La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
Des astres dorés brillaient, Appelaient…
Et nous voilà maintenant à bord d’un minuscule point blanc errant à la surface de l’océan immense, sur une planète qui n’est elle-même qu’un minuscule point blanc dans l’océan de ténèbres qui nous engloutit tous.
Seul, seul absolument, absolument tout seul. Tout seul sur une immense, immense, immense mer !
Lawler avait oublié la suite. C’est sans doute aussi bien, songea-t-il.
Il descendit dans l’entrepont pour voir s’il pouvait trouver le sommeil.
Il fit un nouveau rêve, un rêve de la Terre, mais pas un de ceux qui, depuis de longues années, revenaient régulièrement dans son sommeil. Ce n’est pas de la destruction de la Terre qu’il rêva cette fois, mais du départ, de la grande diaspora, de l’envol vers les étoiles. Il flottait au-dessus du globe bleu-vert familier de son rêve et, en baissant les yeux, il vit des milliers d’aiguilles brillantes qui s’en détachaient, peut-être un million, beaucoup trop nombreuses pour qu’il essaie de les compter, qui toutes s’élevaient vers lui, déchiraient le ciel, s’enfonçaient dans l’espace, un flot continu, une myriade de minuscules points lumineux plongeant dans les ténèbres qui entouraient la planète bleu-vert. Il savait que c’étaient les vaisseaux des voyageurs de l’espace, ceux qui avaient choisi de quitter la Terre, les explorateurs, les aventuriers, les colons qui s’enfonçaient dans le grand inconnu, qui s’éloignaient de la planète natale pour gagner les innombrables étoiles de la galaxie. Il suivait leur errance à travers les cieux, il les pistait jusqu’à leur destination, jusqu’à ces planètes dont il avait entendu le nom, des planètes aussi mystérieuses, magiques et inaccessibles pour lui que l’était la Terre : Nabomba Zom, où la mer est écarlate et le soleil bleu ; Alta Hannalanna, où de gigantesques vers au corps tout mou, sécrétant des kystes de précieux jade jaune, creusent des tunnels dans le sol spongieux ; Galgala la dorée ; Xamur, où l’air est parfumé et où l’atmosphère électrique emplie de crépitements nimbe le paysage d’un halo miroitant à couper le souffle ; Marajo aux sables étincelants ; Iriarte et Mentiroso ; Mulano aux deux soleils ; Ragnarok et Olympus, Malebolge et Ensalada Verde ; Aurore et…
Et même Hydros, la planète du bout du monde, la planète sans retour…
Les vaisseaux interstellaires qui quittaient la Terre en masse allaient partout où il était possible d’aller. Et pendant qu’ils faisaient route vers toutes ces différentes destinations, le point lumineux qu’était devenu la Terre s’éteignit derrière eux pour toujours. Lawler, s’agitant dans son sommeil, revit encore une fois le flamboiement insoutenable et fatal, les ténèbres qui se refermaient définitivement, et il se lamenta sur la planète qui n’était plus. Mais personne d’autre ne semblait avoir remarqué sa disparition. Ils étaient tous trop occupés à aller de l’avant, toujours plus loin, toujours plus loin.
C’est le lendemain matin que Gospo Struvin qui marchait sur le pont poussa du pied ce qui semblait être un enchevêtrement de fibres jaunes et humides en s’écriant :
— Hé ! Qui a laissé traîner ce filet ici ?
Que Kinverson déclara, au moins dix fois dans la journée :
— Je vous l’avais bien dit. Il faut se méfier d’une mer trop calme.
Et que le père Quillan dit dans sa brève oraison :
— Je marche dans la vallée de l’ombre de la mort, mais je n’ai rien à redouter.
2
La mort de Struvin avait été trop brutale, elle était survenue trop tôt dans le cours du voyage pour être acceptable et même compréhensible. À Sorve, la mort était une éventualité toujours présente. Une barque de pêche s’éloignait un peu trop et une tempête que l’on n’avait pas vu venir éclatait brusquement, ou bien l’on suivait la promenade de la digue et la Vague se dressait soudain et vous emportait, ou encore on ramassait dans la baie quelques coquillages appétissants qui se révélaient mortels. Mais le navire avait jusqu’à présent semblé constituer une petite enclave d’invulnérabilité. Peut-être parce qu’il était tellement vulnérable, peut-être parce que ce n’était qu’une dérisoire coque de bois, un point minuscule flottant au milieu de l’océan incommensurable, ils s’étaient tous imaginé qu’ils étaient en sécurité à son bord. Lawler s’attendait à des difficultés, des tensions, des privations et à une ou deux blessures graves pendant la traversée jusqu’à Grayvard, un défi à ses compétences parfois fragiles. Mais la mort d’un homme ? Sur cette mer d’huile ? La mort du capitaine ? Et cinq jours seulement après le départ ! Autant le calme des premiers jours de mer avait été inquiétant et suspect, autant la mort de Struvin était de mauvais augure et laissait présager de terribles et inexorables calamités.
Les voyageurs se soudèrent autour de cette mort comme une nouvelle peau rose se reforme autour d’une plaie. Tout le monde devint résolument positif, délibérément optimiste, ostensiblement respectueux des frontières du psychisme soumis à rude épreuve des autres. Delagard annonça qu’il allait prendre en personne le commandement du navire. Pour rétablir l’équilibre, Onyos Felk allait changer de quart et diriger les manœuvres de la bordée composée de Martello, Kinverson et Braun tandis que le nouveau capitaine dirigerait celle de l’autre quart, formée de Golghoz, Henders et Thane.
Après sa perte de sang-froid, la première, à l’annonce de la disparition de Struvin, Delagard présentait maintenant une façade de froide compétence, de résolution sans faille. Droit comme un i sur la passerelle, solide au poste, il suivait les évolutions de sa bordée dans la mâture. Un vent modéré continuait de souffler de l’est et le navire cinglait sur les flots paisibles.
Quatre jours plus tard, les paumes de Lawler étaient encore irritées par les brûlures infligées par le filet et ses doigts demeuraient très raides. L’empreinte brillante du réseau de lignes rouges s’était estompée et avait viré au brun, mais Pilya avait peut-être eu raison en lui disant qu’il garderait des cicatrices. Cela ne le préoccupait guère ; il avait déjà le corps couvert de cicatrices, témoignages d’imprudences commises au fil des ans. Mais la raideur de ses doigts le préoccupait beaucoup plus. Il avait besoin de toute leur souplesse, non seulement pour les quelques interventions chirurgicales qu’il était amené à effectuer, mais pour la palpation, l’examen des parties extérieures du corps de ses patients, un élément essentiel du diagnostic. Il n’était pas en mesure d’interpréter les messages de l’organisme avec des doigts raides comme des bouts de bois.
Pilya semblait elle aussi se soucier de l’état des mains de Lawler. En arrivant sur le pont pour prendre son quart, elle le vit et prit doucement les mains du médecin dans les siennes, comme elle l’avait fait juste après la mort de Gospo Struvin.
— Cela ne semble pas beaucoup s’améliorer, dit-elle. Vous appliquez régulièrement le baume ?
— Scrupuleusement. Mais à ce stade de la guérison, le baume ne sert plus à grand-chose.
— Et l’autre remède ? Le liquide rose ? L’analgésique ?
— Bien sûr. Vous pouvez me faire confiance, celui-là, je ne risque pas de l’oublier.