L'homme au ventre de plomb
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: 10-18 Editions Jean-Claude, Lattes
- ISBN: 2-264-03176-X
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
— Sans clef, je ne vois pas comment. Mais vous me l’allez expliquer.
— L’évidence est telle qu’elle nous a aveuglés ! Le vicomte de Ruissec est tué dans des conditions que nous finirons par déterminer. Pour des raisons que nous ignorons, ses meurtriers, je dis bien ses meurtriers, car tout cela impliquait des complices, ramènent le corps en voiture. Ils passent par la porte cochère du parc, leur voiture attend dans le chemin, j’avais repéré des traces. Ils prennent l’échelle, l’appliquent le long du mur…
— Vous racontez comme si vous y étiez !
— J’avais relevé l’empreinte des pieds de l’échelle dans la terre des rosiers en patrouillant le soir, après la découverte du corps. N’oubliez pas que le corps était lourd, lesté qu’il était avec tout ce plomb. D’ailleurs, rappelez-vous notre descente !
— Certes, et vous n’êtes pas plombé ! dit Bourdeau en riant.
— L’opération nécessitait deux hommes pour hisser le cadavre jusqu’à la croisée…
— Mais Nicolas, je vous ai entendu préciser que les fenêtres et leurs volets intérieurs étaient fermés au verrou. Comment seraient-ils entrés ? Tout cela ne se tient pas.
— Bravo, Bourdeau ! Votre objection me donne la clef de l’énigme. Puisque tout était clos, et bien clos, lors de la découverte du corps, il fallait bien que quelqu’un les ait fermées, ces croisées, n’est-ce pas ?
— Je vous suis de moins en moins.
— Et pour les fermer, il fallait les avoir ouvertes. C’est d’une évidence ! Bourdeau, Bourdeau, Lambert est un de ces meurtriers… Tout concorde. Rappelez-vous le témoignage du majordome. Il voit son jeune maître, en fait il le devine, car il a mauvaise vue. Ce dernier ne lui parle pas. Et pour cause, eût-il parlé que Picard eût reconnu à l’instant que ce n’était pas sa voix. Pourquoi, Bourdeau ? Pourquoi ?
— Parce que ce n’était pas le vicomte ?
— Exactement. Ce n’était pas le vicomte, c’était Lambert. Lambert revêtu du manteau mouillé de son maître. Rappelez-vous encore une fois le témoignage du majordome, c’est cela qui fonde mon hypothèse. Lambert monte, il ouvre la porte de l’appartement, entre, ferme à clef. Il jette le manteau et le chapeau sur le lit. Ce détail m’avait frappé ; savez-vous que, chez moi, on ne jette jamais un chapeau sur un lit, surtout à l’envers !
— Voilà bien de ces superstitions bretonnes !
— Point du tout, demandez du côté de Chinon ! Lambert ôte ses bottes, qui sont celles du vicomte. Il ouvre les volets et les croisées, redescend par l’échelle pour aider son complice à monter le corps. On le traîne, le parquet portait des traces suspectes. On lui remet ses bottes, on écrit le papier, on tire sur le cadavre. L’un des complices s’enfuit par la fenêtre que Lambert referme, et il se cache.
— C’est prendre beaucoup de risque ! Pourquoi ne s’enfuit-il pas par l’étage ? Et où se cache-t-il ?
— Vous oubliez le coup de feu qui a alerté tout l’hôtel. Il n’a pas le loisir de s’enfuir. Il est obligé de demeurer sur place, confiant dans sa bonne étoile.
— Nicolas, c’est impossible, il serait fait comme un rat.
— Et moi ? Tout à l’heure, quand l’inconnu s’est introduit dans la chambre, je n’en menais pas large, Qu’ai-je fait ?
— Verluchou ! dit Bourdeau. L’armoire ?
— J’ai une grande expérience des armoires. Enfant, je jouais à cligne-musette avec… enfin passons. C’était au château de Ranreuil, et ma cachette favorite était une armoire gigantesque dans laquelle un officier de dragons se serait tenu debout. Comme je l’ai fait moi-même, Lambert a dû se dissimuler dans l’armoire, habillé mais en bas, puisqu’il avait remis ses bottes au cadavre. Le comte et Picard ayant été renvoyés, j’étais seul dans la chambre avec M. de Sartine effondré dans un fauteuil. Nous tournions chacun le dos à la porte, et par conséquent à l’armoire qui se trouve à la droite de l’entrée. Seules une bougie et la lampe bouillotte procuraient une lumière diffuse. Lambert a surgi derrière nous comme par enchantement. Évidemment, puisqu’il était clapi dans l’armoire ! C’est pourquoi nous ne l’avons ni vu ni entendu entrer. Ajoutez à cela, Bourdeau, que c’est par lui que nous sont fournis un certain nombre de renseignements destinés à nous dévoyer vers de fausses pistes. Oui, en vérité, tout concorde.
— Quelle audace ! Peut-on imaginer pareille effronterie et pareil sang-froid ? Nous n’avons pas affaire à n’importe qui !
— Et vous ne savez pas tout. J’ai saisi tout à l’heure des documents dissimulés dans la reliure d’un volume et que je suppose être l’objet de la recherche de notre inconnu. Pourquoi, autrement, cette hécatombe de livres ?
Bourdeau réfléchit un instant.
— Nicolas, reprit-il, si votre hypothèse est la bonne, votre Lambert pourrait bien être votre homme de ce soir. Qui d’autre ? Il faut en effet exclure le comte : la comtesse, sa femme, est morte. Le vidame, nous n’en savons rien. Une chose, cependant, m’intrigue. Je peux comprendre que le comte de Ruissec et sa famille ne souhaitaient pas le scandale d’une autopsie. En revanche, je trouve insupportable et bizarre qu’un père qui, aujourd’hui, ne peut qu’être convaincu — il a vu son corps — des conditions de la mort de son fils ne s’évertue pas à tout faire pour trouver et punir les coupables.
— C’est le nœud du problème, Bourdeau. Ce meurtre cache autre chose. Et nous parlons comme si nous omettions le fait que Mme de Ruissec est morte assassinée. Sans doute parce qu’elle savait quelque chose et qu’elle souhaitait me le confier. Nous tenons un fil, et il nous mènera quelque part. Au fait, merci pour votre aide, je commençais à me demander comment j’allais m’en tirer.
— Pour une fois, c’est Anchise qui a porté Énée !
— Avec cette différence que vous n’êtes, Dieu merci, ni paralytique ni aveugle !
Ils étaient tous deux impatients de se retrouver au Châtelet pour examiner les papiers trouvés par Nicolas. Ils durent réveiller la garde et le père Marie afin de rejoindre leur bureau. Bourdeau chercha une lentille de verre pour agrandir la vision des deux documents trouvés dans le livre. Le premier était un dessin avec des indications chiffrées. Il était formé de petits carrés juxtaposés, l’ensemble ressemblant à un U renversé ; le second, écrit à la main, présentait des caractères minuscules comme formés à la pointe d’une épingle.
Nicolas qui tenait la lentille sursauta devant les mots qu’il déchiffrait : « À la putain du roi… » Il n’en croyait pas ses yeux. C’était l’original, ou une copie, du pamphlet imprimé que Mme de Pompadour lui avait montré à Choisy. Comment ce texte se trouvait-il dissimulé dans un livre de la bibliothèque du vicomte de Ruissec à Grenelle ? Était-ce en relation avec ces informations que la favorite s’était gardée de lui confier ? Voulait-elle le lancer sur une piste dont elle avait déjà traversé les arcanes ?
Bourdeau poussa un cri. À force de considérer le dessin dans tous les sens, il avait fini par comprendre ce qu’il représentait. Il le brandit.
— J’ai trouvé, fit-il. C’est un plan, et pas n’importe lequel. C’est celui du château de Versailles, avec les indications des cours, des portes, des points de garde et des passages entre chaque bâtiment. Voyez !