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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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Elle avait toujours admiré le dévouement de sa sœur à ses enfants, il lui avait même parfois fait envie, mais elle n’avait jamais envisagé pour autant de devenir mère, sinon comme une chose qu’on imagine vaguement faire un jour ou l’autre. Sa carrière et ses ennuis avec Ethan avaient rendu la question caduque. Puis, tout soudain, elle se retrouva responsable de deux enfants traumatisés. Elle avait pris un congé sans solde à l’université après les meurtres et savait qu’y retourner la transformerait en cible de choix pour les tueurs, s’ils revenaient. Une nouvelle ville, la responsabilité de Cassie et de Thomas, la menace impénétrable qui pesait sur eux tous, sans parler de son propre fardeau de souvenirs traumatisants… il lui était arrivé de se réveiller en sueur la nuit, certaine qu’elle ne pouvait rien gérer de tout cela : sa nièce et son neveu la mépriseraient, elle sombrerait dans la misère, tous trois seraient massacrés dans leur sommeil.

Mais cela ne s’était pas déroulé ainsi. Cassie et Thomas avaient peu à peu réussi à s’adapter. Des mois durant, Cassie s’était bouché les oreilles à la moindre mention de ses parents ; elle avait été collante, rechignant même à aller seule à l’école. Mais elle avait petit à petit repris confiance en elle. Nerissa aussi. C’était comme si elles avaient appris un tour de magie silencieux : comment puiser de la force l’une dans l’autre en étant ensuite plus fortes l’une et l’autre. Thomas, bien que plus jeune, s’était remis encore plus rapidement. Il y avait bien sûr eu des moments difficiles, des crises de larmes ou de colère subites et injustifiées, des exigences d’être ramené dans sa vraie maison et à sa vraie mère… mais Thomas s’était laissé consoler dans les bras de sa sœur, puis, plus tard, dans ceux de Nerissa. Elle se souvint de la première fois qu’il s’était précipité en pleurs dans son giron. La chaleur et le poids surprenants du petit garçon contre elle, l’humidité laissée sur son épaule par les larmes qu’il versait.

Les protéger était devenu la base de son existence. Il ne lui restait plus que cela après qu’on lui avait tant pris. Et c’était un travail pour lequel, s’aperçut-elle avec surprise, elle possédait un certain talent.

Mais elle avait échoué, en fin de compte. Elle s’était absentée de chez elle la nuit du retour des sims. Et pour des raisons purement égoïstes. Une soirée au théâtre avec John Vance, le père de Beth, un des célibataires de la Society, veuf depuis 2007. Ils avaient assisté à une représentation de La Nuit des rois au Performing Arts Center. Puis bu quelques verres chez John. Puis étaient passés au lit, sûre quant à elle que Cassie pouvait veiller sur Thomas, qu’il était bon pour celle-ci de se sentir maîtresse des lieux de temps en temps, de commencer à assumer des responsabilités d’adulte… entre autres justifications égoïstes.

Tu as laissé ta vigilance se relâcher, se reprocha Nerissa. Elle s’était sentie suffisamment en sécurité pour laisser remonter un peu d’amertume refoulée… amertume de ne pouvoir refuser d’honorer des obligations dont elle n’avait jamais voulu, d’avoir été reléguée à un rôle secondaire dans la vie de ces enfants au lieu de jouer le premier dans la sienne. Elle avait choisi de tromper sa solitude en compagnie d’un homme pour qui elle ne ressentait qu’une affection passagère. Résultat : Cassie et Thomas avaient disparu. Ils n’étaient pas morts (oh mon Dieu, je vous en prie, non), mais elle ne savait où avec le fils arrogant de Werner Beck et la fille maussade de John Vance… en route, selon toute probabilité, vers un des refuges mis en place par Werner Beck. À supposer que Beck lui-même ne se soit pas fait tuer. Les sims s’étaient montrés plus stricts dans leur sélection, cette fois-ci, mais Beck ne pouvait que figurer parmi leurs cibles prioritaires. Parce qu’il était, comme l’avait toujours dit Ethan, le cœur de la Society. Son principal ressort, sa force motrice. Son membre le plus enthousiaste et le plus dangereux.

Le ruban de l’autoroute quitta l’Ohio pour l’Indiana. Au crépuscule, le ciel s’était dégagé et la température avait baissé. Dans les environs d’Indianapolis, ils passèrent devant une radio locale dont l’antenne de transmission, braquée telle une fleur métallique sur le méridien, murmurait à la radiosphère ce qu’elle-même murmurerait en retour aux comtés et faubourgs voisins… voire au monde entier, avec un signal d’une puissance suffisante.

Ethan se brancha à temps dessus pour capter un bulletin d’informations. Le monde se dirigeait vers un Noël tendu et peu commun. En Afrique du Nord, les forces du général Othmani avaient cerné et anéanti une brigade de soldats de la paix envoyée par la Société des Nations. En Europe, une conférence sur la crise des Balkans n’avait pu aboutir à un accord. Et on signalait des échanges de tirs d’artillerie entre la Communauté de Russie et l’Alliance panasiatique qui se disputaient un port pétrolier sur la mer d’Okhostk.

Aucune de ces crises mineures n’était inhabituelle en soi, mais elles formaient un ensemble de mauvais augure. « Je me demande parfois si cette paix qu’ils nous ont donnée ne commence pas à se désagréger, dit Ethan.

— Ils nous l’ont imposée, plutôt que donnée. Et je ne suis pas sûre qu’on devrait parler de paix. »

Pax formicae, pensa-t-elle. La paix de la fourmilière.

« Si Bayliss ne nous a pas débité que des mensonges… si l’hypercolonie est contaminée et en guerre contre elle-même… ça va forcément influencer sa manière de gérer le monde.

— Ou bien tout sera réglé avant le Nouvel An. » Nerissa haussa les épaules. « Impossible de le savoir. »

Il y eut ensuite les nouvelles régionales et locales. Le corps législatif de l’Indiana avait voté une rallonge budgétaire. La Farm Alliance menaçait de boycotter la Bourse aux grains du Midwest si les prix ne se stabilisaient pas. La police d’État participait à la recherche de quatre jeunes gens impliqués dans une affaire d’agression mortelle. Le temps serait dégagé et la température conforme aux normales saisonnières pendant quelques jours.

« Si on conduit toute la nuit, dit Ethan en coupant la radio, je crois qu’on peut arriver chez Werner au matin. »

Elle avait rencontré pour la première fois Werner Beck à une réunion de la Correspondence Society à Boston avant les massacres de 2007. Bien que brève, cette rencontre avait donné à Nerissa une mauvaise image de la Society et contribué à la dégradation de ses rapports avec Ethan.

Conformément à ses principes paranoïaques, la CS se composait en réalité de deux organisations. La plupart de ses membres étaient des universitaires ou des scientifiques qui se servaient du fichier d’adresses pour diffuser des idées mal considérées voire fantaisistes liées à leurs recherches. Pour ceux-là, la Society n’était rien de plus qu’un équivalent universitaire des francs-maçons ou des shriners : un club théoriquement secret, utile pour contacter d’autres professionnels. Ils n’étaient pas tenus de croire sérieusement que la radiosphère était un être vivant.

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