Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1999
- Язык: французский
- Год: Fleuve Noir
- ISBN: 2-265-06719-9
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le Standinge. Le savoir-vivre selon Bérurier [fr]». Краткое содержание книги:
Ce qu'il faut faire pour accéder aux belles manières est aussi important que ce qu'il convient d'éviter.
Celui qui se mouche dans les rideaux et boit l'eau de son rince-doigts est condamné.
Avec ce book, on va essayer d'acquérir une couche de vernis à séchage instantané. Pour cela, suivez le guide et, pareil à Béru, vous deviendrez des milords !
— Je vois que vous suivez bien mon cours, les gars. Je vous félicite. Le coup de la chaise mis à part, vous êtes des élèves impecs.
Il s’ébroue, recoiffe son bitos et reprend :
— Avec le père, c’est l’amitié qu’il faut cultiver. Faut devenir copains, les deux. Croyez pas que ça dépende de lui. Un Vieux, il sait jamais bien où qu’il en est avec son rejeton. Dans sa Ford intérieure, son môme l’intimide. Il a le droit de taloches et de coups de pompe dans les noix sur lui, d’accord, mais il peut pas se faufiler dans la pensée du garnement, jamais.
« Les bonnes paroles et les gentillesses qu’il obtient de son chiare, il ne sait pas si c’est franco de port ou au contraire comédie. Combien de mouflets qui virgulent du papa chéri à leur dabe, pensent en réalité : bougre de vieux con. Combien qui lui apportent sa pipe ou ses chaussons rêvent de lui filer la pendule du salon sur la tronche ! Combien qui lui disent que, lorsqu’ils seront grands, ils lui gagneront beaucoup de sous, songent en pétré (comme on dit en latin) : “Tu pourras toujours crever avec des fourmis rouges plein le bec !”
« C’est le jeune homme qui doit aller à son Vieux. Quand l’époque du martinet ou de la savate se termine, que le gamin met des longs futals et qu’il lui pousse du duvet sur la lèvre, c’est à lui de virer sa cuti familiale. Faut qu’il se confie à son daron, qu’il lui bonnisse ses petits secrets, ses polissonneries, ses bonnes fortunes et ses tracasseries. S’il a morflé la chaudelance, faut illico qu’il en cause à papa. Vu que papa l’a eue aussi, y a donc pas de honte à ça. Maintenant, son altitude avec ses frères et sœurs : eh bien, avant tout, éviter la jalousie, mes fils ! Dans les familles les plus fauchées, on trouve de petits requins cupides qui, à peine au monde, se font déjà les chailles sur le futur héritage. Ils se chicornent entre eux pour s’émietter les prochains restes. Y en a qui se battent pour le balai, sans se dire que le moment venu il sera usé. Dans notre village, je me rappelle des Bobichu lorsque leurs vieux sont clamsés. Un vrai scandale épouvantable ! Pendant deux jours et deux nuits il se sont battus, avec le cadavre de la mère à côté. A l’enterrement ils avaient des lunettes de soleil et du sparadrap sur toute la surface. On aurait pensé qu’ils venaient de disputer le championnat d’Europe des moyens et de le perdre. L’aîné avait le pif comme une tomate, une étiquette arrachée, et il glaviotait ses prémolaires dans le gravier du cimetière, tandis que le cadet arquait avec une béquille ayant servi à son vieux (déjà sa part d’héritage). La guérilla a repris au retour du cimetière. A la fin ils ont tout cassé pour avoir l’esprit tranquille. Un sacré carnage ! Il restait plus que des décombres. Pas la moindre assiette, pas la plus petite chaise, aucune armoire, aucun lit, à la hache ils ont fini tout ça. Des vrais Jean Bart ! Des Attila ! Ils ont brûlé au milieu de la cour tout ce qu’était combustible. Ils ont tordu ce qu’était en fer, cassé ce qu’était en porcelaine, déchiré ce qu’était en étoffe. On les a retrouvés, affalés dans la cendre et les tessons, tout sanguignolents, en loques, épuisés, vidés, brisés. C’est l’horloger qui les a découverts. Il rapportait l’horloge des Bobichu que la maman avait donnée à réparer, ratant ainsi sa dernière heure ! Comme ils avaient plus la force de la foutre en miettes, ils se la sont partagée. L’un a pris la caisse, l’autre le balancier. »
Béru déglutit avec difficulté sa salive cotonneuse.
— Je vous souligne comme quoi un pareil comportement est regrettable. C’est pourquoi il faut soigneusement éviter la jalousie chez les enfants. Beaucoup de gens soucieux de la chose croient bien faire en répartissant aux mômes, dès l’enfance, les fringues, la bouffe ou les cadeaux. Le système de la part bien égale, c’est là le vrai danger. Ça leur donne la notion du moitié-moitié, à ces enflés. Ça les amène à mesurer, à peser, à contrôler si les parts sont réellement égales. D’où râlages, revendications et tout le toutim. Le mieux c’est de donner tantôt à l’un, tantôt à l’autre et quèquefois deux coups de suite au même pour bien établir qu’on est pas tenu à une répartition méthodique.
« Le jeune homme a le droit de se battre avec ses frères et sœurs. C’est normal, comme disait mon grand-père : ça fait circuler le sang. Mais minute ! Il doit pas tabasser ses frangines de la même manière que ses frelots. Les frères se dérouillent au poing, tandis qu’on bat toujours les pisseuses avec le plat de la main : gifles ou beignes. Vu ? »
Nous opinons.
— Parfait, se réjouit Sa Profondeur. Pour un jeune homme, de deux choses l’une : ou il mord aux études, ou il a le cervelet qui fait relâche. Dans le premier cas, faut le pousser tant que ça peut. Y a des bourses pour les fauchemanes. Dans le second cas, inutile d’insister. Vu l’encombrement des écoles, le jeunot dont la caboche fait du surplace, vaut mieux l’orienter sur le manuel : mitron, garçon louchébem, plombier, manœuvre, peintre en bâtiment. Dans le premier cas, le mecton qui s’instruit risque de virer au crâneur. Il a tendance à devenir ce que mon manuel cause. Il apprend à chasser, à tennisser, à polocher, à bridger, à monologuer, à piloter, à golfer, à pianoter, à rimailler et même à peindre ! Ça devient du citoyen huppé, futur décoré, futur président. Dans le second cas, le gus qui charbonne risque au contraire de s’enliser dans le renoncement, le médiocre, le fastoche. Conclusion, faut modérer les uns et stimuler les autres, Donner des goûts simples aux gambergeurs et de l’ambition aux tâcherons. Le scientifique, faut le driver vers des sports populaciers tels que le vélo, le fote-bale, le catch ou la boxe. Inversement, c’est au zig qui se fait des ampoules aux paluches qu’il convient d’enseigner le tennis, la chasse et qu’on doit envoyer aux sports d’hiver.
« Notez qu’un nivellement s’opère. La bagnole, d’abord, le service militaire ensuite et puis le mariage pour finir. De nos jours, le zinzin à roulettes passionne tous les niveaux socials : les fils de ministre comme les enfants de Puteaux ; ils rêvent tous de fendre la bise au volant d’une Jaguar type E ou d’une Ferrari.
« Les uns chouravent la tire de leur patron, les autres celle de leur Vieux. On appelle les premiers des blousons noirs et les seconds des blousons dorés. Ils ont presque la même coupe de crins, sauf que les seconds se la font faire chez Défossé. Les premiers ont dans leur poche une chaîne de vélo, les seconds ont dans leur poche une liasse de biftons. Les premiers sont passés à tabac, tandis que les seconds sont admonestés. On file les premiers au gnouf, on prive les autres de dessert. Les premiers se font virer de chez leur patron, les seconds de leur lycée. Et tout à lavement. Les premiers ratent leur train de banlieue et les seconds ratent leur bac. Pour les seconds, ça aurait tendance à s’arranger maintenant qu’on trouve les sujets en vente libre dans tous les bons drugstores. »
Il prend un temps, remise ses cheveux entre ses oreilles éléphantesques et le bord visqueux de son couvre-chef.
— Je voudrais pas ancétacer sur le cours de mon collègue qui vous fait l’associé au logis[8], déclare le Savant. Pourtant faudrait considérer un peu la question de la délinquance juvénile sous un autre angle que la une des baveux ou la barre des tribunaux.
Il relève sa manche droite, dans un geste avocassier. Puis il se tient le bras droit avec la main gauche comme on met un F.M. en batterie. L’index dardé sur nous, il reprend :
— Nous autres, à la Poule, les magistrats ensuite, la presse, le public, tous, on les déclare fléau du siècle, ces blousons. Tous les jours, leurs méfaits s’étalent dans le canard. On s’indigne à qui mieux mieux. On voudrait les cogner jusqu’à ce qu’ils restent sur le carrelage, les filer par le vide-ordures ou dans les gogues, la pierre au cou, et hop ! dans le canal Saint-Martin pour engraisser les écrevisses ; en finir avec eux une bonne fois pour qu’elle soye bien peinarde, notre quiétude bourgeoise que causent les manuels de Droit. On les déclare maudits, ces méchants voyous tabasseurs. On les déclare choléras, ces coléreux. On les déclare bons à buter. On voudrait en faire de la viande d’espériences atomiques ou anatomiques. Les cloquer aux Chinetoques envahisseurs. Les espédier aux Congolais cannibales, aux Siamois, aux Papous, aux vautours, aux rats. Les déguiser en savon, comme les pauvres juifs de la dernière. Déjà, d’ailleurs, on s’en lave les pognes de leur misère, Ce qu’on veut les empêcher coûte que coûte, c’est de tirer les sonnettes et des coups de pistolet. A part ça, qu’est-ce qu’on fait pour eux, hormis de leur savater le dargeot et de les coller au placard, je demande ? Et je réponds : rien !
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Il est probable que le bon Béru veut parler ici de sociologie.