La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]
- Автор: Вулф Джин Родман
- Серия: Le Livre du Nouveau Soleil #2
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Deno
- ISBN: 2-207-25634-0
- Переводчик: William Olivier Desmond
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La griffe du demi-dieu [The Claw of the Conciliator - fr]». Краткое содержание книги:
La petite fille de tout à l’heure réapparut, sortant de nulle part, et nous interpella : « Ils ont apporté à manger. Ne venez-vous pas ? » Je me redressai et dis : « Je vais chercher quelque chose. Manger te fera peut-être du bien.
— Le système s’est enraciné. Il a duré trop longtemps. » J’étais déjà parti rejoindre le groupe des prisonniers lorsqu’il ajouta : « Les gens ne savaient pas. »
Les détenus revenaient, portant de petites miches de pain dans le creux du bras. Il y avait moins de monde au moment où j’arrivai à la porte, dont les battants étaient grands ouverts. Au-delà, dans le corridor, un préposé portant mitre de gaze amidonnée surveillait un chariot d’argent. Et les prisonniers quittaient réellement l’Antichambre pour faire cercle autour de cet homme. Je les suivis, m’imaginant un instant que j’avais retrouvé la liberté.
Mais mon illusion, hélas, ne tarda pas à se dissiper. Des hastarii se tenaient aux deux extrémités du couloir pour l’interdire, tandis que deux autres, lances croisées, gardaient la porte conduisant au puits des gongs éoliens.
Quelqu’un me toucha le bras. Me retournant, je reconnus la vieille Nicarète. « Vous devez prendre quelque chose, me dit-elle. Sinon pour vous, du moins pour votre ami. Ils n’en apportent jamais suffisamment. »
J’approuvai d’un signe de tête et, passant par-dessus les épaules de plusieurs personnes, je réussis à m’emparer de deux pains gluants. « Combien de repas sert-on par jour ?
— Deux. Hier, vous êtes arrivés juste après le second. Tout le monde s’efforce de prendre une ration raisonnable, mais il n’y en a jamais tout à fait assez.
— Et ce sont des pâtisseries que l’on nous donne ? » Mes doigts étaient couverts de sucre glace, et parfumés au citron, au curcuma et à la muscade.
« En effet, répondit la vieille femme, il y en a toujours ; ce ne sont toutefois pas les mêmes d’un jour à l’autre. Quant à ce récipient d’argent, il contient du café, et vous trouverez des tasses dans le bas de la table roulante. La plupart des gens enfermés ici ne l’aiment pas et n’en boivent pas. Je parierais même qu’il s’en trouve pour ignorer que l’on nous en offre. »
Les pâtisseries avaient maintenant toutes disparu, et, en dehors de Nicarète et de moi-même, tous les autres prisonniers s’en étaient retournés dans la salle au plafond surbaissé. Je pris une tasse dans le bas de la table roulante, et la remplis de café. C’était un breuvage très fort, noir et brûlant, et exagérément adouci par addition de ce qui me parut être du miel de thym.
« Vous ne le buvez pas ?
— Je voudrais en donner à Jonas. M’empêchera-t-on d’emporter la tasse ?
— Je ne crois pas », me répondit Nicarète, qui, d’un mouvement de tête, me montra les soldats.
Ceux-ci venaient en effet de baisser leur lance en position de garde, et la flamme de l’extrémité s’était intensifiée. Nous retournâmes tous deux dans l’Antichambre, et les deux battants se refermèrent derrière nous.
Je rappelai à Nicarète ce qu’elle m’avait dit la veille, à savoir qu’elle était enfermée ici de son propre chef, et lui demandai si elle savait pour quelle raison on nourrissait les prisonniers avec des pâtisseries et du café méridional.
« Vous le savez déjà, répondit-elle. Je l’ai deviné au son de votre voix.
— Non. En fait, je me disais que Jonas le savait peut-être.
— C’est possible. Toujours est-il que cette prison n’en est pas officiellement une. Il y a fort longtemps – avant même le règne d’Ymar, je crois – la coutume voulait que ce soit l’Autarque lui-même qui juge tous les crimes commis dans l’enceinte du Manoir Absolu. Les autarques se disaient peut-être qu’en s’occupant en personne de ces affaires, ils avaient une chance d’avoir vent des complots qui pouvaient se tramer contre eux. À moins que ce ne fût simplement dans l’espoir de désarmer la haine et la jalousie qu’ils suscitaient, en se montrant justes et équitables envers ceux de leur entourage immédiat. On traitait rapidement des crimes importants, mais les auteurs de délits mineurs étaient, en attendant, gardés ici…»
Ce qui interrompit Nicarète fut le bruit des portes qui s’ouvraient de nouveau. Un petit homme en haillons et à la bouche édentée fut jeté dans l’Antichambre. Il trébucha, tomba et se releva pour venir se jeter à mes pieds. C’était Héthor.
Exactement comme pour Jonas et pour moi, les autres prisonniers se rassemblèrent autour de lui, le forcèrent à se relever en lui criant mille questions. Nicarète, que Lomer ne tarda pas à rejoindre, les obligea à se disperser et demanda à Héthor de dire qui il était. Il empoigna sa casquette (me rappelant cette matinée où il m’avait trouvé, bivouaquant sur une prairie, près du carrefour de Ctésiphon) et dit : « Je suis l’esclave de mon maître, celui qui a v-v-voyagé au loin et u-u-usé toutes les cartes, Héthor est mon nom, et suis étouffé de poussière et d-d-deux fois abandonné », sans cesser de me regarder de ses yeux où brillait la folie, ressemblant tout à fait à l’un des rats chauves de la châtelaine Lélia, des rats qui tournaient sans cesse en rond et se mordaient la queue lorsque l’on frappait dans ses mains.
Absolument dégoûté par sa vue et toujours soucieux de l’état de santé de Jonas, je m’éloignai sur-le-champ et m’en retournai vers l’endroit où nous avions passé la nuit. L’image d’un rat à la peau grisâtre et tout tremblant me hantait encore lorsque je m’assis ; puis, comme si elle s’était elle-même souvenue n’être qu’une représentation tirée des souvenirs morts de Thècle, elle s’évanouit tout soudain, comme l’avait fait le poisson de Domnina.
« Quelque chose qui ne va pas ? » demanda Jonas. Il me sembla avoir recouvré une partie de ses forces.
« Des pensées me troublent.
— Mauvaise chose pour un bourreau, mais je suis satisfait de la compagnie. »
Je posai les pains sucrés sur ses genoux, et lui mis la tasse dans la main. « Le café du Manoir – et sans poivre. L’aimes-tu ainsi ? »
Il acquiesça de la tête, prit la tasse et en but une gorgée. « N’en prends-tu pas ?
— J’ai déjà bu le mien, là-bas. Mange donc le petit pain ; c’est très bon. »
Du bout des dents, il grignota un morceau minuscule. « Il faut que je parle à quelqu’un, et le sort t’a désigné ; je le ferai, même si après tu penses que je suis un monstre. De toute façon, tu es un monstre toi aussi, Sévérian ; savais-tu cela, mon ami ? Un monstre pour avoir pris comme profession une activité que la plupart des gens ne pratiquent qu’à l’occasion, comme passe-temps.
— Une bonne partie de ton corps est faite de métal, lui dis-je, et pas seulement ta main. Cela fait quelque temps que je sais cela, cher ami et monstre. Mais pour l’instant bois ton café et mange ton pain ; d’après ce que j’ai compris, on ne sera nourris à nouveau que dans huit bonnes veilles.
— Nous nous sommes écrasés. Cela faisait tellement longtemps… Sur Teur il n’y avait plus ni ports ni appontements. Après l’accident, je n’avais plus de main ni de visage. Mes camarades m’ont réparé tant bien que mal, mais il ne restait plus la moindre pièce détachée, rien que du matériel biologique. » Utilisant la main de fer que j’avais toujours crue n’être tout au plus qu’un crochet amélioré, il prit sa main de chair et d’os comme un homme tiendrait une ordure avant de la jeter au loin.
« Tu as la fièvre. Tu as reçu un coup de fouet, mais tu seras bientôt guéri, nous sortirons de ce trou et tu retrouveras Jolenta. »
Jonas hocha la tête en silence. « Est-ce que tu te souviens, au moment où nous étions sur le point de sortir de dessous la porte de Compassion, au beau milieu de la cohue, comment elle a tourné la tête ? Un rayon de soleil est venu alors se poser sur sa joue…»