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Les enfants d'Icare

Электронная книга - «Les enfants d'Icare». Краткое содержание книги:

« Il se trouvait à un moment où l’Histoire retient son souffle, où le présent se détache de ce qui a été… Toutes les réussites du passé se trouvaient réduites à néant, mais une seule pensée revenait inlassablement dans l’esprit de Reinhold comme un écho tenace : désormais l’homme n’était plus seul dans l’univers. »
L’astronef étranger s’était posé sur Terre et nul ne l’avait vu arriver. Maintenant qu’il était là, plus rien ne serait comme avant. Sans se montrer, ses occupants ne tardent pas à imposer leur volonté à l’homme. Ils exigent et obtiennent le désarmement général.
L’action des Suzerains est incontestablement bénéfique et cependant un doute terrible subsiste… Pourquoi aucun humain n’a-t-il pu les apercevoir ? L’existence de l’humanité n’est-elle pas menacée ?
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— Et ce n’est pas la seule raison qui nous a conduits à enfermer les humains dans le ghetto de la Terre.

La lumière pâlit et s’éteignit complètement tandis qu’une forme opalescente prenait naissance au centre de la salle. Elle se coagula, se muant en un tourbillon d’étoiles. C’était une nébuleuse spirale observée d’un point situé bien au delà du plus extérieur de ses soleils.

La voix de Karellen s’éleva dans l’obscurité.

— Jamais un œil humain n’a encore contemplé ce spectacle. Vous êtes en train de regarder votre propre univers, la galaxie-île à laquelle appartient votre Soleil telle qu’elle apparaît à l’observateur à une distance d’un demi-million d’années-lumière.

Un long silence suivit ces mots. Puis Karellen enchaîna ; mais maintenant, il y avait dans sa voix quelque chose qui n’était ni tout à fait de la pitié ni à proprement parler du mépris :

— Votre espèce est apparue notoirement incapable de régler les problèmes de sa petite planète. Quand nous sommes arrivés, vous étiez sur le point de vous détruire de vos propres mains grâce aux pouvoirs que la science vous avait imprudemment fournis. Sans notre intervention, la Terre serait aujourd’hui un désert radio-actif. À présent, la paix règne et la race humaine est unifiée. Vous serez bientôt assez civilisés pour gérer les affaires de la planète sans notre aide. Peut-être pourrez-vous finalement faire face aux problèmes que pose l’administration d’un système tout entier – disons une cinquantaine de lunes et de planètes. Mais croyez-vous vraiment pouvoir un jour avoir la maîtrise de ceci ?

La nébuleuse se dilata. Les étoiles, maintenant animées d’un mouvement impétueux, surgissaient et s’évanouissaient aussi vite que les étincelles d’une forge. Et chacun de ces fugaces éclairs était un soleil autour duquel tournoyaient un nombre indéterminé de planètes.

— Votre galaxie compte à elle seule quatre-vingt-sept mille millions de soleils, chuchota Karellen. Et ce chiffre lui-même ne donne qu’une faible idée de l’immensité de l’espace. Si vous tentiez de relever ce défi, vous seriez semblables à des fourmis qui essaieraient de répertorier et de classifier tous les grains de sable de tous les déserts du globe. Non, à l’étape actuelle de son évolution, votre race est dans l’incapacité de relever ce formidable défi. Ma tâche consiste en partie à vous protéger des forces qui sont tapies au milieu des étoiles, des forces qui transcendent tout ce que vous pourriez imaginer.

L’image embrumée des brasiers galactiques s’effaça. La lumière revint dans la vaste salle soudain silencieuse.

Karellen fit demi-tour pour sortir. La conférence était terminée. Arrivé à la porte, il s’arrêta et se tourna vers l’assistance frappée de mutisme.

— C’est une idée cruelle, mais vous devez la regarder en face. Peut-être votre domination s’étendra-t-elle un jour sur les planètes. Mais les étoiles ne sont pas pour l’Homme.

Les étoiles ne sont pas pour l’Homme. Oui, les humains seraient déconfits de voir les portes du ciel se refermer sur leur nez, mais il fallait qu’ils apprennent à faire face à la vérité – à la part de vérité, tout au moins, que l’on pouvait miséricordieusement leur montrer.

Dans la lointaine solitude de la stratosphère, Karellen contemplait la planète et les créatures confiées à sa garde, mission dont il se serait bien passé. Il songeait à tout ce que l’avenir tenait en réserve, il songeait à ce que serait ce monde dans une douzaine d’années.

Les humains ne sauraient jamais quelle chance ils avaient eue. En l’espace d’une vie d’homme, l’humanité était parvenue à un bonheur qu’aucune autre race n’avait jamais connu. Ç’avait été l’âge d’Or. Mais l’or est aussi la couleur du couchant, la couleur de l’automne. Et seules les oreilles de Karellen pouvaient percevoir les premières plaintes des tempêtes de l’hiver.

De même qu’il était le seul à savoir avec quelle inexorable hâte l’âge d’Or approchait de sa fin.

LA DERNIÈRE GÉNÉRATION

15

— Regarde-moi ça ! explosa George Greggson en lançant le journal à Jean.

Malgré les efforts de celle-ci pour l’intercepter, le journal atterrit mollement en travers de la table du petit déjeuner. Après avoir gratté la confiture qui le maculait, elle se plongea dans la lecture de l’article qui avait déclenché la fureur de George en faisant de son mieux pour prendre un air indigné. Le résultat n’était pas totalement convaincant car Jean était bien souvent d’accord avec les critiques. En général, elle gardait pour elle ses opinions hérétiques, et pas simplement pour avoir la paix. George ne demandait pas mieux qu’elle (ou n’importe qui d’autre) le couvre d’éloges, mais si elle avait le malheur d’émettre la moindre réserve, elle était sûre d’avoir droit à un cinglant sermon stigmatisant son analphabétisme dans le domaine de la chose artistique.

Quand elle eut relu deux fois de suite le papier, elle baissa métaphoriquement les bras. Le compte rendu lui paraissait tout à fait favorable. Ce qu’elle dit :

— Il paraît avoir apprécié. Pourquoi ronchonnes-tu ?

— Relis donc ça, gronda George en posant brutalement le doigt au beau milieu de la colonne.

— Dans la séquence du ballet, les verts délicats tendres du fond étaient particulièrement agréables et reposants pour l’œil. Eh bien ?

— Ils n’étaient pas verts ! J’ai mis un temps fou à trouver la nuance exacte de bleu. Et qu’est-ce qui se passe ? Un abruti d’ingénieur sabote l’équilibre des couleurs en régie. Ou alors, c’est que le poste de cet imbécile de critique est déréglé. Quelle couleur as-tu vu sur le nôtre ?

— Euh… je ne m’en souviens pas, avoua Jean. Poupée s’est mise à brailler juste à ce moment et je suis allée voir ce qui lui arrivait.

— Ah !

George retomba dans un calme à peine frémissant mais Jean savait que le volcan pourrait se réveiller d’un instant à l’autre. Néanmoins, l’éruption, quand elle se produisit, fut tout à fait modérée.

— J’ai trouvé une nouvelle définition de la télé, murmura George sur un ton sépulcral. C’est le moyen de bloquer la communication entre l’artiste et le public.

— Alors, qu’est-ce que tu proposes ? rétorqua-t-elle. Qu’on en revienne au théâtre avec des acteurs en chair et en os ?

— Et pourquoi pas ? C’est précisément à cela que je pense. Tu te rappelles cette lettre que m’avaient envoyée les gens de la Nouvelle-Athènes ? Ils m’en ont écrit une autre. Cette fois, je vais leur répondre.

— Tu parles sérieusement ? (Une légère inquiétude perçait dans la voix de Jean.) Ils me font l’effet d’être une bande de cinglés.

— Il n’y a qu’une seule façon d’en avoir le cœur net. J’ai l’intention d’aller là-bas dans deux semaines. Je dois reconnaître que leur production littéraire a l’air parfaitement valable. Et il y a des types remarquables chez eux.

— Si tu te figures que je vais me mettre à faire la cuisine sur un feu de bois ou à m’habiller avec des peaux de bêtes, tu te fais des illu…

— Allons ! Ne dis pas d’imbécillités ! Ces histoires-là, c’est de la blague. La Colonie a tout ce qui est réellement nécessaire pour mener une vie civilisée. Les fariboles inutiles ne les intéressent pas, c’est tout. D’ailleurs, cela fait deux ans que je ne suis pas allé dans le Pacifique. Ça nous fera faire un petit voyage.

— Jusque-là, j’approuve des deux mains. Mais je n’ai pas envie que Junior et Poupée deviennent deux sauvages polynésiens.

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