La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— Nous avons donc refait le pont et resurfacé la coque, dit l’armateur. Nous tenons à ce que tout soit parfaitement étanche. Nous aurons sans doute à essuyer de méchantes tempêtes et vous pouvez être sûr que nous aurons à affronter la Vague quelque part. Pendant une traversée inter-îles, on peut toujours essayer de contourner une tempête et, si tout se passe pour le mieux, éviter le plus fort de la Vague, mais là, ce ne sera peut-être pas aussi facile.
— Ce n’est donc pas une traversée inter-îles ? demanda Lawler.
— Peut-être pas entre les îles que nous préférerions atteindre. Dans ce genre de voyage, il faut parfois prendre la route la plus longue.
Lawler n’avait pas très bien suivi, mais comme Delagard ne développait pas sa pensée, il n’insista pas. L’armateur lui fit faire le tour du navire à toute allure en l’abreuvant de termes techniques : voici la cabine de pont et le rouf, la passerelle, le gaillard d’avant et le gaillard d’arrière, le beaupré et le guindeau, le glisseur, le treuil et son moulinet. Là, ce sont des gaffes, le poste de timonerie et l’habitacle. Dans l’entrepont nous avons le poste d’équipage, la cale, la cabine du magnétron, la cabine radio, l’atelier des charpentiers et ceci et cela…
Lawler écoutait à peine. La plupart de ces termes ne lui évoquaient rigoureusement rien. En revanche, il était frappé de voir à quel point tout était encombré dans l’espace réduit de l’entrepont. Habitué à l’intimité et à la solitude de son vaargh, il trouvait qu’ils seraient vraiment les uns sur les autres pendant la traversée. Il essayait de s’imaginer vivant sur ce bateau surpeuplé pendant deux, trois ou quatre semaines, au beau milieu de l’océan, loin de toute terre.
Non, se dit-il, ce n’est pas un bateau, c’est un navire. Un bâtiment long-courrier.
— Quelles sont les dernières nouvelles de Salimil ? demanda Lawler quand Delagard le fit enfin remonter des profondeurs du navire où la claustrophobie le menaçait.
— Dag est en communication avec eux en ce moment même. La réunion de leur conseil devait avoir lieu ce matin. À mon avis, nous serons acceptés sans problème. Ce n’est pas la place qui manque là-bas. Mon fils Rylie m’a appelé de Salimil la semaine dernière et il m’a confié que quatre membres du conseil nous soutenaient sans réserve et que deux autres penchaient pour nous.
— Sur un total de combien ?
Neuf. Cela se présente bien, dit Lawler.
Leur destination serait donc Salimil. Très bien. Très bien. Pourquoi pas ? Il essaya de se représenter l’île de Salimil – très peu différente de Sorve, naturellement, mais plus vaste, plus belle, plus riche – et se vit en train d’installer son équipement médical dans le vaargh en bordure du rivage que son collègue, le docteur Nikitin, avait préparé pour lui. Lawler s’était entretenu à plusieurs reprises à la radio avec le docteur Nikitin. Il se demanda à quoi il pouvait bien ressembler. Soit, ce serait Salimil. Lawler aurait voulu être sûr que Rylie Delagard n’avait pas parlé à la légère et que Salimil allait bien les accueillir. Mais il n’avait pas oublié que Kendry, l’autre fils de Delagard, celui qui vivait à Velmise, s’était montré tout aussi persuadé que son île accueillerait les réfugiés de Sorve.
Sidero Volkin s’approcha en clopinant et s’adressa à Delagard.
— Dag Tharp vient d’arriver. Il est dans votre bureau.
— Voici notre réponse, dit Delagard en souriant. Retournons à terre.
Tharp s’était avancé à leur rencontre et il les attendait au bord de l’eau quand ils débarquèrent. Dès l’instant où Lawler vit l’air effaré sur le visage rouge et émacié du petit radio, il sut quelle était la réponse de Salimil.
— Alors ? demanda quand même Delagard.
— Ils ont refusé. Cinq voix contre quatre. Ils prétendent que leurs réserves d’eau sont insuffisantes à cause de l’été qui fut particulièrement sec. Ils ont proposé de prendre six personnes.
— Les salauds ! Qu’ils aillent se faire foutre !
— C’est ce que vous voulez que je leur dise ? demanda Tharp.
— Ne leur dites rien. Nous n’avons pas de temps à perdre avec des gens comme eux. Et nous n’enverrons pas six des nôtres, ajouta-t-il en se tournant vers Lawler. C’est tout le monde ou personne, quel que soit l’endroit où nous irons.
— Et maintenant ? demanda le médecin. Shaktan ? Kaggerham ?
Le nom des îles lui venait facilement aux lèvres, mais il n’avait pas la moindre idée de l’endroit où elles se trouvaient, ni de ce qu’elles pouvaient être.
— Ils nous diront les mêmes conneries, fit Delagard.
— Je peux quand même essayer de joindre Kaggerham, suggéra Tharp. J’ai gardé le souvenir de braves gens. J’y suis allé il y a une dizaine d’années, quand…
— Merde à Kaggerham ! s’écria Delagard. Ils ont eux aussi un de ces foutus conseils. Il leur faudra une semaine pour débattre la chose, puis il y aura une réunion publique, un vote et tout et tout. Nous n’avons plus le temps.
L’armateur sembla brusquement s’abîmer dans ses réflexions. Il donnait l’impression d’être sur une autre planète. Il avait l’air de quelqu’un en train d’effectuer des calculs terriblement compliqués qui demandaient un effort intellectuel intense. Les yeux mi-clos, ses énormes sourcils noirs froncés, il était comme entouré par une épaisse carapace de silence.
— Grayvard, dit-il enfin.
— Mais Grayvard est à huit semaines de mer ! objecta Lawler.
— Grayvard ? dit Tharp sans cacher son étonnement. Vous voulez que j’appelle Grayvard ?
— Pas vous. Moi. Je vais les appeler moi-même, de ce navire.
Delagard se replongea un long moment dans le silence. Il semblait être reparti très loin, absorbé par de mystérieux calculs. Puis il hocha la tête à plusieurs reprises, comme satisfait du résultat.
— J’ai des cousins à Grayvard, dit-il. Je suis quand même capable de négocier avec mes propres cousins ! Je sais ce qu’il faut leur proposer. Ils nous accepteront, vous pouvez en être sûrs. Il n’y aura pas de problème. Cap sur Grayvard !
Lawler suivit des yeux l’armateur qui repartait vers le navire à grandes enjambées.
Grayvard ? Grayvard ?
Il ne savait presque rien sur cette île, sinon qu’elle se trouvait à la périphérie du groupe d’îles comprenant Sorve et qu’elle restait aussi longtemps dans la mer voisine, la Mer Rouge, que dans la Mer Natale. Grayvard était la plus éloignée des îles avec lesquelles Sorve entretenait des relations plus ou moins suivies.
Lawler avait appris à l’école que quarante des îles d’Hydros acceptaient sur leur sol une colonie humaine. Le chiffre officiel était peut-être maintenant passé à cinquante ou soixante ; il l’ignorait. Mais le véritable total était probablement beaucoup plus élevé, car tout le monde vivait encore dans le souvenir du massacre de Shalikomo qui avait eu lieu du temps de la troisième génération. Chaque fois que la population humaine d’une île commençait à s’accroître dans des proportions trop importantes, une dizaine ou une vingtaine de personnes prenaient la mer pour aller s’établir ailleurs. Les colons s’installant sur cette nouvelle île n’avaient pas nécessairement les moyens d’établir un contact radio avec le reste d’Hydros et il était donc impossible de les dénombrer avec précision. Il devait maintenant y avoir quatre-vingts îles sur lesquelles vivaient des humains, peut-être même une centaine, éparpillées sur toute la surface de cette planète dont on disait qu’elle était plus grosse que la Terre. Les communications ne pouvaient qu’être épisodiques et difficiles au-delà du petit groupe d’îles qui dérivaient de conserve. D’éphémères alliances ne cessaient de se nouer et de se dissoudre au gré des déplacements sur l’océan.