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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Bien que très concentré sur Oscar, Louis n’en oublie pas pour autant son devenir cinématographique. Robert Dhéry a besoin de lui dès le prochain mois de juin. Sur une idée du journaliste Pierre Tchernia, il a peaufiné le scénario de La Belle Américaine. Un jour, celui qui fut l’un des créateurs du journal télévisé voit, dans une rue de Levallois promise à la démolition en raison des importants travaux nécessaires à la construction du boulevard périphérique, une superbe voiture américaine garée au pied d’un immeuble insalubre. De cette vision nait l’idée d’un scénario où il serait question d’une famille d’un milieu modeste héritant d’une luxueuse et coûteuse automobile. À ce rapide synopsis vient s’ajouter une anecdote que Dhéry a remarquée dans une revue où une milliardaire américaine se voit obligée par le testament de son défunt mari de vendre sa Rolls-Royce au profit de sa secrétaire. Furieuse, la riche héritière vend cette voiture à un prix dérisoire. Dhéry, Tchernia et Colette Brosset construisent ainsi une intrigue où un ouvrier et son épouse acquièrent à bon marché une énorme voiture américaine ! Dhéry construit son film autour de ce contraste entre une famille modeste et la possession d’une voiture sans rapport avec leur condition. Le tout saupoudré de quiproquos dans la pure tradition des Branquignols. Avant même d’achever l’écriture de cette histoire, Robert Dhéry songe à réunir ses habituels complices, dont Louis de Funès pour lequel il envisage dans un premier temps le rôle d’un contremaître en blouse grise avant de lui octroyer un jumeau commissaire de police. Inutile de préciser que Louis accepte immédiatement. En dehors de ce rendez-vous devant les caméras, Louis n’est approché pour le moment par aucun réalisateur… si ce n’est Maurice Delbez, auquel on vient de confier la mise en scène pour la mi-juillet de Dans l’eau qui fait des bulles. Un ancien projet signé alors que Louis appartenait encore à l’écurie d’André Bernheim. Un contrat dont il avait presque oublié l’existence et qui se réveille. Il sait que ce film n’ajoutera rien à sa gloire naissante, mais il aura au moins l’avantage de lui permettre d’aller passer quelques jours en Suisse avec Jeanne sur les bords du lac de Morat.

Mais pour l’heure, Louis a un autre sujet de préoccupation. La situation en Algérie ne fait qu’empirer. Il n’est pas un soir où il ne branche dans sa loge ou dans les coulisses un poste de radio afin de se tenir informé de l’évolution des événements. Daniel est encore en première ligne et il peine à masquer ses inquiétudes, surtout lors du putsch des généraux Challe, Jouhaud, Salan et Zeller à Alger le 23 avril 1962 contre les accords d’Évian scellant l’indépendance de l’Algérie. « Nous étions tous très inquiets et nous en parlions souvent avant et après le spectacle. De Funès ne disait jamais rien de ses problèmes personnels et encore moins de ce qu’il pensait de cette guerre, mais nous sentions bien qu’il avait tout aussi peur que nous. Un soir, en particulier, après la représentation le rideau de fer est tombé brutalement, faisant un boucan terrible et… de Funès paniqué s’est plaqué au sol en hurlant : “C’est une bombe ! C’est un attentat !” On est arrivé à le rassurer mais il était blanc comme un linge. Après, il nous a raconté qu’il avait eu autant la trouille qu’à l’époque de la Deuxième Guerre. Et Germaine Delbat, qui était la plus âgée[188] de nous tous, disait exactement la même chose », se souvient Danièle Lebrun[189]. Autre sujet d’inquiétude pour Louis de Funès, la récente tentative de cambriolage de sa maison de Maule. Ce soir-là, Jeanne s’y est rendue pour aller chercher un costume de rechange à son comédien de mari alors qu’il est au théâtre. Avant même d’arriver au portail, elle entend l’alarme se mettre en branle. Sans chercher à comprendre, elle fait immédiatement demi-tour et se rend à la gendarmerie la plus proche. Une fois sur place, les militaires accompagnés de Jeanne ne peuvent que constater que la maison a été en partie vidée de son contenu. Quand Jeanne regagne Paris et annonce la « catastrophe » à Louis, il prend aussitôt la décision de mettre en vente sa résidence secondaire et d’aller en dénicher une autre dans un lieu moins inhospitalier.

Déménager revient d’ailleurs à l’ordre du jour chez les de Funès, maintenant que leurs finances sont bien meilleures. Depuis le temps qu’ils rêvent d’un appartement plus vaste, Jeanne est bien décidée à se mettre à la recherche d’un nouveau logis. Elle en sait l’urgence, en particulier pour les enfants dont l’aîné, en classe de première, doit bûcher sa deuxième partie de baccalauréat l’année suivante. Alors Jeanne va à la pêche aux bonnes affaires, d’autant que, cette fois, il s’agit d’acheter et non de louer. Louis, lui, continue de faire le pitre sur scène tout en se préparant à son rendez-vous avec Robert Dhéry. À la lecture du scénario final et des dialogues, il ne regrette pas d’avoir une fois encore fait confiance à son ami. Les frères Viralot — le policier et le contremaître — sont tout à fait à son goût. Lors des essais de costumes, il s’applique à travailler la silhouette du contremaître. « Louis a commencé à essayer des blouses grises qui avaient été apportées par la costumière. Le film faisait référence à une société déjà un peu datée, plutôt années quarante, avec des contremaîtres forcément en blouse grise et chapeau. Il enfile donc une blouse avec une martingale dans le dos, se regarde dans un miroir et dit à Robert : “Ce qu’il faudrait, c’est baisser la martingale. J’aurais le cul plus bas.” Et c’était une idée géniale », témoigne Pierre Tchernia[190]. Louis, fidèle à son image, est toujours à l’affût du petit détail pour donner corps à son personnage et capter le regard des spectateurs. Un petit détail également lié à son physique. « Ma taille convient très bien au genre de personnage que je me suis choisi. Petit grincheux, empêcheur de tourner en rond. J’irais même jusqu’à dire que mon mètre soixante-quatre m’a bien rendu service  », disait-il[191]. Louis n’improvise jamais, aussi bien sur les planches que devant une caméra. Tout est minutieusement étudié, à l’image de ces maîtres que sont Chaplin ou Oliver Hardy dont il connaît les films par cœur, à force de les avoir visionnés… à la loupe.

Sur le tournage de La Belle Américaine, Louis ne cache pas son plaisir de travailler dans une ambiance détendue où la loufoquerie le dispute au sérieux de ses compositions. Si, sur scène, il impose un rythme effréné, entrant telle une tornade, il en est tout autrement dans les studios de Boulogne. Il prend son temps sans manquer, comme à son habitude, de mettre son grain de sel pour pimenter d’une expression ou d’un geste une séquence qu’il juge un peu faible. Dhéry connaît son de Funès sur le bout des ongles et il est le premier à adopter ses modifications. Ensemble, les deux compères se paient aussi de longues parties de franche rigolade au point de devoir interrompre parfois le tournage pour cause d’hilarité collective. Et puis Louis est très heureux que Jeanne ait trouvé l’appartement de leurs rêves au 54, rue de Rome, tout près de la gare Saint-Lazare. Le lieu est vaste, mais bruyant. En effet, « quatre des six fenêtres plongeaient sur les rails entrelacés menant les trains vers l’ouest à toute vapeur. Le ballet débutait à six heures du matin, pour s’achever à vingt-trois heures douze. […] C’est au rythme des départs pour Le Havre, Cherbourg ou Caen que nous savourions ce nouvel espace tant attendu », raconte Olivier de Funès[192]. Un espace où chacun a ses aises, en particulier Patrick qui transforme sa chambre en poulailler, y installant une couveuse électrique où « je plaçais les œufs des magnifiques poules Rhode-Island que j’élevais dans notre maison de campagne[193]. Il fallait les retourner un à un deux fois par jour, les humidifier et surtout surveiller ce fichu thermostat au mercure : une erreur d’un degré pouvait être fatale », se souvient Patrick de Funès[194]. Fort heureusement, Louis, qui reste une bonne partie de la journée dans son lit en pyjama afin de reprendre des forces avant de partir au théâtre, veille à la bonne avancée de la future éclosion. Il va jusqu’à téléphoner le soir depuis les coulisses à l’approche du vingt et unième jour pour savoir si l’accouchement se déroule sans douleur ! Louis de Funès, c’est aussi un père attentif aux fantaisies de ses enfants, pour lesquels il convient encore de trouver un nouvel établissement scolaire. Le choix s’arrête sur le prestigieux collège Sainte-Barbe, rue Valette, sur la montagne Sainte-Geneviève.

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188

La comédienne Germaine Delbat est née en 1904.

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189

Témoignage de Danièle Lebrun à l’auteur.

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190

Pierre Tchernia à Bertand Dicale, op. cit., p. 185.

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191

Louis de Funès à Roger A. Houzé in Télé Star, 12 novembre 1977.

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192

Olivier de Funès, op. cit., p. 80.

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193

Patrick de Funès a élevé ces poules d’abord à Maule, puis à Saint-Clair-sur-Epte où Louis de Funès avait acheté une petite maison après le cambriolage aux Alluets.

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194

Parick de Funès, op. cit., p. 81.

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