Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
L'homme au ventre de plomb - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'homme au ventre de plomb

Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:

Fin de l’année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l’expulsion des jésuites est en discussion et la marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur. Nous retrouvons Nicolas Le Floch à la première des Paladins de Rameau à l’Opéra, à laquelle assiste Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV. Durant la représentation, le comte et la comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu’à l’hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations. Nicolas découvre bientôt que ces meurtres paraissent liés à un complot jésuite. Mais ne s’agit-il pas là de fausses apparences, d’une manipulation compliquée des divers partis qui s’affrontent secrètement à la Cour ?
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
1 ... 35 36 37 38 39 40 41 42 43 ... 76
Перейти на страницу:

— Touzours pour vous, monzieur, zé vous précède.

Elle lui désigna l’entrée du salon en pouffant derrière sa main. Il était encore trop tôt pour que la clientèle habituelle fût déjà réunie, et pourtant des bribes de conversation se faisaient entendre. Nicolas s’arrêta devant la porte et prêta l’oreille. Un homme et une femme discouraient.

— Ma chère enfant, sais-tu que tu es charmante ! Baise-moi, je t’en prie.

— J’y consens de bon cœur.

— Tu m’as fait bander comme un chien pendant que je servais à table, je n’y pouvais plus tenir.

— Va, je m’en suis bien aperçue, et c’est ce qui m’a fait sortir de table pour venir te trouver.

— Il faut sur l’heure que je le mette.

— Oui, mais si ton maître nous surprend ?

— Qu’importe, mordiou ! Je te foutrai sur une borne, tant j’en ai envie !

Nicolas entrouvrit doucement la porte. Dans le grand salon aux meubles tapissés de soie jonquille, le rideau de la petite scène était levé. Le décor en trompe l’œil représentait un boudoir. Un sofa et deux chaises constituaient les seuls éléments de l’ensemble. Un jeune homme en débraillé et une jeune fille en chenille se donnaient la réplique. La Paulet, sa masse énorme effondrée dans une bergère, en robe rouge et mantille noire, plus peinturlurée de céruse et de rouge qu’un pantin de la foire Saint-Germain, dirigeait le jeu à coups d’éventail.

— Toi, le bougre, un peu plus de passion ! Ne sens-tu pas que tu es au bord de la crise ? Je sais que c’est une répétition, mais on doit t’imaginer arder. Et toi, gueuse, un peu plus d’abandon et de provocation. Nous avons affaire à des amateurs, ce soir…

Nicolas toussa pour signaler sa présence. La Paulet poussa un cri. Les deux acteurs reculèrent et le rideau tomba. Revenue de sa surprise, la maquerelle se leva lourdement. Elle cria en direction du décor :

— Ne craignez rien les enfants, c’est monsieur Nicolas.

— Je vois que vous n’avez pas abandonné l’art dramatique, fit celui-ci. Quel souffle ! Quelle passion ! Quelle délicatesse ! Mlle Dumesnil, déesse des Comédiens-Français, est-elle annoncée ce soir avec sa cour de seigneurs aventureux ?

La Paulet était tout sourire.

— Il faut bien vivre. Je n’attends que quelques traitants en goguette qui, après souper, veulent se divertir et ranimer des ardeurs déficientes par la vue des jeux de mes jeunes acteurs. De fait, nous répétions. C’est partie privée à minuit. Mes filles, ensuite, étancheront…

— Un spectacle édifiant.

— En quelque sorte. Ainsi, monsieur le commissaire n’a pas oublié sa vieille amie ?

— Ma chère, vous êtes inoubliable. Et votre ratafia aussi.

— Un petit verre ? fit la Paulet ravie. J’en ai du tout frais débarqué des îles.

Pendant qu’elle emplissait deux verres d’un liquide ambré, Nicolas examinait les lieux. La disposition était différente, les tapis à d’autres emplacements. Il comprit que cette modification visait à dissimuler la partie du parquet imprégné du sang de Mauval. Décidément, le passé était long à solder.

— Comment vont les affaires ?

— Je ne me plains pas. Je suis toujours bien achalandée. Le plaisir ici est varié, de qualité et sans surprise.

— Il y a des nouvelles dans la maison ?

— Cela ne manque pas. Les malheurs du temps me ramènent toujours des colombes attirées par les feux de la ville.

— Vous qui connaissez tout le monde à Paris, la Bichelière, Mlle Bichelière de la Comédie-Italienne, cela vous dit quelque chose ?

— Que oui ! Une petite roulure pas vilaine, avec de beaux yeux, qui fait sa pelote aux Italiens. J’ai failli l’avoir, mais elle a préféré faire ses caravanes ailleurs.

— Elle joue pourtant les ingénues.

— Elle les joue peut-être sur scène, mais elle est entrée dans la carrière à peine fille. Ah ! oui, elle peut faire la renchérie… De nos jours, il n’y a plus de morale dans le métier.

Et la Paulet se mit à raconter. La Bichelière était venue toute jeune de sa campagne avec une troupe de bohémiens qu’elle avait abandonnée à Paris pour mendier. Elle ne savait faire que cela, et danser. Elle était tombée dans la plus basse crapule, réduite à vivre du travail d’une main légère et douce qui, la nuit sous le feuillage des Boulevards, distribuait des plaisirs imparfaits mais sans danger, pis-aller des honteux et des pusillanimes. Ensuite, elle avait marchandé son principal avec un financier, tout en multipliant les aventures de cœur ou de tempérament avec des greluchons.

— De fait, ajouta la Paulet, son principal elle l’a négocié à maintes reprises. Les michés s’y laissaient prendre.

— Comment cela ?

— Cela tient de la magie. Un doigt de baume miraculeux. Par exemple, la « Pommade astringente de Du Lac », ou encore une onction de l’« Eau spécifique des pucelles de Préval », et puis une petite vessie de sang de pigeon placée au bon endroit, et le tour est joué. La bonne humeur du naïf y sert de ragoût. C’est une affaire à répétition. Je l’ai croisée un jour rue Saint-Honoré, elle ne se mouche pas du pied. Mais, gare, elle finira à Bicêtre comme les autres de son acabit.

— Et le jeu, demanda Nicolas, toujours florissant ?

La maquerelle prit une figure embarrassée et douteuse. Nicolas, naguère, avait fait fermer le tripot clandestin que la Paulet avait ajouté à ses autres activités. Pourtant, il savait par ses mouches que les parties continuaient. Cela était toléré, à condition qu’elle se montrât compréhensive lorsqu’on faisait appel à elle.

— Je n’ai plus de protecteur, je me garde à carreau.

— Ce qui signifie exactement le contraire ! Me croyez-vous assez sot pour ne pas penser que vous avez trouvé quelque moyen de continuer votre petit négoce ? Allons, vous devriez avoir appris à ne pas me la jouer de cette monnaie-là.

Elle s’agitait comme une limace sous le soulier.

— Soit, monsieur Nicolas, je m’en remets à votre amitié. La Paulet est bonne fille, elle sait ce qu’elle vous doit. Que voulez-vous savoir ?

— Je suis chargé de veiller à l’honneur des familles, c’est-à-dire d’empêcher que certains de nos bons jeunes gens ne soient les dupes de chevaliers d’industrie ou de tricheurs professionnels. Un cas de dérèglement de ce genre me vient à l’esprit, peut-être le connaissez-vous ?

Les petits yeux enfoncés dans les chairs le fixaient sans expression.

— Je ne les connais pas tous par leur nom.

— Pas de cela, la Paulet ! coupa rudement Nicolas. Vous êtes trop fine mouche, pour ne pas vous renseigner quand cela peut être utile.

— Parlez toujours. J’ai de la clientèle fort mêlée.

— Ruissec.

— Attendez, cela me dit quelque chose… Oui, un beau jeune homme. Mes filles se le disputent. Quel dommage de le voir perdu pour le beau sexe !

— Que voulez-vous dire ?

— Oui, c’est un petit collet promis à la prêtrise. Oh ! cela n’empêche rien, mais voir un gaillard comme cela, cela fait pitié, c’est du travail gâché.

Nicolas comprit que la Paulet parlait du frère du vicomte. Noblecourt lui avait déjà signalé ce Ruissec contraint par son père à embrasser une vocation pour laquelle il n’éprouvait qu’éloignement. Il n’avait pas encore prononcé ses vœux, et la mort de son frère en faisait désormais l’aîné du nom, libre désormais d’orienter sa vie dans une direction différente.

1 ... 35 36 37 38 39 40 41 42 43 ... 76
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)