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Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]

Электронная книга - «Chroniques de Majipoor [Majipoor Chronicles - fr]». Краткое содержание книги:

Majipoor, planète géante, abrite des dizaines de milliards d’habitants, humains, Hjorts, Métamorphes, Vroons, Skandars et autres étrangers. Parce que les métaux y sont rares, la technologie y est presque absente. Mais on y excelle dans les arts et les aménités de la vie. Jeune saute-ruisseau, Hissune est entré au service du Pontife de Majipoor. Il a accès au Registre des Ames où des millions d’habitants de Majipoor ont déposé au fil de milliers d’années des enregistrements de leurs souvenirs.
II suffit de prendre une capsule, de la glisser dans une fente spéciale et, d’un seul coup, c’est comme si on était devenu la personne qui a fait l’enregistrement.
Hissune en prend une et une autre et une autre encore, et c’est comme s’il voyageait à travers les continents démesurés, les océans interminables de Majipoor, comme s’il explorait les plaines, les déserts, les montagnes, les villes, les palais et les âmes aussi.
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— Vous plaisez-vous vraiment ici ? demanda-t-il.

— On s’y habitue, répondit-elle avec un haussement d’épaules.

— Je doute de pouvoir m’y habituer. Pour moi, Suvrael n’est qu’un lieu de tourments, une sorte de purgatoire.

— Exactement, fit Golator Lasgia avec un hochement de tête.

Un éclair passa de ses yeux dans ceux de Dekkeret. Il n’osa pas lui demander de développer ; mais quelque chose lui disait qu’ils avaient beaucoup en commun.

Il remplit encore une fois leurs verres et se hasarda à lui adresser un sourire paisible et entendu.

— C’est le purgatoire que vous venez chercher ici ? demanda-t-elle.

— Oui.

Elle montra le jardin luxuriant, les bouteilles de vin vides, la vaisselle de valeur et les mets délicats à demi consommés.

— Alors vous avez mal commencé, dit-elle.

— Madame, il n’entrait pas dans mes projets de dîner avec vous.

— Ni dans les miens. Mais le Divin prescrit et nous nous soumettons. N’est-ce pas ?

Elle se pencha vers lui.

— Qu’allez-vous faire maintenant ? La traversée jusqu’à Natu Gorvinu ?

— Cela semble être une entreprise trop pénible.

— Alors faites comme je vous ai dit. Restez à Tolaghai jusqu’à ce que vous vous en lassiez ; puis repartez et rendez votre rapport. Personne ne s’apercevra de rien à Khyntor.

— Non. Il faut que je pénètre dans les terres. L’expression de la jeune femme se fit narquoise.

— Quel dévouement ! Mais comment ferez-vous ? À partir d’ici toutes les routes sont fermées.

— Vous en avez cité une qui passe par le col de Khulag et qui est à l’abandon. Cela ne me semble pas aussi dangereux que des tempêtes de sable mortelles ou des bandits changeformes. Peut-être pourrai-je engager un guide de caravanes pour me conduire par cette route ?

— Dans le désert ?

— Si c’est nécessaire.

— Le désert est hanté, dit Golator Lasgia d’un ton désinvolte. Vous devriez renoncer à cette idée. Appelez le serveur ; il nous faut encore du vin.

— Je crois que j’en ai bu assez.

— Alors venez. Nous allons ailleurs.

Cela faisait un choc de quitter l’air frais du jardin pour retrouver l’air nocturne chaud et sec de la rue ; mais ils montèrent rapidement dans le flotteur de Golator Lasgia et se retrouvèrent peu de temps après dans un second jardin, celui-ci dans la cour de sa résidence de fonction et qui entourait une piscine. Il n’y avait pas de machines pour atténuer la chaleur, mais l’Archiregimand connaissait un autre moyen. Elle se dépouilla de sa robe et se dirigea vers la piscine. Son corps mince et souple luit quelques instants à la clarté des étoiles ; puis elle plongea, s’enfonçant sous la surface de l’eau presque sans éclabousser. Elle lui fit signe de venir et il la rejoignit rapidement.

Ensuite, ils s’étreignirent sur un lit d’herbe rase et drue. C’était presque autant de la lutte que de l’amour, car elle le serrait entre ses longues jambes musclées, essayait de lui lier les bras et se roulait avec lui en riant ; il était stupéfait de sa force et de la férocité espiègle de ses mouvements. Mais quand ils eurent fini de se mettre à l’épreuve, ils remuèrent avec plus d’harmonie et ils eurent cette nuit-là peu de sommeil et se dépensèrent beaucoup.

L’aube les surprit : sans prévenir, le soleil fut dans le ciel comme une sonnerie de trompette, dardant sur les collines environnantes ses rayons brûlants.

Ils étaient allongés, épuisés, sans énergie. Dekkeret se tourna vers elle – à la lumière cruelle du matin elle avait l’air moins juvénile qu’à la clarté des étoiles – et lui demanda brusquement :

— Parle-moi de ce désert hanté. Quels esprits vais-je y rencontrer ?

— Comme tu es obstiné !

— Raconte-moi.

— Il y a des fantômes qui peuvent entrer dans tes rêves et te les volent. Ils privent ton âme de toute joie et y laissent la peur à la place. Dans la journée ils chantent au loin, t’embrouillant les idées et te faisant quitter la route avec leur cliquetis et leur musique.

— Suis-je censé croire cela ?

— Ces dernières années, beaucoup de ceux qui sont entrés dans le désert y ont péri.

— À cause de ces fantômes qui volent les rêves.

— C’est ce que l’on dit.

— Cela fera une bonne histoire à raconter quand je retournerai au Mont du Château.

— Si tu y retournes.

— Tu m’as dit que tous ceux qui étaient entrés dans le désert n’en étaient pas morts. Évidemment, car quelqu’un en est ressorti pour raconter l’histoire. Alors je vais engager un guide et courir ma chance avec les fantômes.

— Personne ne t’accompagnera.

— Alors j’irai seul.

— Et tu mourras sans doute.

Elle caressa ses bras puissants et émit un petit ronronnement.

— As-tu tellement envie de mourir, si jeune ? La mort n’a pas de valeur. Elle n’apporte aucun avantage. Quelle que soit la paix que tu cherches, ce n’est pas la paix de la tombe. Oublie ce voyage dans le désert. Reste ici auprès de moi.

— Nous irons ensemble.

— Je ne pense pas, fit-elle en riant.

Dekkeret se rendit compte que c’était de la folie. Il doutait de ses histoires d’esprits et de voleurs de rêves, à moins que ce qui se passait dans ce désert fût quelque fourberie des Changeformes, les aborigènes rebelles, et même dans ce cas, il en doutait. Peut-être que toutes ces histoires de danger n’étaient que des ruses pour le faire rester plus longtemps à Tolaghai. C’était flatteur, si c’était vrai, mais d’aucune utilité pour ses recherches. Et elle avait raison de dire que la mort était une forme inutile de purification. Si ses aventures à Suvrael devaient avoir une signification, il lui fallait réussir à leur survivre.

Golator Lasgia le fit lever. Ils se baignèrent rapidement dans la piscine ; puis elle l’emmena à l’intérieur, dans le logement le plus joliment aménagé qu’il eût vu depuis qu’il avait quitté le Mont du Château, et lui prépara un petit déjeuner composé de fruits et de poisson séché.

— Es-tu vraiment obligé d’aller à l’intérieur des terres ? lui demanda-t-elle soudain au milieu de la matinée.

— Une nécessité profonde me pousse dans cette direction.

— Très bien. Il y a à Tolaghai un gredin qui s’aventure souvent à l’intérieur en passant par le col de Khulag, du moins à ce qu’il prétend, et semble en revenir vivant. Pour une bourse remplie de royaux, il ne fait aucun doute qu’il t’y guidera. Il s’appelle Barjazid ; et si tu persistes dans ton idée, je le ferai appeler et lui demanderai de t’aider.

4

Gredin semblait vraiment être le terme qui convenait à Barjazid. C’était un petit homme maigre à l’aspect peu recommandable, pauvrement vêtu d’une vieille robe brune et de sandales en cuir usagé et portant autour du cou un antique collier d’os de dragons de mer dépareillés. Il avait les lèvres minces, un regard vitreux où se lisait la fébrilité et la peau tellement brûlée par le soleil du désert qu’elle en était presque noire. Il regarda Dekkeret comme s’il soupesait le contenu de sa bourse.

— Si je vous emmène, dit Barjazid d’une voix totalement dénuée de résonnante sans être faible, vous signerez d’abord une décharge me libérant de toute responsabilité envers vos héritiers si vous veniez à mourir.

— Je n’ai pas d’héritiers, répondit Dekkeret.

— Votre famille, alors. Je ne veux pas être traîné devant les tribunaux pontificaux par votre père ou votre sœur aînée parce que vous avez péri dans le désert.

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