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READ-E-BOOK » Научная фантастика » La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— D’accord, dit Struvin. De l’alcool pour tout le monde ! De l’alcool !

Lis lui tendit la bouteille. Struvin la regarda attentivement, le visage fermé.

— C’est l’alcool de Sorve, dit-il. Gardons-le jusqu’à ce que nous soyons vraiment obligés de le boire. Passe-moi celui de Khuviar, veux-tu ? L’alcool de Sorve n’est que de la pisse.

Lis sortit d’un placard une bouteille au col allongé, à la panse renflée et luisante. Struvin laissa courir la main sur ses flancs et eut un petit sourire de satisfaction.

— Ah ! Khuviar ! Ils savent faire de l’alcool là-bas ! Et du vin ! Quelqu’un y est déjà allé ? Non, je vois bien que non. À Khuviar tout le monde boit jour et nuit. Ce sont les gens les plus heureux de la planète.

— J’y suis allé une fois, dit Kinverson. Ils ne dessoûlaient pas. Ils ne faisaient rien d’autre que boire et dégobiller, et, quand ils avaient fini, ils recommençaient.

— Mais qu’est-ce qu’ils boivent, dit Struvin. Qu’est-ce qu’ils boivent !

— Mais, s’ils sont toujours ivres, demanda Lawler, comment font-ils pour travailler ? Qui s’occupe de la pêche ? Qui répare les filets ?

— Personne, répondit Struvin. L’île est misérable et dégoûtante. Ils dessoûlent juste le temps d’aller faire une cueillette d’algues-vigne dans la baie, puis ils font fermenter les algues pour en faire du vin, ou ils les distillent pour en faire de l’alcool et ils se remettent à boire. Ils vivent d’une manière incroyable. Ils sont vêtus de haillons et dorment dans des huttes couvertes d’algues, comme les Gillies. L’eau de leur citerne est saumâtre. C’est un endroit absolument répugnant. Mais pourquoi toutes les îles devraient-elles être semblables ? Chaque lieu est différent et aucune île ne ressemble à une autre. C’est toujours ainsi que j’ai vu les choses : chaque île est ce qu’elle est, et rien d’autre. À Khuviar, ce qu’ils savent faire, c’est boire. Tiens, Tharp. Tu dis que tu as soif… Goûte donc mon alcool de Khuviar. Sers-toi, je t’en prie !

— Je n’aime pas ça, Gospo, dit Tharp, la mine renfrognée, tu le sais bien. De toute façon, l’alcool donne encore plus soif. Il dessèche les muqueuses de la bouche. N’est-ce pas, docteur ? Tu devrais savoir ça, quand même. Et merde ! s’écria-t-il brusquement en poussant un gros soupir. Donnez-moi du poisson cru !

Lawler lui fit passer le plat. Tharp prit avec sa fourchette une tranche qu’il examina comme s’il n’avait jamais vu de poisson cru de sa vie, puis il coupa une bouchée qu’il porta à ses lèvres d’un geste hésitant. Il la fit tourner dans sa bouche, l’avala et sembla réfléchir. Puis il en prit une autre.

— Pas mauvais, dit-il enfin. Pas mauvais du tout.

— Quel cul ! répéta Kinverson.

Mais, cette fois, il souriait.

Quand le repas fut terminé, tout le monde monta sur le pont pour relever le quart. Henders, Golghoz et Delagard qui s’affairaient dans la mâture descendirent et furent remplacés par Martello, Pilya Braun et Kinverson.

L’éclat aveuglant de la Croix découpait les ténèbres du ciel en quartiers. La mer était si calme que son reflet traçait sur l’eau une ligne de feu d’un blanc éblouissant avant de se brouiller et de disparaître dans les lointains mystérieux. Appuyé sur la rambarde, Lawler regardait les petites lumières clignotantes indiquant la présence des cinq autres navires qui faisaient route derrière eux en conservant leur formation triangulaire. Tout Sorve était là, voguant sur l’océan. Toute la petite communauté de l’île était entassée sur la demi-douzaine de navires, les Thalheim et les Tanamind, les Katzin et les Yanez, les Sweyner, les Sawtelle et les autres, tous ces noms familiers, ces noms qu’il connaissait depuis sa plus tendre enfance. Chaque soir, à la tombée de la nuit, on allumait tout au long des rambardes de longues torches d’algues séchées qui brûlaient en produisant une lueur orange enveloppée de fumée. Delagard tenait absolument à ce que la flottille reste groupée et conserve sa formation. Chaque navire était pourvu d’un équipement de radio et ils restaient en contact permanent pendant toute la nuit, de crainte que l’un d’eux se perde.

— La brise fraîchit ! cria quelqu’un. Larguez l’amure de misaine !

Lawler admirait l’art de régler les voiles pour utiliser au mieux l’action du vent et il aurait aimé en savoir un peu plus sur la navigation à voile qui lui semblait presque magique, et s’apparentait à quelque rite mystérieux réservé aux adeptes. Sur les navires de Delagard, beaucoup plus imposants que les petits canots qu’il avait utilisés à Sorve pour aller pêcher dans la baie ou, au mieux, juste à son entrée, chacun des deux mâts portait une grande voile triangulaire faite de lames de bambou serrées et surmontée d’une petite voile carrée fixée à une vergue. Une autre voile triangulaire, plus petite, était attachée entre les mâts. Les voiles principales étaient enverguées sur une longue bôme de bois ; un ensemble de cordages, de poulies et de mâchoires les maintenaient en place et elles étaient manœuvrées à l’aide de drisses et de palans.

Dans des conditions normales, il fallait trois personnes pour manœuvrer les voiles et une quatrième à la barre pour donner les ordres. La bordée composée de Martello, Kinverson et Braun travaillait sous le commandement de Gospo Struvin et, quand l’autre quart était de service, Neyana Golghoz, Dann Henders et Delagard en personne s’occupaient des voiles tandis qu’Onyos Felk, le cartographe et navigateur, remplaçait Struvin à la barre. Sundira Thane donnait un coup de main à la bordée de Struvin et Lis Niklaus à celle de Felk. Lawler restait à l’écart et les regardait courir en tous sens en hurlant des choses incompréhensibles, du genre : « Brassez carré ! » ou bien « Vent sur l’arrière du travers ! » ou encore « La barre dessous toute ! ». Sans arrêt, à chaque saute de vent, ils amenaient les voiles, les orientaient différemment, les hissaient derechef dans leur nouvelle position. Quelle que fût la direction du vent, ils parvenaient à faire tenir au navire le même cap.

Les seuls à ne jamais participer aux manœuvres étaient Dag Tharp, le père Quillan, Natim Gharkid et Lawler. Tharp était trop léger, trop frêle pour être d’une grande utilité dans le maniement des cordages et, de toute façon, il était le plus souvent occupé dans l’entrepont à assurer les liaisons radio qui permettaient à la flottille de rester en contact. Le père Quillan était plus ou moins exempté des manœuvres du bord. La tâche de Gharkid se limitait aux travaux culinaires et à la récolte des algues flottantes. Quant à Lawler, il eût volontiers donné un coup de main dans le gréement, mais il avait honte de demander à être initié aux manœuvres et il se tenait sur la réserve, attendant une invitation qui ne venait pas.

Adossé à la rambarde, Lawler regardait l’équipage travailler quand quelque chose jaillit des flots sombres et le frappa au visage. Il éprouva une douleur cuisante sur la joue, une sensation douloureuse et brûlante, comme si sa peau avait été raclée par des écailles rugueuses. Une odeur aigre, intense et désagréable, devenant de plus en plus forte à mesure qu’elle imprégnait ses narines, se répandit tout autour de lui. Il entendit une sorte de clapotement à ses pieds.

Il baissa la tête et vit une créature ailée, longue comme la main, qui s’agitait sur le pont. Au moment du choc, Lawler avait cru qu’il s’agissait d’un rase-vagues, mais le rase-vagues était un animal gracieux, aux écailles irisées, au corps ferme et fuselé, dont le profil aérodynamique lui permettait de se maintenir longtemps en l’air et qui ne prenait jamais son essor de nuit. Le petit monstre nocturne qui se tortillait à ses pieds ressemblait plutôt à une espèce de vers muni d’ailes. Laid, mou et blafard, il avait de petits yeux ronds et noirs, et le haut du dos hérissé de courts poils rouges et raides. C’étaient ces poils que Lawler avait senti sur sa joue quand l’animal volant l’avait heurté.

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