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L'homme au ventre de plomb - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

L'homme au ventre de plomb

Электронная книга - «L'homme au ventre de plomb». Краткое содержание книги:

Fin de l’année 1761 : la guerre de Sept Ans prend une tournure de plus en plus désastreuse, l’expulsion des jésuites est en discussion et la marquise de Pompadour vit ses derniers temps de faveur. Nous retrouvons Nicolas Le Floch à la première des Paladins de Rameau à l’Opéra, à laquelle assiste Madame Adélaïde, une des filles de Louis XV. Durant la représentation, le comte et la comtesse de Ruissec, qui accompagnaient la princesse, sont informés du suicide de leur fils, et Nicolas suit son maître Sartine jusqu’à l’hôtel des malheureux parents, où il va faire de bien curieuses constatations. Nicolas découvre bientôt que ces meurtres paraissent liés à un complot jésuite. Mais ne s’agit-il pas là de fausses apparences, d’une manipulation compliquée des divers partis qui s’affrontent secrètement à la Cour ?
« Les aventures de ce nouveau limier se distinguent par leurs qualités littéraires et la singularité du personnage et de son siècle. »
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Ils se mirent en route vers minuit, Rabouine, dépêché en avant-garde, était déjà sur place. Ils franchirent sans encombre le contrôle des barrières et se retrouvèrent bientôt dans la plaine de Grenelle. Nicolas contempla à nouveau cette banlieue à l’aspect sinistre où s’entremêlaient vestiges champêtres, chantiers de démolition, bâtiments neufs et quelques anciennes fermes dont les jours paraissaient comptés. La voiture, toutes lumières éteintes, fut remisée dans un chemin bordé d’arbres. Le vent s’était levé, soulevant les feuilles mortes et sifflant dans les branches ; son bruit dissimulait leur progression vers l’hôtel de Ruissec.

Tout semblait calme dans l’habitation, et seule une vague lueur mouvante, provenant sans doute de la chapelle ardente installée dans le vestibule, était visible du dehors. Ils se glissèrent dans le chemin parallèle aux communs pour rejoindre la porte cochère donnant sur le parc. Un léger sifflement les avertit de la présence de Rabouine. Il vint les assurer que tout était tranquille. Personne n’était entré dans la propriété de toute la soirée, en dehors d’un prêtre accompagné de religieux. Il avait profité de la pénombre pour tâter le mur d’enceinte et avait repéré, à gauche de la porte, des pierres descellées qui offriraient toute facilité pour se hisser sur le mur. Il faudrait juste prendre garde aux tessons de bouteilles fichés dans le mortier et destinés à dissuader les chapardeurs. Un sac de jute permettrait de passer sans se taillader les mains. De l’autre côté, il suffirait de sauter et, pour le retour, d’utiliser l’échelle.

Seul Nicolas devait s’introduire par l’œil-de-bœuf, Bourdeau, avec son embonpoint, ne pouvant y songer. Il accrocha la petite lanterne sourde sur sa poitrine et vérifia qu’il était bien pourvu d’allumettes. Il était hors de question de la mettre en marche à l’extérieur, au risque de signaler sa présence. Ils bénéficiaient du fait que seule une grande galerie courait le long du premier étage du bâtiment principal. Ce serait malchance qu’un des occupants de l’hôtel fût justement occupé à cet instant à considérer le parc plongé dans l’ombre d’une nuit sans lune.

Nicolas souhaitait que Bourdeau le laissât s’engager seul, mais l’inspecteur ne voulut rien entendre. Sa présence était nécessaire aussi bien pour aider Nicolas à porter l’échelle que pour éviter qu’elle ne glissât, et pour faciliter les choses en cas de retraite précipitée. Ses raisons étaient excellentes, toutefois la véritable, qu’il n’exprimait pas, intéressait avant tout la sécurité du jeune homme. Par amitié pour lui et par obéissance à Sartine, Bourdeau ne le quitterait pas. Il attendrait la fin de la visite tapi dans l’ombre et dissimulerait l’échelle. Rabouine repartit faire le guet.

L’escalade fut aisée, la prise étant facile dans la pierre meulière, mais sans la précaution des gants, ils n’auraient pas échappé aux écorchures. Nicolas disposa le sac de jute sur le faîte. Par chance, les tessons dépassaient à peine du revêtement et il put se hisser sans dommage. Il s’assit avec précaution et se jeta dans le vide. Il tomba mollement sur un tapis de feuilles mortes et de terre décomposée. Il s’écarta et aussitôt Bourdeau le rejoignit. Nicolas lui fit signe de le suivre en longeant le mur.

Ils atteignirent sans encombre l’angle du parc où se trouvait la cabane du jardinier. La porte en était ouverte et Nicolas alluma la petite lanterne sourde après avoir fait entrer Bourdeau et repoussé la porte. Sa lueur éclaira chichement des outils et des semis en pots. L’échelle était là, appuyée à la cloison. Ils s’en emparèrent et, après avoir éteint la lanterne, repartirent vers la gauche afin de rattraper l’aile qui abritait les écuries et l’appartement du vicomte. Nicolas reconnut le pavé sous ses pieds et décela à l’odeur qu’ils longeaient la première porte des écuries. Il avait oublié les rosiers de pleine terre entre les deux ouvertures. Il buta et se prit une botte dans les épines, manquant tomber et entraîner Bourdeau. Une extrémité de l’échelle heurta le mur. Un long hennissement et le bruit de sabots d’un cheval réveillé déchirèrent le silence. Ils retinrent un moment leur respiration, puis tout se calma. Il était heureux, pensa Nicolas, qu’aucun chien ne hantât l’hôtel de Ruissec, car ils eussent été faits ! Il évita le deuxième massif de rosiers, situé précisément à la verticale du cabinet de toilette.

L’échelle fut dressée au jugé et appliquée contre le mur. Nicolas prit la précaution d’enlever ses bottes, à la fois pour être plus à l’aise et pour éviter le bruit et les traces. Il se trouva à bonne hauteur du premier coup. Il sentit sous ses doigts la vitre de l’œil-de-bœuf et la poussa doucement après avoir repéré sa moulure inférieure. L’ouverture n’était pas très large et il comprit qu’il lui serait impossible de se glisser à l’intérieur : l’extrémité de l’échelle était trop basse. Après un instant de réflexion, il redescendit et expliqua la situation à Bourdeau. Celui-ci décida de rapprocher la base de l’échelle du pied du mur tout en la décalant vers la gauche. De cette manière, Nicolas aurait les pieds à la hauteur de l’œil-de-bœuf et, de côté, pourrait s’introduire dans la pièce.

La deuxième tentative fut la bonne ; en se tenant à la force des bras et sans que le cadre ne cède, il parvint à se glisser, puis à progresser jusqu’à l’instant où il sentit le dessus de la table de toilette. Des objets roulèrent, il remettrait de l’ordre ensuite. L’essentiel était atteint, il était à pied d’œuvre.

Debout en équilibre instable sur le meuble fragile, il allongea prudemment les jambes jusqu’au sol. Il s’accorda quelques minutes pour calmer les battements de son cœur. Après quoi, il ralluma la lanterne sourde, s’orienta et poussa la porte donnant sur la chambre. Rien n’avait bougé depuis sa première visite. Tous les objets étaient demeurés en place. Il observa seulement que la lampe bouillotte sur le bureau avait retrouvé un emplacement plus normal. Il traversa la chambre et, de l’autre côté de l’alcôve, poussa la porte dissimulée dans la boiserie qui donnait accès au petit réduit-bibliothèque.

Nicolas entreprit un inventaire systématique de son contenu, comparant certains titres avec la liste d’auteurs qu’il avait relevée dans la bibliothèque de M. de Noblecourt. L’ensemble mêlait dans le plus grand désordre ce qu’on s’attendait à trouver chez un homme jeune de bonne famille, officier de surcroît — ouvrages d’escrime ou d’équitation, Mémoires d’hommes de guerre, littérature légère et même galante — et des livres de scolastique. Nicolas nota avec intérêt que nombre d’entre eux étaient dus à des jésuites. La régularité avec laquelle il retrouvait ces volumes religieux ou polémiques l’intrigua. Des signets et des marques à la mine de plomb signalaient les passages qui exposaient les justifications du meurtre légitime des rois. Il frémit d’horreur en relevant, soulignés d’un trait, les appels au régicide dans un ouvrage écrit en 1599 et intitulé Du roi et de l’éducation, d’un certain Mariana, de la Compagnie de Jésus. La référence ranima ses souvenirs : ce livre avait été mis en cause lors de l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac. Poursuivant son investigation, il fut intrigué par un ouvrage licencieux qui fermait mal. L’examinant de plus près, il découvrit que la doublure de la reliure avait été décollée puis recollée. Il sentit sous ses doigts une épaisseur. À l’aide du petit canif qui ne le quittait jamais, il découpa le papier de doublure avec soin. Deux feuillets d’un papier très fin s’échappèrent. L’un portait un dessin géométrique et l’autre était écrit en lettres si minuscules qu’il lui était impossible de le déchiffrer avec le faible éclairage dont il disposait et sans recourir à une lentille grossissante. Il remit les documents en place et glissa le livre dans son habit.

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