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Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]

Электронная книга - «Pisteur - Livre 1 - Partie 1 [Pathfinder - fr]». Краткое содержание книги:

Rigg sait garder les secrets. Seul son père connaît la vérité au sujet de son étrange talent qui consiste à voir le passé des gens. Mais quand ce dernier meurt, Rigg est stupéfié de découvrir le nombre de choses qu’on lui a cachées : des secrets sur son passé, son identité, son destin. Quand le garçon comprend qu’il peut non seulement voir le passé, mais aussi le changer, son avenir va devenir de plus en plus incertain… D’aucuns considèrent l’œuvre de cet auteur contemporain majeur comme incontournable. De confession mormone, il n’a jamais cessé de défendre une science-fiction initiatique humaniste.
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« Ces enfants sont libres d’aller et venir sur le bateau, mais qu’ils restent à bord. Celui-ci (il désigna Rigg) est une redoutable fripouille, dont l’arrestation aura nécessité l’envoi d’un officier de mon rang. Ne faites pas attention aux taches de tomate qui barbouillent sa tunique hors de prix. Ils viennent de loin en amont de la rivière – ils n’ont pas encore découvert la serviette, là-bas. »

Le sergent éclata d’un rire qu’Umbo lui aurait bien fait ravaler illico. Alors qu’il s’apprêtait à plomber l’ambiance d’une remarque bien sentie, Rigg lui effleura le dessus de la main. Le message était clair : Patience. Attendons.

Un de leurs jeux favoris, lors des haltes le long de la rivière, avait été de courir de haut en bas de la passerelle. Mais ils étaient libres, alors ; son accès leur serait désormais interdit. Ils gagnèrent le navire, remontant la planche le pas traînant, comme deux condamnés à l’échafaud.

La vérification des sacs et des malles tout juste terminée, le général réapparut : « Maître Rigg, le capitaine a eu la bonté de me libérer ses quartiers. Nous en voudriez-vous de démarrer l’inquisition sans tarder ? »

Il avait prononcé le mot « inquisition » avec un léger sourire, sûrement pour le rassurer et lui faire comprendre que l’interrogatoire n’irait pas jusque-là. Et pourtant, le général avait choisi ce terme et pas un autre. Si sympathique voulait-il bien se montrer, il pouvait les soumettre à la torture ou à n’importe quel autre traitement de son choix d’un simple claquement de doigts, si tel était son bon vouloir. Umbo se rappelait l’avoir entendu dire qu’ils seraient innocents tant qu’un jury ne déclarait pas Rigg coupable d’une prétendue conspiration, mais cela ne le rassurait pas beaucoup.

Rigg rejoignit le général et les deux se mirent en route vers les quartiers du capitaine, Umbo sur leurs talons, s’autorisant lui-même à les suivre. Le général l’aperçut tout de suite et le congédia d’une main tendue dans le dos. L’inquisition se ferait sans lui, apparemment. Il ne doutait pas que la sienne viendrait bientôt.

Inutile d’espérer écouter à la porte, elle était sous bonne garde. Umbo prit donc la direction des cuisines, mais se fit chaudement recevoir par le cuistot.

« Je voulais juste aider, s’excusa-t-il.

— Tu sais cuisiner ?

— Tout le monde à Gué-de-la-Chute sait cuisiner quelque chose, répondit Umbo. Bien inutile l’homme qui se meurt de faim sans femme pour lui servir à manger.

— Qu’est-ce que c’est que ça, un proverbe ? s’enquit le cuistot.

— Oui, monsieur, confirma Umbo.

— Alors c’est que les idiots courent les rues chez toi, affirma le cuistot.

— Merci, monsieur, dit Umbo. Ça veut dire que je peux vous aider ?

— Si tu fais tomber un seul plat, je te fracasse le crâne et je te l’ouvre comme un œuf à la coque.

— J’espère que le ragoût de garçon ne revient pas trop souvent au menu.

— Ça ne changerait rien, dit le cuistot. Sur ce rafiot, on mange ce qui est servi ou on sort sa canne à pêche et on tente sa chance dans c’te maudite rivière. »

Quelques minutes plus tard, Umbo courait partout, à un point tel qu’il se crut presque de retour chez lui. Il vérifia d’un coup d’œil rapide que la dague était toujours à sa place derrière les barriques. Il préférait l’y laisser pour l’instant. Il ignorait si l’Armée du Peuple savait quoi que ce soit à son sujet – le général semblait obsédé par les vieilles choses, mieux valait éviter qu’il entende parler du seul objet vraiment volé par Rigg.

Le cuistot le chargea ensuite de préparer la purée de navets pour le petit déjeuner du lendemain. Il y avait plus intense comme travail. Un vrai repos pour le cerveau. Tant que vous n’y laissiez pas un bout de doigt…

Tout occupé à peler et trancher, Umbo repensa à la mission qui l’attendait. Il devait réussir à comprendre comment accomplir ce qu’il s’était vu accomplir : remonter le temps jusqu’à ce matin pour distribuer ses mises en garde, à lui-même comme à Rigg.

Son futur lui aurait été bien inspiré de venir lui glisser quelques conseils sur la manière de s’y prendre pour parler aux gens du passé.

Une chose était certaine, il n’avait jamais vu la moindre de ces traces dont Rigg parlait. Et en supposant qu’il puisse se ralentir lui-même – ou accélérer ses facultés, ou peu importe ce qu’il faisait –, restait à savoir s’il serait jamais capable de rencontrer des gens dans le passé, même un passé récent.

Il décida d’essayer tout de suite sur lui-même ce qu’il faisait naturellement sur Rigg. Cependant, comme une épée trop longue, son pouvoir lui parut idéal pour toucher à distance, mais impossible à retourner contre soi.

Il se rappela alors ce que lui avait dit le Voyageur au cours d’un de leurs rares après-midi d’enseignement passés ensemble : « Apprends à le faire comme on apprend à remuer ses oreilles. »

Ça tombait mal, à cette époque, Umbo n’avait jamais réussi à les remuer ni rencontré qui que ce soit qui sache le faire.

Mais le Voyageur n’en était pas resté là : il lui avait appris. Après avoir installé Umbo devant un miroir, il lui avait demandé de se fendre de son plus beau sourire. « Tu vois comme tes oreilles remontent quand tu souris ? »

Umbo voyait bien maintenant ; il suffisait qu’on le lui montre.

« Ça veut dire que tu as les muscles qu’il faut pour remuer les oreilles, et qu’ils fonctionnent. Souris puis arrête de sourire, puis répète plusieurs fois, tout en te concentrant maintenant sur les muscles qui tirent tes oreilles vers l’arrière et vers le haut. Force-toi à sourire, relâche et ensuite, essaie de bouger les oreilles. »

Umbo avait répété l’exercice encore et encore. « Rien ne se passe, s’était-il énervé.

— Tu te trompes, avait dit le Voyageur. Quelque chose d’important s’est passé. Tu as pris conscience de l’existence de ces muscles. Il faut du temps aux nerfs pour se connecter les uns aux autres et pour permettre aux muscles de tes oreilles de se contracter tout en laissant le reste au repos. Entraîne-toi dès que tu as une seconde de libre. Tes muscles vont se renforcer peu à peu. Fais attention à bien travailler les deux oreilles en même temps, que tu ne te retrouves pas à n’en bouger qu’une. »

À peine trois jours plus tard, Umbo remuait les oreilles sur commande – une seule ou les deux. En quelques semaines, il était devenu le champion toutes catégories du remuage d’oreilles.

Et, comme l’avait prédit le Voyageur, l’analogie avait collé parfaitement. Jusque-là, ses tentatives pour n’attraper qu’une seule personne dans son filet de ralentissement temporel s’effectuaient au petit bonheur la chance, avec des résultats inégaux – sa mère, victime de ses assauts répétés, en était souvent quitte pour une bonne migraine. Mais avec de la pratique, et toujours sans la moindre idée de ce qui se passait réellement en lui, il commença à maîtriser la chose, à l’apprivoiser, à la rendre plus efficace. Le secret était dans la concentration et la répétition, heure après heure.

Il allait maintenant devoir tout reprendre à zéro, en limitant sa zone d’action à lui et lui seul.

Son premier signe de progrès lui fut donné par le cuistot. « Et le reste, il est où ? l’interrogea ce dernier avec son amabilité habituelle.

— Dans la marmite, répondit Umbo. Tout y est. »

Le cuistot parut en douter fortement, jusqu’à ce qu’il jette un œil dans le récipient et se retourne vers Umbo. « Jamais je n’ai vu quelqu’un éplucher aussi vite. » Il inspecta le travail dans les moindres détails : tout était parfait.

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