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READ-E-BOOK » Научная фантастика » La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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— Vous connaissez toute la Bible par cœur ! s’écria Quillan.

— Seulement ce passage. C’est la première page. Je n’ai jamais rien réussi à comprendre au reste, tous ces prophètes, ces rois, ces batailles et tout.

— Et Jésus.

— C’était vers la fin. Je n’ai pas poussé ma lecture aussi loin.

Le regard de Lawler se porta sur l’horizon où se séparaient les bleus des deux espaces infinis.

— Puisqu’il n’y a pas de terre ici, reprit-il, il semble évident que Dieu a voulu créer sur Hydros quelque chose de différent de ce qu’il a créé sur la Terre. Qu’en pensez-vous ? « Dieu appela le sec terre », dit la Bible. Et je suppose qu’il appela la planète d’eau Hydros. Quel boulot cela a dû être de créer tous ces mondes. Pas seulement la Terre, mais toutes les planètes de la galaxie. Iriarte, Fenix et Mégalo Castro, Darma Barma, Mentirosa, Copperfield et Nabomba Zom, toute cette flopée de planètes, cette myriade de planètes. Et il devait avoir un dessein différent pour chacune, sinon pourquoi en créer autant ? C’est bien le même dieu qui les a toutes créées, n’est-ce pas ?

— Je ne sais pas, répondit Quillan.

— Mais vous êtes un prêtre !

— Cela ne veut pas dire que je sais tout. Cela ne veut même pas dire que je sache quoi que ce soit.

— Croyez-vous en Dieu ? demanda Lawler à son tour.

— Je ne sais pas.

— Croyez-vous en quoi que ce soit ?

Quillan ne répondit pas tout de suite. Son visage se figea ; il devint rigoureusement immobile, comme celui d’un mort, comme si son esprit avait momentanément quitté son corps.

— Je ne pense pas, dit-il enfin.

Même s’il était difficile de comprendre pourquoi, la mer semblait maintenant plus plate qu’à Sorve. La nuit tombait brusquement, presque avec fracas. Le soleil dégringolait à l’occident, demeurait un moment au-dessus de la mer et sombrait aussitôt. Les ténèbres s’installaient derrière les navires d’une manière presque instantanée et la Croix d’Hydros se mettait à briller dans le ciel.

— À table ! Premier quart ! cria Natim Gharkid en tapant sur une casserole.

L’équipage du Reine d’Hydros était divisé en deux quarts qui, à tour de rôle, étaient de service pendant une période de quatre heures. Les membres de chaque quart prenaient leurs repas en commun. Le premier quart était composé de Léo Martello, Gabe Kinverson, Pilya Braun, Gharkid, Dag Tharp et Gospo Struvin. Le second de Neyana Golghoz, Sundira Thane, Dann Henders, Delagard, Onyos Felk, Lis Niklaus et le père Quillan. Il n’y avait pas de carré des officiers : Delagard et Struvin, le propriétaire et le capitaine du navire, prenaient leurs repas avec les autres. Lawler, qui n’avait pas d’horaire fixe, mais pouvait être appelé à tout moment, était le seul à ne pas être intégré au système des quarts. Cela convenait parfaitement aux rythmes biologiques du médecin qui prenait son repas du matin à l’aube, avec le second quart, et son repas du soir au coucher du soleil, avec le premier. Mais il éprouvait un étrange sentiment de flottement et avait un peu l’impression de ne pas vraiment participer à la vie du bord. Dès les premiers jours de la traversée, une sorte d’esprit d’équipe commença de se développer à l’intérieur de chaque quart, mais lui ne faisait partie ni de l’un, ni de l’autre.

— Ce soir, annonça Lis Niklaus tandis que les membres du premier quart pénétraient à la file dans la cuisine, ragoût d’algues vertes. Ailerons de poisson-sentinelle grillés. Gâteaux de poisson. Salade de baie-gomme.

C’était le troisième soir, la troisième fois que Lis détaillait le menu, toujours le même, la troisième fois qu’elle faisait montre de la même jovialité, comme si elle espérait déclencher un élan d’enthousiasme général. C’est elle qui se chargeait de la préparation des repas, avec l’aide de Gharkid et, de temps en temps, un coup de main de Delagard. Les repas étaient frugaux et il n’y avait guère d’espoir d’améliorer l’ordinaire : poisson séché et gâteaux de poisson, algues séchées et pain d’algues auxquels s’ajoutaient la récolte d’algues fraîches de Gharkid et la pêche du jour. Jusqu’à présent, les seules prises avaient été des poissons-sentinelles. Des bancs de ces poissons aux mouvements vifs, à l’air vorace et au nez en pointe suivaient la flottille depuis le départ de Sorve. Kinverson, Pilya Braun et Henders étaient chargés de la pêche, à la poupe du navire où étaient installés les engins.

— Bonne journée, dit Struvin.

— Trop bonne, grommela Kinverson en plongeant le nez dans son assiette.

— Tu préférerais affronter une tempête ? Ou la Vague peut-être ?

— Je me méfie de la mer quand elle est trop calme, dit Kinverson en haussant les épaules.

— Que nous reste-t-il comme eau pour ce soir, Lis ? demanda Dag Tharp en piquant un gâteau de poisson avec sa fourchette.

— Encore deux doigts par tête et ce sera tout pour ce repas.

— Merde. Ça donne soif, tout ce qu’on mange.

— Nous aurons beaucoup plus soif plus tard si nous buvons toute notre eau dès la première semaine, dit Struvin. Tu le sais aussi bien que moi. Lis, veux-tu apporter quelques filets de poisson-sentinelle cru pour notre radio ?

Avant de quitter Sorve, les colons avaient fait le plein d’eau douce, chargeant tous les tonneaux que la soute pouvait contenir. Mais cela ne représentait qu’une réserve de l’ordre de trois semaines en imposant une consommation modérée. Ils se trouvaient donc dans l’obligation de recueillir de l’eau de pluie pendant le voyage. Si la pluie faisait défaut, il leur faudrait trouver un autre moyen d’étancher leur soif. Le poisson cru en était un. Tout le monde savait cela, mais Tharp refusait d’en manger.

— Laisse tomber, Lis, dit-il en faisant la grimace. Je ne veux pas bouffer de poisson cru.

— Ça coupe la soif, dit doucement Kinverson.

— Ça coupe surtout l’appétit, répliqua Tharp. Je ne veux pas de cette saloperie. Je préfère encore avoir soif.

— Comme tu veux, fit Kinverson avec un haussement d’épaules. Tu changeras peut-être d’avis dans une ou deux semaines.

Lis posa sur la table un plat de tranches de poisson d’un vert pâle. La chair crue, encore humide, était entourée par des rubans d’algue jaune fraîche. Tharp considéra le plat d’un air renfrogné, puis il secoua la tête et détourna les yeux. Au bout d’un moment, Lawler se servit. Struvin l’imita, suivi de Kinverson. Lawler sentit la fraîcheur de la chair crue sur sa langue. Une fraîcheur apaisante, presque désaltérante. Presque.

— Qu’en pensez-vous, docteur ? demanda Tharp au bout d’un certain temps.

— Pas mauvais du tout, répondit Lawler.

— Je pourrais peut-être en prendre juste une bouchée, dit le radio.

— Quel cul ! lança Kinverson en pouffant dans son assiette.

— Qu’est-ce que tu as dit, Gabe ?

— Tu veux vraiment que je répète ?

— Si vous avez envie de vous battre, vous deux, vous allez sur le pont, dit Lis Niklaus avec une moue de dégoût.

— Nous battre ? dit Kinverson, l’air stupéfait. Dag et moi ? Ne dis pas de bêtises, Lis. Je lui flanque une volée d’une seule main !

— Tu veux vraiment te battre ? s’écria Tharp, son visage mince, en lame de couteau, devenant encore plus rouge qu’à l’accoutumée. Viens, Kinverson, viens ! Tu crois que j’ai peur de toi ?

— Vous devriez avoir peur, dit doucement Lawler. Il est quatre fois plus grand que vous. Si nous avons épuisé notre quota d’eau pour ce soir, poursuivit-il en se tournant vers Struvin avec un sourire, nous pourrions peut-être prendre un petit verre d’alcool. Cela nous coupera la soif.

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