L'homme au ventre de plomb
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: 10-18 Editions Jean-Claude, Lattes
- ISBN: 2-264-03176-X
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
Soudain, des craquements de parquet se firent entendre dans le lointain. Nicolas sortit en hâte de la bibliothèque et écouta. Quelqu’un marchait dans le couloir. Il n’avait pas le temps de fuir. Il pensa à la grande armoire près de la porte d’entrée. Il l’ouvrit et se glissa dans le vaste espace inférieur occupé par des bottes. Le plancher de bois craqua de nouveau puis tout bruit cessa. S’agissait-il d’une fausse alerte ? Dans le silence revenu, les battements de son cœur scandaient son angoisse ; ils résonnaient dans sa tête en l’assourdissant. Rassuré, il entreprit de sortir de sa cachette quand un autre bruit, plus proche, résonna. Il était difficile de se tromper sur sa signification : quelqu’un tentait de crocheter la serrure de la porte. Lui-même avait procédé ainsi lors de la découverte du corps. Un petit claquement lui signifia que l’opération avait réussi. Les craquements du parquet, espacés par de longs intervalles de silence, s’approchèrent. Les interstices du bois de l’armoire laissèrent passer les traces d’un éclair et d’une lumière tremblotante. On venait d’allumer une chandelle. Nicolas maîtrisait sa respiration. Tous ses sens en éveil, il suivait, comme s’il la voyait, la progression du visiteur. Il l’entendit passer devant lui et entrer à droite dans la bibliothèque. Il perçut un piétinement, puis les bruits, réguliers, de petites chutes sur le sol. Dans l’obscurité où il était retombé, il perdait la notion du temps et l’attente lui paraissait interminable. Bien qu’appuyé assez confortablement, il craignait que sa longue immobilisation ne le conduisît à un engourdissement ou, pire, à une crampe qui, déclenchant des mouvements incontrôlés, le trahirait. Alors, il affronterait soit un visiteur dont la présence était légitime, soit un intrus comme lui. Qu’adviendrait-il alors ?
Les bruits de chutes se poursuivaient : le visiteur fouillait les livres un par un. Peut-être sa quête était-elle identique à la sienne, et sans doute l’objet recherché était-il précisément celui qu’il serrait sur son cœur. Un long moment s’écoula, puis il entendit l’inconnu sortir de la bibliothèque. Ses pas étaient hésitants. Il frappa violemment la porte de l’armoire et jura sourdement. Nicolas eut ensuite l’impression qu’il se déplaçait dans la chambre ; la lueur de la chandelle s’était élargie. Il essaya de regarder par une fissure du bois, mais elle était trop éloignée de lui et le moindre mouvement pouvait dénoncer sa présence. L’inconnu erra encore quelques minutes. Nicolas craignit qu’il ne lui vienne à l’idée d’inspecter le cabinet de toilette. L’œil-de-bœuf ouvert et le désordre qui régnait sur la table où il avait pris pied risquaient de l’intriguer. Puis il perçut le bruit de la porte qui se refermait doucement et les pas s’éloignèrent. Nicolas attendit encore quelques instants, puis il alluma sa lanterne, poussa le battant de l’armoire et se glissa dans la chambre. Il n’y avait personne. Dans la bibliothèque, le désordre était à son comble. Les volumes gisaient sur le sol en tas, reliures arrachées, éventrées, déchirées. Pas un seul ouvrage n’avait échappé à cette destruction. Nicolas fut partagé entre l’horreur que suscitait en lui ce spectacle et la satisfaction de savoir que l’inconnu avait fait chou blanc.
Il s’apprêtait à repartir par le même chemin, après avoir remis un peu d’ordre dans le nécessaire de la table de toilette, lorsqu’il prit conscience qu’il devrait sortir la tête la première. L’angoisse le saisit. La tête entraînant le corps, il risquait de tomber, et de cette hauteur — quatre à cinq toises cela suffisait pour tuer son homme. Il réfléchit furieusement. Finalement il décida d’ouvrir simplement la fenêtre de la chambre voisine, et d’appeler Bourdeau, qui lui apporterait l’échelle. Au même instant, il entendit, toute proche, la voix de l’inspecteur, dont la tête apparut dans l’ouverture de l’œil-de-bœuf. Bourdeau avait lui aussi songé aux difficultés que Nicolas rencontrerait pour s’extraire. Il lui expliqua sa solution. Nicolas sortit la tête la première, il accrocha d’une main l’épaule de Bourdeau, ramassa les jambes, sortit son buste et par une torsion de tout le corps se retrouva sur le dos de l’inspecteur. La descente fut périlleuse. Leurs deux poids conjugués pesaient lourdement sur l’échelle qui ployait en grinçant à chaque échelon. Enfin, ils touchèrent le sol. Nicolas remit ses bottes et effaça les traces dans la terre des rosiers. Ils allèrent ranger l’échelle dans l’appentis. Le châssis de l’œil-de-bœuf ayant été refermé, plus rien n’indiquerait leur intrusion, et quand la mise à sac de la bibliothèque serait découverte, les soupçons ne pourraient se porter que sur les gens de l’hôtel de Ruissec.
Rabouine parut, inquiet de la longueur de leur absence. Ils remontèrent en voiture avec lui et se dirigèrent vers la ville. Nicolas conta les péripéties de sa visite et décrivit la mystérieuse intrusion. Bourdeau et lui convinrent qu’il ne pouvait s’agir que d’un étranger à la famille de Ruissec, le comte n’ayant pas besoin d’user de telles précautions pour visiter l’appartement de son fils. Il faudrait cependant vérifier si le vidame n’était pas dans les lieux. Lui, pouvait avoir quelques raisons de visiter la chambre de son frère. Toutefois, un détail avait frappé Nicolas : le visiteur faisait craquer le plancher, mais il n’avait perçu aucun bruit de souliers. Aurait-il pris les mêmes précautions que Nicolas ?
— Bourdeau, dit-il, le valet du vicomte, ce Lambert… Je l’ai interrogé après qu’il a surgi brusquement derrière moi ; il n’avait pas de souliers, il était en bas. Il s’en est même excusé, disant avoir quitté sa chambre en toute hâte. Mais en fait, j’avais remarqué que sa tenue était impeccable, boutonnée, la cravate correctement enroulée et nouée.
— Qu’en déduisez-vous ?
— Que, sans le savoir, nous avons peut-être reconstitué ce qui s’était passé ce soir-là dans cette pièce. Mon ami, le mystère de la chambre close de l’intérieur est élucidé !