L'homme au ventre de plomb
- Автор: Паро Жан-Франсуа
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: 10-18 Editions Jean-Claude, Lattes
- ISBN: 2-264-03176-X
- Жанр: Исторические детективы
Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
Télé Journal
— Il ne vient jamais seul, ajouta la Paulet, il est toujours avec un garde du corps, un certain… du Plâtre… Non, de La Chaux. Même que l’autre jour, le petit abbé s’est retrouvé plumé et son compère lui a donné une bague à laisser en gage et, bien entendu, à lui rembourser ensuite. À charge pour moi de la négocier sous quinzaine et de payer le créancier. D’ailleurs, voyez comme je suis ouverte avec vous, je l’ai sur moi, je vais vous la montrer.
La Paulet fourragea dans sa jupe. D’un petit sac attaché au corps de sa robe, elle sortit précautionneusement une bague qu’elle lui tendit. Nicolas fut aussitôt frappé de l’aspect inhabituel du bijou. Il s’agissait d’évidence d’une pièce de grande qualité. Dans le chaton, une fleur de lys en brillants était sertie dans un champ de turquoises. À en juger par la dimension de l’anneau, c’était un bijou de femme ou d’homme aux doigts fins. Il le lui rendit.
— Je souhaiterais que vous conserviez ce bijou par-devers vous quelques jours, dit-il. Cela peut avoir son importance.
Une chose l’intriguait. On lui avait dit à plusieurs reprises que c’était le vicomte le joueur. Son valet, d’abord, ce Lambert, et la chose avait été corroborée par M. de Noblecourt.
La Paulet faisait grise mine.
— Il n’y a pas urgence, monsieur Nicolas. J’avais toujours dit que ce joli cœur ne m’apporterait que des ennuis. Nombre de mes habitués ne voulaient plus jouer avec lui.
— M. de La Chaux ?
— Non, l’autre, le joli abbé, le petit Gilles. Il joue à senestre.
Nicolas tressaillit. Gilles… C’était le prénom surpris sur les lèvres de la Bichelière au beau milieu de leurs ébats.
— Il est gaucher ?
— Et comment ! Et cela ne plaît pas. On dit qu’ils portent malchance au jeu.
Pour le coup, cela n’avait pas été le cas.
La Paulet se laissa entraîner par la rapidité de leur échange.
— Il n’y avait pas de risque, il fallait bien rétablir l’équilibre. On y avait veillé !
Elle ricana puis tenta de se le concilier en clignant de l’œil. Nicolas détestait qu’elle l’abaisse à son niveau comme s’ils étaient complices.
— Madame, dit-il, d’un ton haut, il y a eu tricherie, et vous osez l’avouer à un magistrat en exercice ! Dans ces conditions, les choses sont différentes. Veuillez me remettre ce bijou sur-le-champ. Rappelez-vous que votre maison de jeu est illégale. Nous la tolérons, et vous savez pourquoi. Mais que les loups chez vous se mettent à tondre les brebis, cela est condamnable. Si l’on en venait à accepter ce crime comme une habileté dont il est de bon ton de faire parade, tout ordre disparaîtrait. Vous direz à votre commanditaire que les mouches ont eu vent du trafic. Mais je ne me fais pas de soucis, vous trouverez une explication.
— Mais, hurla la Paulet, c’est du vol ! Vous voulez ma mort ! Monsieur Nicolas, vous n’avez donc aucune pitié pour votre vieille amie ?
— Je souhaite que ma vieille amie s’en tienne à ses activités habituelles, dit Nicolas, sinon ma vieille amie pourrait faire connaissance avec des lieux moins plaisants, auxquels elle doit à M. Nicolas d’avoir échappé. Il serait opportun qu’elle s’en souvînt.
Il sortit, laissant la maquerelle effondrée. Sa bonne humeur s’était envolée. Il devait digérer les choses qu’il venait d’apprendre. Il s’en voulait aussi un peu d’avoir bousculé la Paulet. Tout en comprenant la nécessité du chantage imposé à ces maisons galantes associées à des tripots de jeu, il se reprochait d’y participer. M. de Sartine répétait souvent que le jeu était une menace pour la société, que cette activité inféconde détournait l’argent de productions plus utiles à l’État.
Décidément, le Dauphin couronné ne lui réussissait pas. C’était là qu’il avait perdu ses illusions sur la possibilité d’être à la fois un policier et un honnête homme. Il lui était impossible de se leurrer : tromperies, pressions, chantages, utilisation détournée de l’autorité et des lois, quelles étaient la limite et la frontière entre le bien et le mal ? La vérité ne se révélait jamais simplement. L’essentiel était d’aboutir et de servir la justice par des moyens qui, en d’autres lieux, eussent été jugés déshonorants. Il se demanda enfin si ce n’était pas là ce qui expliquait son refus de porter le nom des Ranreuil, et puis il se dit que, s’il avait accepté, le métier de policier lui aurait été de toute façon interdit. Au mieux, il serait devenu un soldat, au pire, un courtisan. Pour le meilleur et pour le pire, il servait désormais la vérité. Du moins le croyait-il.
VII
GRENELLE
C’est pourquoi vous n’avez qu’un parti qui soit sûr :
C’est de vous renfermer aux trous de quelque mur.