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Les derniers jours du paradis

Электронная книга - «Les derniers jours du paradis». Краткое содержание книги:

Alors que l’Amérique se prépare à fêter les cent ans de l’Armistice de 1914, un siècle de paix mondiale, d’avancées sociales et de prospérité, Cassie n’arrive pas à dormir. Au milieu de la nuit, elle se lève et va regarder par la fenêtre. Elle remarque alors dans la rue un homme étrange qui l’observe longtemps, traverse la chaussée… et se fait écraser par un chauffard. L’état du cadavre confirme ses craintes : la victime n’est pas un homme mais un des simulacres de l’Hypercolonie, sans doute venu pour les tuer, son petit frère et elle. Encore traumatisée par l’assassinat de ses parents, victimes sept ans plus tôt des simulacres, Cassie n’a pas d’autre solution que de fuir. L’Hypercolonie est repartie en guerre contre tous ceux qui savent que la Terre de 2014 est un paradis truqué.
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— C’est ce qu’on a fait, non, d’une certaine manière ?

— Plus que d’une certaine manière. L’homme sur lequel j’ai tiré… c’était une victime de guerre. Comme tous les morts de 2007 et tous ceux du mois dernier. »

Bien entendu, Leo ne pouvait toujours pas s’empêcher de penser à l’homme qu’il avait abattu. Cassie non plus. Elle se disait que l’acte était pardonnable même si une telle défense ne tiendrait jamais dans un tribunal. Elle acceptait sa part de responsabilité et savait qu’à la place de Leo elle n’aurait peut-être pas agi différemment. Le souvenir restait malgré tout trop pénible. Le sang, leur tentative de se débarrasser furtivement du corps. Et en fin de compte, même si la responsabilité était partagée, c’était Leo qui avait tiré.

Il regarda le livre qu’il tenait à la main, le tendit à Cassie. Elle secoua la tête. « Finis-le, si tu veux.

— Tu as déjà rencontré ton oncle ?

— Plusieurs fois. Avant 2007. Mais je ne me souviens pas bien de lui. L’oncle Ethan et tante Riss venaient parfois nous voir, à l’époque où je vivais avec mes parents. C’était juste un type discret qui souriait beaucoup et ne disait pas grand-chose. » Et puisque Leo en avait parlé le premier, elle se permit d’aborder un point délicat. « Mon oncle était plutôt proche de ton père. D’après tante Riss, Werner Beck était plus ou moins le chef de la Correspondence Society.

— Je parie qu’elle n’a pas dit que ça.

— Eh bien…

— T’inquiète, Cassie. Je sais que mon père a des ennemis.

— Je ne suis pas sûre qu’on puisse parler d’ennemi. Elle le disait brillant. » C’était vrai, mais elle l’avait aussi qualifié d’arrogant et de narcissique.

« Il n’a pas peur de dire aux gens ce qu’il faut qu’ils sachent, même s’ils ne veulent rien entendre.

— Il t’a écrit, pas vrai ?

— Une fois par mois. De longues lettres. Ma véritable éducation, comme il disait.

— Comment ça se fait que vous ne viviez pas ensemble ?

— Après 2007, il s’est dit que je ne serais jamais en sécurité avec lui. Il m’a envoyé habiter chez un de ses cousins à Cincinnati, un couple marié, sans enfants, qui ne savait rien de la Society. Il les payait généreusement pour prendre soin de moi. Ils m’ont installé dans une chambre d’amis et inscrit à l’école. Des gens très bien, mais qui ne voulaient pas vraiment de moi… et moi, je ne voulais pas vraiment vivre chez eux. Si bien que dès que j’ai été majeur, je suis parti en bus à Buffalo prendre un boulot de plongeur. Je savais que je trouverais des survivants qui pourraient m’aider, à Buffalo. Mon père m’a parlé de ta tante et des gens avec qui elle était en relation, il m’a dit comment les contacter. Il n’approuvait pas vraiment, mais je pense qu’il comprenait.

— Mais on n’était pas ce que tu espérais ?

— Eh bien… Tu sais ce que mon père disait de la Society ? Que c’était un club au lieu d’être une armée. »

Il n’avait pas forcément tort. « Ça a changé en 2007, répondit Cassie.

— Non, pas en mieux. Les meurtres cherchaient manifestement à pousser la Society à se cacher, et ils y sont arrivés. On s’est aplatis comme des chiens. Pour citer mon père. Et c’est ce que j’ai trouvé à Buffalo, une bande de chiens battus… » Il lui jeta un coup d’œil qui paraissait à la fois penaud et provocateur. « En tout cas, c’est l’impression que ça donnait. Ne fais rien d’imprudent. Chuchote. Porte le deuil, mais ne te mets pas en colère.

— Certains d’entre nous se sont mis en colère, Leo. Même si ça ne se voyait pas. Certains d’entre nous ont toujours été en colère.

— Ouais, sans doute. » Il remua les jambes, ce qui fit craquer la vieille chaise. Rien d’autre ne troublait le silence, à part le carillon éolien malmené par le vent. « Bref, qu’est-ce que je pourrais dire ? Mon père a survécu à 2007. Je n’étais pas orphelin. Je pouvais difficilement me plaindre à quelqu’un comme…

— Comme moi ?

— À quelqu’un qui a vu ce que tu as vu. »

Oui, c’est vrai, se dit Cassie. Elle avait eu un aperçu indélébile des corps sans vie et ensanglantés de ses parents avant que tante Riss lui couvre les yeux et l’éloigne. On ne pouvait pas voir ce genre de choses. Mais qu’est-ce que cela vous valait ? Rien que des cauchemars et de la culpabilité. Une tristesse tenace à laquelle elle n’arrivait jamais à échapper vraiment.

Mais aussi de la colère. On n’a jamais manqué de colère. « Bon, on est dans le même bateau, maintenant.

— On est orphelins, tu veux dire ? jeta vivement Leo.

— Non, je…

— Je ne suis pas sûr qu’il soit mort. Mais de toute manière, s’il m’a envoyé ici, c’est qu’il voulait que je finisse ce qu’il a commencé.

— Tu crois vraiment qu’Eugene Dowd peut nous y aider ?

— Dowd semble penser qu’on est là pour l’aider, lui. Mais mon père lui faisait confiance.

— Confiance pour faire quoi ?

— J’imagine qu’on le découvrira quand il finira de nous raconter son histoire. »

16

Sur la route

Quelque part dans l’Ohio, alors qu’ils passaient à l’ouest de Columbus, les événements des jours précédents prirent un poids insupportable pour Nerissa. Le souffle soudain court, elle demanda à Ethan d’arrêter la voiture. Il n’avait pas fini de freiner qu’elle sortit pour tomber à genoux à côté d’un fossé de drainage rempli de mauvaises herbes. Un cercle lui serrait la poitrine comme un tonneau. La tête lui pesait. Le soleil brillait avec brutalité, les camions passaient avec un grand bruit cruel. Les mains dans l’herbe jaune, elle se pencha en avant pour vomir les restes de son petit déjeuner.

Une fois le spasme passé, elle ferma les yeux et respira à petites gorgées l’air froid de décembre. Sous ses paupières se forma une immense obscurité bizarrement réconfortante. Elle ne bougea plus avant de sentir la main d’Ethan sur son épaule. « Riss ? Ça va ? »

Non, manifestement. Mais au sens où il l’entendait… eh bien, elle se remettait. « Aide-moi à me relever, Ethan, tu veux bien ? »

Elle s’appuya sur lui jusqu’à ce que son vertige disparaisse. Ils retournèrent alors à la voiture, où elle se rinça la bouche à la bouteille avant de recracher l’eau sur le bas-côté.

L’absence de signe avant-coureur était étrange. Ce qu’elle ressentait n’avait rien à voir avec le souvenir de la mort affreuse du sim. Ni même avec l’atroce conclusion qu’elle avait tirée de sa discussion avec Mme Bayliss : un organisme extraterrestre pouvait prendre place dans le ventre d’une femme. Elle était uniquement sortie à la hâte et les genoux flageolants de la voiture, parce qu’elle avait pensé à sa nièce et à son neveu, Cassie et Thomas, sans amis, vulnérables et la croyant morte.

Si cette pensée n’avait rien de vraiment nouveau, Nerissa l’avait gardée à distance prudente dans la frénésie des jours précédents. Mais le temps qui passait, ou bien ce voyage dans une confortable voiture réchauffée par le soleil, lui avait fait baisser sa garde.

Elle s’autorisa une nouvelle gorgée d’eau tandis qu’Ethan se réintroduisait dans la circulation. Deux dix-huit-roues passèrent à toute vitesse, seigneurs de l’autoroute en cet après-midi froid d’un jour de semaine. Elle se mit à penser aux auditions de 2007, juste après le massacre. Une commission d’assistants de la Protection sociale des services de santé avait évalué l’aptitude de Nerissa à s’occuper de son neveu et de sa nièce devenus orphelins. Nerissa avait attesté vouloir leur fournir un nouveau foyer, promis de leur laisser recevoir toute la thérapie et tout l’accompagnement dont ils pourraient avoir besoin. Déclaration et promesse faites avec sincérité, sans la moindre réserve, même si elle n’était absolument pas certaine de ce que ces assistants appelaient son « potentiel parental ». Le tribunal avait fini par exprimer, dans la capacité de Nerissa à élever deux gamins, davantage de confiance qu’elle n’en ressentait elle-même.

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