Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Pisteur #1
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-02320-4
- Переводчик: Mathieu Jacquet
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:
Un garde de la tour s’approcha d’un pas hésitant. « Si vous les avez trouvés, pouvons-nous laisser les pèlerins quitter les lieux ? »
L’officier se tourna vers lui en hurlant d’un ton sec : « Laissez-nous !
— Il n’y a plus aucune raison de les bloquer, maintenant. Merci pour votre aide », intervint le général, désavouant son subalterne.
L’officier ne laissa transparaître aucun signe de vexation.
Le garde de la tour s’inclina en une profonde révérence. « Merci, Votre Excellence.
— Les “excellences” n’existent pas dans l’Armée du Peuple, cracha l’officier d’un ton mordant.
— C’est malheureusement la triste vérité, intervint le général. Garde, voulez-vous bien envoyer un ou deux hommes fouiller la tour à la recherche d’un homme de forte corpulence, très certainement un ancien soldat ? Il accompagnait ces deux-là avant de repérer M. Tonnelier et de repartir vers la tour en faisant mine d’avoir perdu quelque chose. »
Umbo était impressionné. Quelle intelligence, ou du moins quel œil. C’était sans doute à ça qu’on reconnaissait un général.
Ses consignes passées, le général adopta à nouveau la posture, le port de tête et le ton qu’Umbo avait notés chez Rigg. Son « Non » avait dégagé la même autorité posée que les ordres du général au garde. Une voix n’attendant en retour qu’obéissance ; sans colère, sans émotion, sans raison pour l’interlocuteur de mal le prendre, donc. Umbo avait simplement obéi sans douter ni hésiter, pas tenté une seule seconde de contester. D’où Rigg tenait-il cela ? Pas de l’armée, il n’y avait jamais mis les pieds. Sans doute du Voyageur – lui aussi possédait cette autorité naturelle.
Quelle chance d’avoir été élevé par cet homme ! Quel destin avait bien pu imaginer ce père pour son fils ? Le sac de pierres précieuses et le nom royal d’un prince censé être mort apparemment étaient une chose. Mais il y avait aussi cette force de persuasion, cette connaissance profonde des choses de la finance, du négoce entre adultes dont Rigg semblait avoir hérité – son père n’avait rien laissé au hasard.
Avait-il lu ce moment quelque part ? Si c’était le cas, il méritait une place au panthéon des héros. Umbo n’avait jamais entendu parler d’un tel pouvoir chez un homme, tout héros soit-il, mais quel puissant don des dieux ce serait ! À eux deux, Umbo et Rigg pouvaient tout juste faire un petit saut dans le passé – et encore, on ne rencontrait pas un don pareil tous les jours, et il demandait une sacrée pratique.
Il va bien falloir que j’apprenne à le faire seul.
« Je raccompagne les deux garçons jusqu’à leur bateau, déclara le général. On vous y attendra le temps que vous rameniez celui que l’on nomme Miche.
— C’est son nom », dit Umbo.
Le général le toisa longuement.
« Ce n’est pas un surnom ou je ne sais quoi, s’expliqua Umbo. C’est leur manière d’appeler les gens dans son village. Sa femme s’appelle Flaque. » Umbo paraissait le premier étonné de ces mots sortis de sa bouche sans prévenir. Un début de sourire se dessina aux commissures des lèvres du général. Umbo se tourna vers Rigg pour voir s’il avait fauté, mais le visage de ce dernier restait impassible.
« Bien sûr, dit le général. Wassam, l’homme s’appelle “Miche”, inutile de chercher à obtenir un nom qui sonne plus familier. Amenez-le-moi sans le questionner, et intact s’il vous plaît. » Sur ce, le général tendit les mains vers Umbo et Rigg. Sans plus d’explication, ils se saisirent chacun d’une et tous trois se mirent en route pour la ville.
Le général les tenait d’une poigne douce. Mais dès que germait – et germait seulement – dans l’esprit d’Umbo l’idée de lui fausser compagnie, elle se durcissait immédiatement.
Peut-il lire dans mes pensées ?
Non, se corrigea Umbo. J’ai dû me crisper en y pensant. Ou alors, il m’aura vu jeter un coup d’œil vers ce bouquet de joncs.
M. Tonnelier ne les lâchait pas d’une semelle. « Il va vous mentir, disait-il. Ce garçon n’est que mensonges éhontés et apparences trompeuses !
— Et pourtant, dit le général avec douceur, je ne l’ai pas entendu prononcer un seul mensonge aujourd’hui.
— Parce qu’il n’a pas dit un mot ! Vous remarquerez qu’il n’a pas osé contester une seule de mes paroles !
— Monsieur Tonnelier, continua le général sans hausser le ton, il vous estime indigne de son attention, c’est tout.
— Exactement ! hurla Tonnelier. Je vous ai parlé de son arrogance, vous voyez par vous-même maintenant !
— On ne s’attendrait pas à moins d’arrogance, dit le général, de la part d’un pensionnaire de la maison royale, s’il s’avère qu’il en est un.
— Ce qui est impossible, vous le savez aussi bien que moi !
— Monsieur Tonnelier, votre temps ne serait-il pas mis à meilleur profit là-bas, loin derrière, à identifier l’homme que l’on appelle – non, qui s’appelle – Miche ? »
À nouveau, cette autorité toute en finesse. Tonnelier fit volte-face dans la seconde et s’empressa de rejoindre la tour en marmonnant pour lui-même : « Bien sûr, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? », puis on ne l’entendit plus.
En l’absence du banquier, le comportement du général changea du tout au tout. « Bien, jeunes gens, comment se passe votre séjour à O ?
— C’est très grand », observa Rigg.
Le général laissa échapper un rire. « Vous habitez en amont de la rivière, c’est pour ça. C’est certainement la première vraie ville que vous croisez depuis. Il en existe au bas mot une quarantaine plus grandes que celle-ci, dans la République du Peuple. Non, ce qui retient l’attention des observateurs à O, ce n’est pais sa taille, mais son vieil âge. Ses symboles d’un temps passé, d’une sagesse disparue, et que nous ne retrouverons peut-être jamais. »
Rigg hocha la tête. « Vous parlez du globe terrestre au sommet de la tour ? »
Le général avança en silence. Umbo se dit qu’il n’avait peut-être jamais remarqué que cette chose suspendue représentait tout simplement le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur du Mur. « La tour elle-même est un miracle, finit-il par dire. Les piliers intérieurs semblent faire partie de sa structure même, mais il n’en est rien.
— Ils ne portent pas les murs et le dôme ?
— Ils ne sont même pas en contact. Ils servent juste à y pendre les sphères lumineuses et le globe. Lors d’un tremblement de terre – je vous parle là d’un épisode vieux de plus de trois mille ans –, trois d’entre eux se sont écrasés au sol. Le grand chroniqueur de cette époque, Alagacha, comme on l’appelle dans notre langue, raconte qu’au moment de leur restauration les ouvriers ne trouvèrent aucun moyen de les relier aux murs. Comme si la tour existait bien avant qu’on y ajoute des rampes, des piliers, des lampes et un globe. »
Rigg ne semblait guère impressionné. « Quel rapport avec l’âge d’or de la ville ?
— Aucun. Sauf que, selon la légende, la tour était là bien avant la ville d’O et tout le reste.
— C’est donc la tour qui est très vieille », corrigea Rigg.
Umbo pensa : Quel culot, se permettre de nous arrêter là pour jouer les professeurs avec nous !
Il devait trouver ça normal. Après tout, il avait passé sa vie à le faire – marcher avec son père en débattant de tout et de rien. Peut-être voyait-il déjà le général comme une sorte de père de substitution.
Moi aussi je le vois comme un père, après tout, songea-t-il. À la différence près que, pour moi, un père est un homme qui frappe sans raison, encore et encore, pas un compagnon de discussions.