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L'homme au ventre de plomb

Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:

Fin de l’année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l’expulsion des jésuites est en discussion et la marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur. Nous retrouvons Nicolas Le Floch à la première des Paladins de Rameau à l’Opéra, à laquelle assiste Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV. Durant la représentation, le comte et la comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu’à l’hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations. Nicolas découvre bientôt que ces meurtres paraissent liés à un complot jésuite. Mais ne s’agit-il pas là de fausses apparences, d’une manipulation compliquée des divers partis qui s’affrontent secrètement à la Cour ?
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
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— Ah ! enfin retrouvé, mon cher Nicolas ! Merci, Gaspard, dit-il au garçon bleu, vous pouvez disposer, mais ne vous éloignez pas, nous pourrions avoir besoin de vous.

Le jeune homme pirouetta sur lui-même et, après un petit salut insolent, disparut.

— Prenez vos aises, mon ami. Vous allez distraire cette fin d’après-midi morose. Je compilais les exploits de mes créanciers.

Il lui montra une pile de papiers près de lui.

— Je ne connais manière plus désagréable de passer le temps, dit Nicolas.

— Moi non plus, mais laissons cela. Nicolas, éclairez ma lanterne. Où en êtes-vous ? C’est par Sartine que j’ai appris votre présence à Versailles. Il paraît que vous avez fait ce matin la conquête du ministre. Compliment, l’animal ne se laisse pas facilement amadouer ! Vous voilà homme à respecter.

— Et comment cela ?

— Pardi, armé, comme vous l’êtes, de lettres signées en blanc !

— Rassurez-vous, mon ami, je n’en ferai pas usage contre vous.

— Si le service du roi l’imposait, vous n’hésiteriez pas et vous auriez raison.

Nicolas, encore une fois, fut frappé par la capacité de M. de La Borde à recueillir les nouvelles. Il participait par ce don mystérieux au goût du secret, caractère dominant de son royal maître.

— Ainsi, vous me cherchiez ?

— Certes. M. de Sartine m’a prié de vous avertir que

— Madame Adélaïde vous avait convié à sa chasse lundi matin. Je ne possède pas d’autre lumière sur cet événement, mais il vous faut prendre dès maintenant vos dispositions.

Nicolas manifesta sa surprise.

— D’où me vient selon vous cet honneur inattendu ?

La Borde fit un geste de la main comme pour écarter une mouche.

— Ne vous mettez pas martel en tôle. Soit il s’agit d’un caprice de la princesse devant laquelle il a été question de vous…

Il fit une pause en regardant la pendule.

— Soit il y a anguille sous roche et la convocation, je veux dire l’invitation, signifie autre chose. Vous le saurez lundi.

— Je suis sensible à l’honneur qui m’échoit, dit Nicolas, mais nullement équipé pour y prendre part. Comment faire ?

— Voilà, mon cher, où je puis vous aider. Je quitte Versailles pour deux jours ; j’ai affaire à Paris. Acceptez l’hospitalité médiocre que je puis vous offrir ici. Vous me rendrez service. Si l’on me demandait, soyez assez aimable pour me le faire savoir, à cette adresse.

Il lui tendit un papier. Nicolas constata que La Borde était si assuré de sa réponse que les moindres détails avaient été préparés.

— Je ne sais si je puis accepter une aussi généreuse proposition…

— Pas un mot de plus. Ht pour votre équipement, j’ai la ressource aussi. Vous savez que Madame, par ordre de son père, ne chasse ni le cerf ni la bête noire. Elle s’en tient au daim, gibier réputé inoffensif. Il n’y a pas d’habit requis pour cette chasse ; le justaucorps suffît avec une veste et des bottes. Nous sommes à peu près de la même taille, Mes gens vous fourniront le tout. Ainsi, vous voilà rassuré !

Il lui expliqua que les premiers valets de chambre du roi avaient autorité sur tout le service intérieur du palais et disposaient pour eux-mêmes d’une nombreuse domesticité : cuisinier, maître d’hôtel, laquais et cocher. Ils pouvaient manger sur le service du roi, toujours trop abondant et dont la desserte était redistribuée.

— Je cours m’habiller et pars de suite à Paris. Vous êtes chez vous. Des questions ?

— Je cherche un garde du corps. Où pourrais-je selon vous le trouver ?

— Dans sa caserne ou bien encore demain, dans la galerie, lorsque le roi ira entendre la messe. Gaspard vous aidera, ce garçon est un fieffé malin !

La main sur la porte, il se retourna.

— Ah ! Encore une chose. Le rendez-vous de chasse est devant le château, côté parc. Vous êtes marqué sur une liste. Vous vous faites reconnaître et montez en carrosse. Il vous mènera jusqu’au point de ralliement où l’on vous attribuera un cheval.

Il courut prendre quelque chose sur la cheminée.

— Contre ce billet. Arrosez les piqueurs, vous vous en trouverez bien pour le coup et pour la fois prochaine : ce sont eux qui choisissent les chevaux ! Ne vous inquiétez de rien, mes gens sont avertis. Gaspard ne vous quittera pas. Il va prévenir votre cocher de revenir lundi. Enfin, ma bibliothèque est à votre disposition.

Il sortit de la pièce. Son absence fut brève ; il réapparut habillé et coiffé et, après un geste d’amitié à Nicolas qui lisait, sortit.

Nicolas vivait un moment rare. Il ne parvenait pas à se persuader qu’il était dans le palais des rois. Jamais il n’avait habité un endroit d’une telle splendeur, si éloigné de l’austérité de sa mansarde de Guérande ou même du bon goût de sa chambre chez M. de Noblecourt. Même les splendeurs antiques du château de Ranreuil lui paraissaient effacées par ce qui l’entourait. Il avait parcouru les titres des volumes rassemblés, tout au plaisir de la vue et du toucher des reliures. Les sujets intéressaient la musique, l’histoire, les voyages et la littérature galante.

Nicolas songea soudain au garçon bleu. Il ouvrit la porte sur le couloir et le découvrit assis sur une banquette. Connaissant son monde, il lui donna quelques pièces qui furent empochées sans remerciement, mais avec une grimace de satisfaction. Il l’informa qu’il n’aurait pas besoin de lui de toute la soirée, mais qu’il comptait sur lui le lendemain dimanche, pour le guider vers la galerie où passerait le roi et où il espérait trouver Truche de La Chaux.

Gaspard le rassura. Il couchait à quelques toises de là et M. de La Borde lui avait bien recommandé de veiller sur Nicolas et de demeurer à sa disposition. Nicolas l’interrogea sur la possibilité de rencontrer le garde du corps.

— Cela, monsieur, je puis vous l’assurer. C’est quelqu’un de très demandé.

— Comment cela, un autre que moi le recherche aussi ?

— Le recherchait. Lundi ou mardi… Non, mardi. M. de La Borde était parti à Paris pour la journée ; il devait assister à une représentation à l’Opéra. Vers onze heures ou midi, je me trouvais dans la cour des Princes quand un quidam m’a demandé de porter un billet à Truche de La Chaux.

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