Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
Mais la voiture resta sur place, silencieuse. Joey déboucha sur la rue, prêt à se pencher pour amorcer le virage ; mais il s’arrêta net, un pied sur le macadam, le moteur au ralenti. Mais qu’est-ce qu’il fout ? Vas-y !
Alors elle saisit l’échange entre Joey et le flic.
Devant l’expression austère mais placide du flic derrière sa vitre, Beth comprit qu’il ne se passerait rien de plus que ça. Pas de poursuite, pas de procès, pas de prison.
Rien que ce regard ténébreux… cette observation.
On vous connaît. On sait ce que vous étiez en train de faire.
Beth en fut glacée jusqu’aux os.
Arrêtez-nous ! Elle darda son regard sur le flic, le suppliant de l’entendre. Sortez vos flingues ! Menacez-nous !
Mais, hormis le ralenti de la Yamaha, le silence demeura total.
Puis Joey mit les gaz et la moto s’enfonça dans la nuit, par les rues mouillées de la colline.
Crime et châtiment dans le nouveau monde.
15
Réunion
Matt trouva Tom Kindle qui l’attendait patiemment dans la salle de conférences déserte de l’hôpital. Il s’était installé près de la fenêtre, maigre et résigné dans son fauteuil roulant.
— Vous êtes en avance, dit-il.
— Vous aussi, répondit Matt.
— L’infirmière m’a poussé jusqu’ici avant de finir son service. Il n’y a presque plus de personnel, dans cet hôpital. Vous avez remarqué, Matthew ? Une vraie ville fantôme à cette heure-ci. Ça fait froid dans le dos. On se demande ce qu’ils font de leur temps, tous ces gens. Ils doivent regarder des rediffusions de Dallas en s’empiffrant de pop-corn, j’imagine.
Matt n’était pas d’humeur à plaisanter. Il sortit un bloc de son attaché-case et le posa sur la table, ouvert à la page où étaient énumérés tous les scénarios-catastrophe (une liste non exhaustive, peu s’en fallait) qu’il avait imaginés depuis un mois. Il regarda la pendule murale : 19 h 30. La réunion était prévue pour 20 heures.
Kindle suivit son regard.
— Il est presque l’heure… en supposant que quelqu’un vienne.
— Il y a nous, c’est déjà ça.
— Mmmh… Vous savez, j’ai demandé à l’infirmière, miss Jefferson, combien de gens… enfin, combien avaient pris la même décision qu’elle. Elle m’a répondu : « Presque tout le monde. » Alors, j’ai dit : « Dans ce cas, disons plutôt : qui a répondu autrement ? » Et elle a dit : « À peu près un sur dix mille. »
— Ah oui ? Et comment miss Jefferson pourrait-elle le savoir ?
— Oh, bon sang, Matthew, vous savez comme moi qu’ils sont mieux renseignés les uns que les autres ! À mon avis, ils sont tous branchés sur la même banque de données. Ou c’est leur sixième sens qui s’est développé, je ne sais pas ; je ne suis qu’un humain, moi. Hier soir, j’ai posé la même question au gars qui lavait le couloir. Combien de personnes ont refusé cette merveilleuse proposition de vie éternelle ? Il s’est appuyé sur son balai et m’a dit : « Oh, à peu près un sur dix mille. »
— Tom, l’homme de service affecté à votre étage s’appelle Eddy Lovejoy. Il est muet et pratiquement sourd.
— Tiens ?… Eh bien il ne l’est plus.
Ils échangèrent un long regard.
— Matthew, vous attendez quoi de cette réunion, au juste ? demanda Kindle. Un sur dix mille… On devrait se retrouver à cinq si toutes les personnes concernées se présentent. Peut-être six ou sept si l’annonce a atteint Coos Bay ou Pistol River. Une malheureuse poignée, autrement dit. Alors, c’est quoi, le but ?
— Le but, répondit Matt, c’est de sauver Buchanan.
Kindle se tortilla en grimaçant sur son fauteuil.
— Le monde a été piraté, Matthew. Ce putain de monde tout entier. Vous vous proposez de faire comment pour sauver ce bled paumé ?
— Je ne sais pas encore, dit Matt. Mais je suis déterminé à le faire.
L’estimation de Kindle avait été pessimiste, mais malgré tout proche de la réalité. À 20 h 15, huit personnes étaient arrivées. Six de Buchanan, deux de fermes environnantes.
Un sur dix mille ? Était-ce vraiment possible ?
En attendant, si l’estimation était correcte, ce résultat couronnait les efforts de Matt : annonces dans l’Observer, envois de circulaires, et même court message sur la station de radio locale, une initiative qui ne s’était pas réalisée sans un certain malaise dans la mesure où personne n’avait de terme courtois à proposer pour différencier les humains de l’audience des récents immortels.
— Enfin, docteur Wheeler, nous sommes tous humains, avait insisté le directeur de la station.
Après tout, pourquoi pas ? En attendant, personne ne se risquait à évoquer Contact aux informations locales ; le phénomène était encore trop nouveau, trop lourd d’implications – à moins qu’ils ne le considèrent d’une manière globale. Sixième sens, comme l’avait dit Kindle. Perception extra-sensorielle.
Le journaliste de la station opta pour de laborieuses circonlocutions. « Les personnes demeurées sceptiques devant l’expérience que tant de nous ont partagée le dernier vendredi du mois d’août sont conviées à une réunion qui se tiendra dans la salle 106 de l’hôpital régional de Buchanan, le 28 septembre à 20 heures. Pour tout renseignement, prenez contact avec le Dr Matthew Wheeler. » Suivaient les numéros de téléphone de son bureau et de son domicile, auxquels succédèrent dix secondes de silence et un bulletin météorologique.
Matt se félicitait de cette annonce, mais l’expérience semblait augurer d’innombrables négociations et malentendus – exactement ce qu’il espérait anticiper et même prévenir.
Pour le bien de Buchanan.
Pour son bien à lui, sans doute, et celui de Tom Kindle. Pour le bien de ces huit âmes vaguement méfiantes attendant qu’il prenne la parole.
Il s’éclaircit la voix et se présenta. Il ne se sentait pas du tout dans son élément, perché sur son estrade. Sa vie avait été jalonnée de réunions – combien de remises de diplômes, de briefings du conseil d’administration, de réunions du personnel ? Beaucoup trop. Il n’avait jamais pu s’y faire. Pour lui, elles n’étaient que l’occasion de boire du café et de fuir l’angoisse du vrai travail. Pourtant, il était là, sur son podium. Il avait même apporté la grosse machine à café de la cafétéria, dont Tom Kindle était en train de se servir. Kindle qui lui jeta un coup d’œil vaguement amusé – À toi de jouer, don Quichotte.
Il commença par les remercier tous d’être venus.
— Nous sommes ici pour parler de l’avenir, dit-il. Je pense que nous avons certains intérêts communs et que nous serons amenés à affronter les mêmes problèmes. Peut-être qu’en nous serrant les coudes dès maintenant il nous sera plus facile d’envisager des solutions. Mais étant donné notre nombre restreint, je pense qu’il serait approprié que nous nous présentions. Commençons par le premier rang, si vous le voulez bien.
Matt nota chaque nom sur son bloc au fil des présentations.
Miriam Flett. Premier rang à gauche. Pas loin de la soixantaine. Pas d’infirmité, mais maigre comme un clou. Elle portait une épingle de cravate argentée en forme de croix et annonça son nom sur un ton belliqueux. Elle se rassit immédiatement, lèvres pincées, et croisa les bras sur sa poitrine.
Bob Ganish. À deux chaises de Miriam. Vendeur chez le concessionnaire Ford. Un homme rondouillard, la cinquantaine, en tenue de golf.