous ce roi, de dresser des loups à la chasse pour battre la forêt de Paris.

Entre ces loups, il en est un dont le nom est légendaire.

Avec un peu de bonne volonté, il nous serait facile de croire que M. Lecoq était ce loup.

Paul Labre nous l’a dit dans sa dernière confession:

Pour lui, son mystérieux patron, M. Charles, et M. Lecoq étaient le même homme. Or, M. Charles, de son vrai nom, s’appelait V…

Quoi qu’il en soit, les faits prouvent que M. Lecoq avait cru découvrir en Paul Labre une nature énergique et audacieuse, puisqu’il avait fait effort pour l’engrener dans sa mécanique en qualité de rouage.

Autant que possible, dans toutes les classes de la société, il glissait ainsi un organe appartenant à sa machine. Si Paul Labre avait voulu, il serait devenu un personnage important à la préfecture.

Mais Paul Labre n’avait pas voulu.

Quoiqu’on lui eût appris peu de choses dans son enfance, et que, dès sa petite jeunesse, il se fût éloigné volontairement du monde pour n’entendre point parler de sa mère, il avait trouvé une sauvegarde dans sa fière nature.

On l’avait tué pour le dehors; on n’avait pas pu le déshonorer dans son propre cœur.

Nous avons rapporté ici toutes ces choses parce que Paul Labre les pensait, ce soir, en suivant la ligne des quais tristement, après avoir dit adieu à Thérèse Soûlas.

Il ne songeait certes plus à l’homme qu’il avait croisé dans l’ombre à la descente de l’escalier tournant. Cet homme lui avait dit:

– Par hasard, ne seriez-vous par M. Paul Labre? Et Paul avait répondu: Non.

Ajoutant en lui-même:

– À quoi bon? Je n’ai plus affaire à personne…

Certes, tandis qu’il marchait tête baissée, il n’avait déjà plus aucun souvenir de cette rencontre. Il allait, perdu dans la suprême rêverie des gens qui veulent mourir.

Le passé renaissait pour lui dans ses moindres détails.

Il faisait l’inventaire de sa vie, qui avait commencé brillante pour se ternir peu à peu et descendre – descendre toujours.

Il voyait ce qu’il n’avait pas vu depuis bien longtemps, peut-être: la mélancolie noble de son père.

Il cherchait un sourire sur ce pâle visage de soldat. Il n’en trouvait point et murmurait:

– C’est vrai, jamais mon père ne souriait. Le malheur est bien vieux chez nous.

Et son frère? C’était un souvenir confus. Il se disait:

– Jean est heureux. Que Dieu le bénisse.

Mais sa mère. Oh! sa mère lui emplissait le cœur!

Elle avait été sa ruine, mais elle l’aimait si bien!

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